F10

Funkadelic, encore et toujours, suite du cycle consacré à un des groupes les plus dingues de tous les temps. On avait quitté le groupe de George Clinton (enfin, un de ses deux groupes avec Parliament, frère jumeau de Funkadelic en plus 'funk traditionnel' que l'autre, Funkadelic étant, lui, très axé psychédélique) en 1974 avec un Standing On The Verge Of Getting It On purement remarquable, 36 minutes de tuerie funky. Cet album-ci, sorti l'année suivante soit 1975, dure aussi 36 minutes (mais quasiment tout rond). C'est le septième album studio du groupe (et leur septième tout court, car ils n'ont pas sorti de live ; il y en à un qui sortira en 1996, et qui fut enregistré en 1971, mais c'est tout), il est sorti sous une pochette signée, encore une fois, Pedro 'Captain' Bell, une pochette qui utilise le fameux logo du groupe (une sorte de tête de mort souriante) et est bien chamarrée comme les autres (avec, à l'intérieur de la pochette, encore une fois, au milieu d'un invraisemblable collage d'images et de dessins, un long texte signé George Clinton), on notera d'ailleurs que le visage féminin verdâtre de la pochette ressemble à s'y méprendre à Linda Blair dans L'Exorciste. Cet album porte un titre qui pourrait laisser penser que c'est un live, mais non, pas du tout. L'album s'appelle Let's Take It To The Stage ('stage', en anglais, veut notamment dire 'scène' dans le sens 'scène musicale'). 

F11

Bien délirant encore une fois, cet album offre 10 titres, dont le plus long atteint la belle (mais pas extraordinaire) durée de 7 minutes. Il s'agit du dernier titre, un quasi-instrumental (on y entend, au début, Clinton faire un monologue sur les sexes féminins et masculins, ambiance poétique à donf', donc) intitulé Atmosphere, morceau chelou inspiré par Bach (la grande, très grande majorité du morceau est en fait une longue coda jouée à l'orgue, par Bernie Worrell - qui joindra les Talking Heads en 1980). Pas le sommet de l'album car un peu trop étrange par rapport au reste des morceaux, Atmosphere est cependant une conclusion étonnante et plutôt réussie, qui ne laissera personne indifférent. L'album offre son lot de chansons (ici, beaucoup sont très courtes, 5 des 10 titres font moins de 3 minutes) très funkadeliciennes dans l'âme, comme le très subtil (mais non, j'déconne...) No Head, No Backstage Pass, au titre qui laisse rêveur ("pas de pipe, pas de backstage pass"), ou bien Get Off Your Ass And Jam, qui possède un fulgurant solo de guitare joué non pas par Garry Shider, ni par Michael Hampton, ni par Eddie Hazel (ce dernier interviendra de moins en moins, dès ce disque, sur les albums de la P-Funk en raison de soucis personnels, il fera de la taule à l'époque), mais par...un illustre inconnu, non crédité donc, qui arrivera dans le studio on ne sait comment (invité ? incrusté ?). Un type doué, mais totalement junkie qui demandera à Clinton s'il pouvait jouer sur le morceau. Clinton accepte, le mec joue, c'est mis sur le disque, la performance est hallucinante... Personne ne sait de qui il s'agit, même si un certain Paul Warren affirmera par la suite que c'est lui. 

F12

Très rock dans l'âme, Let's Take It To The Stage est assurément un des meilleurs abums de Funkadelic, un des plus accessibles aussi, de Good To Your Earhole au morceau-titre en passant par Better By The Pound, Be My Beach (le titre est un jeu de mots intraduisible en français, mais les anglophiles savent sans doute de quoi je veux parler), le langoureux Baby I Owe You Something Good, l'étrange et atmosphérique Atmosphere, le presque pop The Song Is Familiar, le salace et comique No Head, No Backstage Pass... Il faudrait tout citer. Super bien balancé, drôle et cynique, Let's Take It To The Stage, qu'il est impossible d'écouter en restant immobile et sagement assis, est un des chefs d'oeuvres de ce groupe mythique et farfelu. L'album suivant, que le groupe sortira l'année suivante (une année où Funkadelic sortira deux disques et changera, entre les deux, de maison de disques ; et niveau Parliament, ça sera l'année de sortie du génial The Clones Of Dr. Funkenstein), ne sera pas, lui, aussi réussi, j'en reparle bientôt, mais je le dis ici en avant-première : on aura affaire, avec l'album suivant, au premier disque décevant du groupe. Rien de grave, rassurez-vous (j'en reparle bientôt, comme je l'ai dit), mais le niveau baissera quand même pas mal, pour le coup...

FACE A

Good To Your Earhole

Better By The Pound

Be My Beach

No Head, No Backstage Pass

Let's Take It To The Stage

Get Off Your Ass And Jam

FACE B

Baby I Owe You Something Good

Stuffs And Things

The Song Is Familiar

Atmosphere