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Graeme Allwright est mort le 16 février dernier, il y à donc une petite dizaine de jours, il avait 93 ans. Qui était-il ? Les plus âgés d'entre vous, de ceux nés entre les années 40 et 70, savent. Les plus jeunes ne sauront peut-être pas, alors autant faire une petite biographie, rapide. Allwright, de nationalité néo-zélandaise, est né à Wellington (Nouvelle-Zélande donc) en 1926, il y a passé son enfance, et à la fin de l'adolescence, il quitte sa famille afin de gagner Londres, afin d'y devenir acteur. Il y fait la connaissance, en 1948, de Catherine Dasté, une comédienne française, qu'il épouse et suit en France. Il s'y installe, fait de petits boulots, maîtrise son français (écoutez-le chanter, on entend un petit accent étranger, mais vraiment en filigrane), obtiendra la nationalité française (au moment de son mariage, j'imagine). Passionné par la musique folk américaine (Pete Seeger, Woody Guthrie...), il adaptera rapidement ces chanteurs. Ainsi qu'un certain folkeux canadien du nom de Leonard Cohen. Graeme Allwright sort son premier album en 1965, il a alors presque 40 ans, ce qui est assez âgé pour démarrer une carrière dans la chanson, surtout à l'époque. En 1968, il sort son troisième album, Le Jour De Clarté, cet album-ci, que j'ai acheté, en glorieux vinyle d'époque, sur conseil avisé de MaxRSS, m'ayant assuré que ce disque était un vrai chef d'oeuvre. Il faut dire que, sur ce blog, rien, jusqu'à mon court article en hommage à Allwright publié le soir de l'annonce de sa mort, rien n'existait. J'ai crée le tag au nom du chanteur en rédigeant le petit article (j'aurais aimé faire mieux, mais comme je n'étais pas chez moi, j'ai dû me contenter du minimum fait via mon smartphone), et je me suis dit, quelques jours plus tard, qu'il faudrait, tout de même, aborder un de ses albums, surtout que Max m'en avait recommandé un. 

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J'ai donc regardé sur le Net, et tout en commandant Le Jour De Clarté, que je n'ai eu pour pas très cher, j'ai aussi jeté mon dévolu sur un autre de ses albums, que j'aborderai sans doute demain, même heure. Vous saurez demain (Max, lui, sait déjà de quel album je veux parler !) de quel album il s'agit, pour le moment, parlons du Jour De Clarté, dont j'aime beaucoup la pochette montrant Graeme, assis sur une chaise délabrée devant une maison, son chien à ses pieds, et sans ses mains, un instrument à cordes que je n'avais pas vraiment identifié mais que MaxRSS m'a dit être une auto-harpe. La photo est du genre rustique et chaleureuse, typiquement folk. L'album offre 12 titres, pour environ 37 minutes, et parmi ces titres, on note deux adaptations de Leonard Cohen : L'Etranger (Stranger Song à la base), et surtout Suzanne. Allwright sera pour Cohen, en France, ce qu'Hugues Aufray est pour Bob Dylan  : un passeur, un adaptateur passionné. J'imagine que Cohen et Allwright se sont rencontrés, le contraire serait étonnant, limite improbable. Très certainement ils étaient amis, de même que Dylan et Aufray le sont. En tout cas, Graeme chante Cohen à merveille (quand Bashung, sur son dernier album, reprendra à son tour Suzanne, ce sont les paroles de l'adaptation d'Allwright qu'il prendra plutôt que d'en faire une nouvelle), il l'adapte parfaitement et sa voix est, de plus, très ressemblante. Bref, on a en fait l'impression d'entendre Cohen chanter lui-même en français (langue qu'il connaissait assez bien) ! L'album offre aussi une excellente adaptation de Pete Seeger (Jusqu'A La Ceinture), deux de Tom Paxton (Sacrée Bouteille et Qu'As-Tu Appris A L'Ecole ?) qui sont remarquables...

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Le reste de l'album est essentiellement constitué d'adptations de chanteurs moins connus, mais pas moins talentueux. En tout cas, ces adaptations sont remarquables elles aussi, car s'il y à bien une chose à dire sur Le Jour De Clarté, c'est que c'est un monument, et je remercie vraiment MaxRSS de me l'avoir conseillé. Citons le morceau-titre, que vous connaissez sans doute (pensant le contraire, j'ai été surpris en l'écoutant ; soit je la connaissais déjà, soit elle m'a fortement fait penser à autre chose, mais j'ai été supris en l'écoutant, et c'est une des meilleures de l'album), citons aussi Petit Garçon qui, en 2014, a servi d'hymne pour le Téléthon, et est touchante au possible. Aucune mauvaise chanson sur cet album vraiment admirable, touchant, sobre et élégant, qui prend son temps, apaise vraiment. Le timbre de voix de Graeme Allwright, et son petit accent (qui, vraiment, parfois, est limite subliminal en fait), la maestria de ses textes, tout concourt à faire de ce disque, que je classe en "folk" plutôt qu'en "chanson française" même si cette catégorie aussi est valable (l'album suivant sera, lui, je pense, en "chanson française"), un chef d'oeuvre du genre. Un disque assez méconnu, ou oublié, j'en ai peur, donc si cet article peut vous donner envie de vous pencher dessus, ça sera déjà ça de gagné ! 

FACE A

Jusqu'A La Ceinture

Suzanne

Le Jour De Clarté

Viendras-Tu Avec Moi ?

Je Perds Ou Bien Je Gagne

Ne Laisse Pas Partir Ta Chance

FACE B

Garde Le Souvenir

Sacrée Bouteille

Qu'As-Tu Appris A L'Ecole ?

La Ligne Holworth

Petit Garçon

L'Etranger