414kaUGuVrL

Brrr, putain, mais qu'est-ce qu'il fait froid tout d'un coup ! Qui c'est l'enculé qui a ouvert la fenêtre ? Qui ? Qui a fait ça ? Que je lui fasse regretter d'être venu au monde et que je le pende haut et court ! Personne ? Alors, je sais pouquoi il fait aussi froid soudainement... ça vient de cet album. Trois raisons à cette froideur. La première, le côté funeste qui l'entoure. Camera Obscura, sorti en 1985, est le dernier album de l'allemande Nico, qui décèdera trois ans plus tard des suites d'une vilaine chute à vélo alors qu'elle se trouvait à Ibiza. La deuxième, cette pochette. Regardez cette pochette... À côté, celle de The Marble Index passerait pour une couverture d'une aventure de Oui-Oui aux pays des abeilles copulant avec les papillons. Et troisième raison, la principale : la musique proposée. Bien années 80, c'est un fait, mais on est chez Nico là les mecs, ça veut dire ce que ça veut dire ! À côté de ça, même les trucs les plus cintrés de Kate Bush passeraient pour du Kim Carnes, Bonnie Tyler, Cindi Lauper, Whitney Houston et autres trucs à la mords-moi-le-zeub. Cet album, Nico l'a enregistré à Londres en 1984-1985 et a pu compter sur la collaboration d'un duo nommé The Faction, dont le nom est affiché sur la pochette et de son ex-pote du Velvet Underground : John Cale. En revanche, pas de Lou Reed (occupé à composer la merde que sera Mistrial) et pas de Sterling Morrison. Je suis super emmerdé, parce que je me demande ce que je vais pouvoir vous dire au sujet de ce skeud. Mais, je vais essayer.

Comment parler de cet album ? Telle est la question tant il ne ressemble à rien de connu. Je peux vous dire une évidence, même deux, l'une découlant de l'autre d'ailleurs : ici, encore plus que sur les autres albums de Nico, en terme d'accessibilité, on est pas loin du zéro et, j'aime autant vous dire que cet album, également comme tous les autres albums de l'allemande, a été accueilli avec autant d'entrain qu'une épidémie de choléra. Prenons le morceau titre par exemple, sur lequel John Cale fait entendre sa voix, rendue volontairement quasiment inaudible. Ce morceau est flippant. Il s'en dégage une atmosphère aussi froide, sinon plus, qu'une bite de cadavre. Entre les percussions, l'harmonium de Nico et sa voix rauque elle aussi quasiment inaudible et ces coups de trompettes, on est en plein dans un truc qui vient d'ailleurs. Et c'est également valable pour des morceaux comme Tananore et Win A Few. Froids comme une lame de couteau que l'on aurait laissée dehors par une nuit affichant -30 degrès celsius au mercure. Et la voix rauque et lointaine de Nico donnent l'impression que ces deux chansons sont chantées par une femme revenant d'entre-les-morts. Glaçant à souhait. My Funny Valentine apporte un peu de douceur. Toute au piano, cette reprise est absolument sublime. Par contre, je n'ose même pas imaginer la gueule qu'ont dû tirer les puristes du jazz et ce qu'ils ont ressenti quand ils ont entendu ça. La première chose à laquelle ils ont pensé, j'en suis sûr et certain, c'est d'aller trouver Nico pour l'empaler sur un tisonnier tellement porté à incandescence qu'il aurait pu aisément servir de lanterne en pleine nuit noire. Après l'accalmie, retour à la tempête ou plutôt au blizzard. Das Lied Vom Einsamen Mädchen (première des deux chansons à être interprétée dans la langue de Goethe) est aussi froide qu'un pin de glace sur la banquise groenlandaise.

Vous pensiez que la seconde face est plus légère ? Ach, gross malheur ! Achtung bicyclette ! Ouais, je sais, c'est de mauvais goût que de faire une blague de ce genre sur un article concernant Nico, mais bon, vous savez ce qu'on dit hein, on ne se refait pas. Cette seconde face est exactement dans la même lignée que la première. Elle va encore plus loin car si sur la première My Funny Valentine apportait un peu de douceur à tout ça, on ne trouve pas d'équivalent sur la seconde face. Laquelle s'ouvre sur le sommet de l'album : Fearfully In Danger. Sept minutes infernales, froides et robotiques à souhait. Il faut cependant attendre près de quatre minutes pour que surgisse la voix de Nico. Je vous le dis tout net : cette chanson est ma préférée du disque. Mais elle est suivie par celle que j'aime le moins : My Heart Is Empty. Entendons-nous bien, ce n'est ni moyen, ni mauvais, c'est juste un peu moins fort que ce qui précède et que ce qui va suivre. Into The Arena, avec sa trompette magistrale est elle aussi bien glaciale, mais franchement, c'est de la haute-couture. Le disque se termine sur la seconde chanson à être chantée en allemand : Konig. Et, on ne peut pas dire que ça se termine dans la joie. Écoutez cet harmonium... écoutez cette plainte lugubre qu'il laisse échapper... On se croirait à une cérémonie d'obsèques. C'est aussi froid et glauque que sublime. Clairement, cet album ne plaira pas à tout le monde. Il y aura un cap à franchir : celui de la première écoute. Si vous arrivez à écouter ça d'une traite et sans avoir envie de tuer Nico à coups d'opercules de boîte de conserve, alors vous êtes sur la bonne voie et je peux vous dire que cet album vous sera alors très précieux. Un vrai bonheur musical pour qui arrive à le dompter. Comme tous les albums de Nico en fait. Et surtout The Marble Index et The End

1200x680_gettyimages-938736588

Face A

Camera Obscura

Tananore

Win A Few

My Funny Valentine

Das Lied Vom Einsamen Mädchen

Face B

Fearfully In Danger

My Heart Is Empty

Into The Arena

Konig