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On continue le cycle Al Kooper ? Ben voyons. On arrive, avec ce troisième article, au...troisième album, ben si, de ce remarquable mais si peu connu (du grand public, pas des amateurs de bon rock 60's) artiste, arrangeur/multi-instrumentiste/producteur/chanteur/compositeur de génie. Kooper a bossé avec certains des plus grands, Bob Dylan, Mike Bloomfield, Stephen Stills... Son premier album solo, en 1969 (mais enregistré en 1968), I Stand Alone, était très bon, pas exceptionnel car un poil daté (une production parfois trop expérimentale). Son deuxième album, sorti la même année, You Never Know Who Your Friends Are, était nettement meilleur, presque génial. Kooper nous y offrait encore un régal de rock teinté de rhythm'n'blues, de pop et de soul, mais cette fois-ci, avec moins de reprises et sans les effets sonores expérimentaux qui ont quelque peu nui au premier album (enfin, à l'époque, ça semblait pile poil ce qu'il fallait faire, mais, comme je l'ai dit, ça a mal vieilli). Pour son troisième album, Al Kooper a décidé, apparemment, de faire les choses en grand : Easy Does It, enregistré en 1969, est en effet un double album. Un double bien court, ceci dit : il ne dure que 62 minutes, une petite heure. Suffisant pour que l'album soit sur deux vinyles, mais il est inutile de dire que tout tient sans problème sur un CD. Dans un sens, c'est pas plus mal, car on peut l'acheter pour pas cher (surtout que le disque est aussi dans un coffret de 5 albums studios de Kooper, ceux que j'aborde dans le cycle d'ailleurs, 5 albums sous pochettes cartonnées (la fameuse série "Original Album Classics"), coffret vendu à moins de 14 euros le plus souvent), les CD simples étant par nature moins chers que les doubles. 

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Verso de pochette vinyle

Mais Easy Does It est très certainement meilleur encore quand on l'écoute en vinyle. C'est toujours le cas, je vous jure que c'est vrai, on apprécie mieux un disque, quel qu'il soit, en vinyle qu'en CD. Bref, il n'est pas exclu que tôt ou tard, je me paie ce disque en vinyle. Car ce que je n'ai pas encore eu l'occasion de dire, c'est que cet Easy Does It est clairement le sommet solo d'Al Kooper. Ce disque, c'est grosso modo You Never Know Who Your Friends Are en plus long, et en mieux. En plus varié. Ce disque, Kooper l'a farci de styles divers et variés, rock, pop, soul, blues, on a même de l'orientalisme (Sad, Sad Sunshine est baigné d'un sitar magnifique et d'arrangements orientaux), ainsi qu'un morceau de quasi musique de chambre, issu de la bande-son d'un film de contre-culture, Love Theme From The Landlord. Brand New Day, très pop, qui ouvre le disque, est aussi issu de la bande-son de ce film oublié. Le disque est en partie constitué de reprises (I Got A Woman de Ray Charles, précédé d'une introduction instrumentale au piano, placée sur une plage audio indépendante ; Country Road de James Taylor ; Baby Please Don't Go de Big Joe Williams, ici d'une durée hallucinante de 12,25 minutes, quasiment toute la face D ; Let The Duchess No de Seatrain ; A Rose And A Baby Ruth de J.D. Loudermilk) mais l'essentiel est tout de même constitué de morceaux originaux signés Kooper.

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Ce dernier a enregistré son album (sur lequel il joue du piano, de l'orgue, de l'ondioline, du sitar du vibraphone et de la guitare en plus du chant) avec une légion de musiciens, certains très connus ou qui le deviendront par la suite, comme Rick Marotta (batterie), David Bromberg (pedal steel guitar), Charlie McCoy (basse), Kenny Buttrey (batterie), Pete Drake (pedal steel guitar), Wayne Moss (guitare), ces quatre derniers ne jouent cependant que sur Let The Duchess No. Pour résumer le disque, donc, on a affaire à une bonne heure de musique assez variée, parfois très reposante, parfois assez enlevée, un disque de bon rock à l'ancienne, pas révolutionnaire, mais ce n'est pas le but recherché par Al Kooper. Excellent faiseur, producteur et arrangeur de génie, ce mec, qui chante plutôt bien même si, à la base, il n'est pas chanteur de métier, cherche juste à faire de la bonne musique, capable de vous faire passer du bon temps, le temps de l'écoute. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne me suis pas ennuyé un seul instant  avec ce disque certes rempli (15 titres), mais suffisamment éclectique pour plaire à tout le monde ou presque. 

FACE  A

Brand New Day

Piano Solo Introduction To : I Got A Woman

I Got A Woman

Country Road

I Bought You The Shoes (You're Walking Away With)

FACE B

Introduction

Easy Does It

Buckskin Boy

Love Theme From "The Landlord"

FACE C

Sad, Sad Sunshine

Let The Duchess No

She Gets Me Where I Live

A Rose And A Baby Ruth

FACE D

Baby Please Don't Go

God Sheds His Grace On Thee