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Oyez oyez, apprenez, braves gens de la capitale et des vastes contrées avoisinantes ou lointaines, que cet album sorti en 1977 est le dernier bon disque de Rod Stewart. Hé oui. Lequel chante toujours. Hé oui. Rod semble, d'ailleurs, sur la pochette de cet album (une pochette visuellement plus sobre que pour ses précédents opus, mais attendez de voir le livret accompagnant le vinyle, livret qui ne comporte cependant pas les paroles, contrairement à tout livret de vinyle qui se respecte), quelque peu interloqué, presque peiné, comme s'il savait à l'avance qu'après cet album, il entrerait, bouche maintenue ouverte par un écarteur et mains liées dans le dos, dans une piscine de merde dans laquelle il se noierait, lentement, mais sûrement, et éternellement, tel un moderne Sysyphe' Sysyphe qui n'avait pas été condamné à éternellement se noyer à propos, mais ce qu'on s'en fout, t'es prof de mythologie, toi ? Cet album fait suite à deux réussites majeures, Atlantic Crossing (1975, premier album pour Warner, premier album ricain, enregistré aux USA) et A Night On The Town (1976, avec sa pochette sous influence Renoir). Deux grandioses albums remplis de sublimes et efficaces chansons (Sailing, The Killing Of Georgie, Tonight's The Night (Gonna Be Alright) pour ne citer que ces trois-là), constitués chacun d'une face lente et d'une face rapide. Entre 1976 et 1977, Rod, entouré de musiciens remarquables (Carmine Appice à la batterie, Steve Cropper et David Foster aux guitares, Nicky Hopkins aux synthétiseurs, John Mayall à l'harmonica sur un titre...) mais moins connus, dans l'ensemble, que ceux ayant officié sur les deux précédents opus, Rod donc enregistre ce disque qui sortira en novembre 1977 et est produit par Tom Dowd : Foot Loose & Fancy Free.

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Un petit côté Morgane De Toi avant l'heure, non ? Verso de pochette de l'album

Après ce disque (qui dure 44 minutes pour seulement 8 titres, dont 5 dépassent les 5 minutes), le déluge de daubasse, donc, avec des trucs tels que Foolish Behaviour (et son hit Passion) et Blondes Have More Fun (le disque qui suivra, en 1978) avec D'Ya Think I'm Sexy ?, deux chansons qui passent encore régulièrement (Baby Jane de Body Wishes aussi) à la radio et semblent représenter, pour les programmateurs radio de France, l'intégralité de la carrière de Rod The Mod. Le jour où Maggie May, Reason To Believe et Gasoline Alley repasseront à la radio n'est hélas pas pour demain... Bon, pour continuer de parler de Foot Loose & Fancy Free (un titre d'album qui ne donne pas spécialement envie d'écouter le disque, tant il sent la musique facile), c'est un album franchement moins grandiose que les deux précédents de ce que j'appelle la 'trilogie américaine' de Stewart. Trois albums remarquables, les dernier de ce genre chez le chanteur désormais péroxydé. Putain, sur la pochette, on dirait une version masculine de Bonnie Tyler en pleine redescente d'acide de batterie. L'album est moins grandiose, mais tout de même vraiment réussi. Il ne reprend pas vraiment le concept 'face rapide/face lente' des deux précédents, et contient moins de reprises (deux seulement) que les autres albums de Rod. Parmi ces reprises (il s'agit des deux premiers titres de la face B), il y à You Keep Me Hangin' On. A la base, ce morceau est un hit des Supremes de Diana Ross (on est dans la Motown, donc). Vanilla Fudge, groupe de heavy rock baroque des années 60, en fera une géniale reprise en 1967, un an plus tard. Au passage, Carmine Appice, batteur sur l'album de Rod, était membre de Vanilla Fudge. Kim Wilde en fera un hit vers 1984 ou 85. Entre la version du Fudge et celle de Kim Wilde, se trouve celle, longue de plus de 7 minutes, de Rod The Mod. Elle est juste grandiose. 

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Une des pages du livret

Le reste de l'album est très réussi, entre le touchant I Was Only Joking (une des plus belles chansons de l'artiste, une de ses préférées et une des préférées des fans), les remuants Born Loose (sur lequel Mayall joue de l'harmonica) et Hot Legs. Les chansons rythmées ne sont pas forcément d'une subtilité à toute épreuve, mais on parle de Rod Stewart, là, et de toute façon, on trouve clairement ce petit côté cheesy (comme les anglophones le disent pour parler de quelque chose de musicalement un peu 'limite' variétoche), un peu camp, aussi, sur l'ensemble de l'album et notamment sur sa face A. Disque qui marque la fin d'une belle période pour Rod Stewart (mais ça, il ne pouvait pas le savoir, évidemment...), Foot Loose & Fancy Free est recommandé si vous voulez du bon rock 70's sans prise de tête. Avec sa pochette fin de fiesta/retour à la dure réalité (mais au dos du livret, Rod pose comiquement, goulot de bouteille en bouche, en train de tiser, regard amusé), ce disque honnête conclut efficacement et agréablement une trilogie grandiose, et un début de carrière globalement sans faute (j'aime beaucoup l'inégal Smiler de 1974). 

FACE A

Hot Legs

You're Insane

You're In My Heart

Born Loose

FACE B

You Keep Me Hangin' On

(If Loving You Is Wrong) I Don't Want To Be Right

You Got A Nerve

I Was Only Joking