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Ce disque, je ne l'aurais jamais abordé sans les conseils amicaux d'un commentateur récurrent de ce blog, j'ai nommé Guti76, qui vient régulièrement poster des commentaires bien sympa ici, et m'a conseillé, à deux-trois reprises, l'écoute de ce disque. Dont je n'avais jamais entendu parlé auparavant, et pour cause : sorti en 1973, il n'a pas marché du tout, et n'a pour ainsi dire pas été aidé par la maison de disques (pourtant, on parle de Columbia Records, excusez du peu...) qui n'a pas fait de campagne de promo, rien. Il n'a pas été pressé à beaucoup d'exemplaires, presque uniquement pour la promo presse. Bref, le disque est mort dans les bacs à soldes, jamais réédité, et inutile de dire qu'il est d'une rareté qui confine au sublime, et qui dit rare, dit cher. Logique. En 2012, Tompkins Square, un label spécialisé dans les cas désespérés, qui réédite des albums perdus, oubliés, a réédité ce disque, en CD. Le CD de cet album est également difficile à trouver à bon prix actuellement, j'ai eu de la chance, pour 4 euros, je l'ai eu, d'occasion, en bon état, boîtier cartonné un petit peu défraîchi, mais disque (qui, au dos, est en noir !) en parfait état. Ce disque, c'est un album de Bill Wilson (lequel est mort le jour de Thanksgiving, en 1993, il avait 46 ans), un artiste peu connu, très peu connu, né en 1947 dans l'Indiana, un de ces artistes qui, malheureusement pour eux et pour nous, resteront toujours dans l'ombre.

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Ever Changing Minstrel, tel est le titre de cet album incroyable, offrant 11 titres (pour 44 minutes) parfaits, du rock folkysant, countrysant, americana avant l'heure, produit par, là encore excusez du peu, Bob Johnston (Bob Dylan, Byrds). Selon la légende, Wilson est venu, un jour, sonner chez Johnston. Chez lui, pas en studio d'enregistrement. Il se présente à un Johnston médusé devant tant d'ingénuité et d'audace, et dit qu'il voudrait faire un disque. Johnston lui répond que c'est pas comme ça que ça marche, non mais il se prend pour qui ? Wilson lui répond d'au moins écouter une de ses chansons, Johnston accepte, et au final écoute tout ce que Wilson a à proposer, et appelle des musiciens de studio afin que l'album soit fait rapidement ! Quels musiciens ? Le livret CD ne le dit pas, le boîtier non plus (c'est déjà pas mal qu'ils précisent l'agencement des deux faces du vinyle), et quant au bon vieux Wikipedia, rien n'existe sur Bill Wilson le musicien (qui est l'homonyme d'une chiée de Bill Wilson, un des plus connus étant le fondateur des Alcooliques Anonymes !). Excusez-moi donc si je ne cite pas les musiciens : je ne sais pas qui ils sont. Sorti sous une pochette bien colorée et assez, je ne dirais pas rebutante, mais disons moyenne, Ever Changing Minstrel est un joyau oublié, au même titre que les deux albums de Rodriguez. Je le veux en vinyle d'époque, mais je vais devoir vendre ma voiture et me nourrir de pâtes non beurrées pendant 20 ans si j'accepte de mettre le prix.

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Trêve de plaisanteries, cet album est une merveille que l'on écoutera encore et encore avec un plaisir total, en tout cas je sais que pour moi, ça sera le cas, et si vous connaissez des disques aussi méconnus et oubliés que ceux-ci, n'hésitez pas à m'en faire part. Ici, de Rainy Day Resolution à Monday Morning Strangers en passant par Long Gone Lady, Following My Cloud et l'incroyablement beau To Rebecca, sans oublier Pay Day Give Away et Ballad Of Cody, tout est un régal, super bien produit (Bob Johnston, tu penses...), les choristes sont parfaites, les mélodies, tour à tour countrysantes ou typiquement soft-rock, sont géniales, et la voix de Wilson (qui joue de la guitare aussi) est touchante ; grave mais pas trop, bien posée, elle sent le vécu même si le gars n'avait pas encore 30 ans. Ce disque me fait penser à du Jayhawks avant l'heure (pas pour la voix, mais pour le style musical), et Wilson n'aurait sans doute pas dépareillé au sein des Flying Burrito Brothers, Eagles ou du Stone Canyon Band de Rick Nelson, autres pointures country-rock de l'époque. Bref, l'album est certes difficile à dénicher à l'heure actuelle (mais audible sans souci sur le Net), mais croyez-moi, c'est incroyablement réussi, et vraiment dégueulasse qu'un tel disque n'ait pas eu la reconnaissance méritée à l'époque, en 1973. On explique que le fait que Clive Davis, patron de Columbia (le disque est sorti sur le petit label Windfall Records, hébergé par Columbia), ait quitté la direction de cette major peu de temps auparavant ait peut-être joué en défaveur de l'album, Columbia, en pleine tourmente, avait autre chose à foutre. Ca me rappelle la triste histoire du Living By The Days de Don Nix, sorti en 1971 sur Elektra Records (label sur lequel se trouvaient les Doors), à peu près au moment de l'annonce de la mort de Jim Morrison, ce qui fait qu'il passera quelque peu à la trappe et n'aura que peu de succès, absence de promo oblige. Ce genre de trucs, hélas, arrive bien trop souvent, donc quand, au final, le réveil se fait, même si c'est des années après la mort de l'artiste concerné (au pif, Gene Clark avec son No Other...et Bill Wilson, donc), ce n'est que justice, même si Ever Changing Minstrel, à sa sortie en CD en 2012, ne s'est pas vendu par containers de docks quand même. Il faut absolument écouter ça, et encore une fois, merci Guti76 !

FACE A

Rainy Day Resolution

Pay Day Give Away

To Rebecca

Black Cat Blues

Father Let Your Light Shines Down

Long Gone Lady

FACE B

Following My Cloud

Ballad Of Cody

The Good Ship Society

Ever Changing Minstrel

Monday Morning Strangers