GA1

Hier, j'ai abordé un grand album de folk et de chanson française, un album du regretté (mort il y à dix jours) Graeme Allwright, Le Jour De Clarté, qui était son troisième album, en 1968, et offrait notamment sa fameuse et grandiose adaptation française du Suzanne de Leonard Cohen. Comme je l'ai dit hier, d'ailleurs, Graeme était, pour Cohen, ce qu'Hugues Aufray est pour Bob Dylan, un adaptateur passionné ayant vraiment réussi à coller avec le style de son modèle. Surtout Graeme, en fait, car Aufray fera faire, souvent, les textes français des adaptations par d'autres, qui adouciront parfois le propos. Sur l'album que j'aborde aujourd'hui, sorti en 1972 et sixième album de Graeme Allwright, et son premier en français depuis Le Jour De Clarté (car, ensuite, Graeme fera, en 1970, deux albums de chansons dans sa langue maternelle, rappelons qu'à la base, il est néo-zélandais), on retrouvera encore une fois des adaptations de Cohen, deux précisément. L'album est sorti sous une pochette absolument hideuse montrant une peinture représentant Graeme Allwright. L'aspect est extrêmement vieillot, on dirait un de ces disques de chansons pour papa des années 50, ça fait kitsch, daté, et ne donne vraiment pas envie d'écouter cet album. D'ailleurs, si j'ai choisi ce disque en deuxième chronique, si je l'ai acheté, en vinyle, récemment, en même temps que Le Jour De Clarté (mais, l'ayant reçu avant, je l'ai découvert avant l'autre !), c'est pour son tracklisting assez étonnant, il n'offre que 6 titres, dont un qui occupe toute la seconde face. 

GA2

L'album tire son titre d'une des chansons de l'album, car il s'appelle Jeanne D'Arc. En 1971, Leonard Cohen sort Songs Of Love And Hate qui est probablement son chef d'oeuvre, Cohen fera Joan Of Arc, merveille des merveilles (le refrain en vocalises, à faire frissonner un glaçon). La chanson, qui parle évidemment de qui vous savez, est un sommet, et la version de Graeme lui rend totalement justice. Comme je l'ai dit hier, Allwright chante comme Cohen, même timbre de voix, même chant lancinant, et respecte aussi bien le texte (et le sens, donc) que la mélodie, on a l'impression, donc, ici, encore une fois, d'entendre Cohen chanter en français plutôt qu'un autre le chantant, lui. Troublant. L'autre chanson adaptée de Cohen, ici, c'est Les Soeurs De La Miséricorde (Sisters Of Mercy, qui donnera à un fameux groupe de rock gothique son nom, pour l'anecdote), qui est une pure merveille, un sommet total. L'album démarre donc sur les chapeaux de roue. Ballade De La Désescalade, signé Allwright (comme le reste de l'album, au fait) seul, est une autre merveille, engagée mais pas féroce, Allwright était clairement pacifiste, apaisant, pas du genre à ruer dans les brancards et à appeler la révolution. Il a d'ailleurs un peu fait parler de lui en 2005 quand il dira, dans les médias, qu'imposer aux écoliers français d'apprendre par coeur des paroles aussi sanguinaires que celles de La Marseillaise était une erreur, à moins de modifier les paroles, trop violentes et belliqueuses pour lui. 

GA3

L'album s'ouvre sur trois merveilles. Hélas, la suite et fin ne sera pas aussi bonne. La Petite Souris m'est assez insupportable, je trouve la chanson ridicule, voilà, je n'ai pas peur de le dire. How Can I Possibly Sing To You, chantée en anglais donc, achève assez bien la face A malgré qu'elle soit un peu longuette et surtout, se traîne en longueur, en langueur. Mais c'est la face B qui va, franchement, enfoncer le clou. Elle n'est constituée que d'un morceau de 22 minutes (au fait, l'album, dans sa totalité, en dure 42 ou 43) intitulé Le Monde Se Prépare A Un Grand Changement. Et là, que dire ? L'époque était au rock progressif (Yes, Genesis...), et l'a été, avant, entre 1966 et 1969 grosso modo, au rock psychédélique. Graeme ne fait ni l'un ni l'autre, mais on peut parler, dans un sens, de folk psychédélique, très engagée, très imprégnée d'ambiances esotériques, mystiques (au verso de pochette, une citation d'une prêtresse hindouïste indienne de Pondichéry), Graeme s'était-il converti, ou bien voulait-il surfer sur cette mode (l'année précédente, Ravi Shankar et George Harrison avaient fait leur fameux concert collectif caritatif pour le pays de Shankar, le Bangladesh) ? Toujours est-il que cette longue, interminable déclamation, sur fond d'accompagnement étrange entre guitare, harmonium et instruments indiens, est un total ratage, qui m'a valu, par moments, des crises de fou rire nerveux et clairement pas voulus. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, pour moi, cette face B est ridicule, et même un gâchis de vinyle. Dommage que l'album se termine ainsi, déjà que la face A se finissait moyennement... Mais heureusement, et même s'ils ne représentent qu'un quart d'heure (environ) sur les 43 de l'album, les trois premiers morceaux sont exemplaires. Mais dans l'ensemble, malgré eux, je n'ai pas aimé ce Jeanne D'Arc qui, me concernant, marquera la fin de ce chanteur sur le blog. J'espère que Max aura envie d'en faire lui aussi, mais me concernant, ça s'arrêtera là !

FACE A

Jeanne D'Arc

Les Soeurs De La Miséricorde

Ballade De La Désescalade

La Petite Souris

How Can I Possibly Sing To You

FACE B

Le Monde Se Prépare A Un Grand Changement