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Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé du Allman Brothers Band ici ! Un groupe mythique fondé en 1969 par deux frangins, Duane (guitare) et Gregg Allman (chant, claviers, mais aussi un peu guitare), tous deux décédés depuis, hélas (Duane depuis 1971, Gregg en 2017). Un groupe qui compte parmi les premiers, avec Black Oak Arkansas, de ce que l'on appellera le rock sudiste, le groupe étant originaire de Floride (enfin, officiellement, c'est en Floride que le groupe s'est formé, mais les Allman viennent du Tennessee, notamment). Après deux premiers albums très réussis (1970 et 1971) mais s'étant vendus correctement mais sans plus, le groupe, en 1971, cartonne avec At Fillmore East, un double live quintessentiel (un des plus grands qui soient, si ce n'est le plus grand). Duane Allman, hélas (qui, en 1970, est réquisitionné par Clapton pour jouer avec lui au sein de Derek & The Dominoes, dont le monumental double album sort en fin 1970), décède peu de temps après dans un con d'accident de la route, sa moto s'encastre dans un camion fruitier. Le groupe, endeuillé, sort le double Eat A Peach en 1972, en partie constitué de titres live, pour lui rendre hommage. Puis Berry Oakley, leur bassiste, meurt dans des circonstances similaires. Le groupe va, jusqu'à 1976, survivre, alors que la concurrence (Lynyrd Skynyrd) est entre temps arrivée, plus dure, plus féroce qu'eux. Le groupe se reforme en 1979, se resépare en 1981, revient en 1990 avec Seven Turns. Ce disque. 

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Si vous n'avez de ce groupe, en mémoire, que leurs albums des années 70, et notamment les tous premiers (de quand Duane était encore de ce monde), alors, en écoutant Seven Turns, vous serez surpris de la voix de Gregg Allman : elle a pris un coup. Plus aussi jeune qu'autrefois, et c'est après tout normal, le bonhomme a vieilli, comme tout le monde. Sa voix, en 1990 (et peut-être aussi sur le disque sorti en 1979, que je ne connais pas), est plus rauque, plus bluesy encore qu'autrefois. Il chantait super bien autrefois, il chantait, peut-être, encore mieux en 1990. Sa voix respire le vécu. Les tragédies à répétitions (dire que ce groupe s'appelle le 'groupe des frères Allman' alors qu'un des deux frères en question est mort en 1971...) sont l'apanage du groupe, et on le sent à l'écouter. Produit par Tom Dowd, qui avait mis en boîte le mythique double live de 1971 au Fillmore East, Seven Turns dure 48 minutes, pour 9 titres, et sera un très beau succès à sa sortie. C'est surtout un album franchement remarquable, un des meilleurs albums studios d'un groupe plus connu pour ses prestations live hallucinantes que pour ses albums enregistrés en studio. Le groupe, dont ici quatre membres sont d'origine (Gregg Allman, le guitariste Dickey Betts, les batteurs Butch Trucks et Jaimoe), livre une série de morceaux absolument sublimes, qu'ils soient du bon vieux blues-rock sudiste bien nerveux (Good Clean Fun, Low Down And Dirty Mean) ou des morceaux plus 'calmes', mélancoliques (le morceau-titre, Shine It On, cette dernière étant probablement ma préférée du lot).

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Avec un long (8 minutes) et incroyable instrumental, True Gravity, en avant-dernière position, qui laisse pantois. Mais tout est bon, super bon ici, sur ce disque qui respire bon le southern rock 70's, la production de Dowd est exceptionnelle. Ca faisait des années que le groupe n'avait pas bossé avec lui, et une fois le disque enregistré, Butch Trucks (mort en 2017, la même année que Gregg Allman) dira que quand il a entendu le résultat final, il s'est demandé comment le groupe a fait pour enregistrer des albums sans Dowd, ce qui, pourtant, est arrivé à quelques reprises (leurs derniers albums des années 70, avant la séparation de 1976, comme Win, Lose Or Draw, et un des albums de la première reformation), tellement ce producteur connaît et respecte le son du Allman Brothers Band. Il est clair que Seven Turns est un des meilleurs albums du groupe, un régal de rock sudiste bluesy, foutrement efficace, qui a de plus servi à relancer la carrière d'un groupe qui, après la mort de deux de ses membres en 1971/72, aura eu bien du mal à survivre. Ce n'est que justice que ce groupe (désormais appartenant au passé, ils ne se reformeront plus jamais, et si jamais ils le font, ça ne sera plus pareil, évidemment) y soit parvenu !

FACE A

Good Clean Fun

Let Me Ride

Low Down Dirty Mean

Shine It On

Loaded Dice

FACE B

Seven Turns

Gambler's Roll

True Gravity

It Ain't Over Yet