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On reprendra bien encore un peu de Rod Stewart. Si ce chanteur vous insupporte (et vu sa production discographique depuis la fin des années 70, depuis 78 précisément, je peux comprendre qu'on n'aime pas ce chanteur, car le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a tout tenté pour se discréditer, et y est assez bien parvenu), rassurez-vous, après cet article, il y en aura encore un, et logiquement, c'est fini. Mais entre 1975 et 1977, Rod the Mod est encore en état de grâce (même son Smiler de 1974, mal réceptionné à l'époque, et sa petite participation - Pinball Wizard - au marasme de la version orchestrale du Tommy des Who en 1973, n'ont rien fait pour flinguer son statut), et il a sorti, sur le label Warner (qui l'a signé en 1975), pendant cette période, trois albums anthologiques. J'ai récemment abordé le premier, Atlantic Crossing, disque de l'arrivée aux USA (aussi bien sur la pochette que pour les morceaux, enregistrés aux USA), disque du tube et classique absolu Sailing, disque de Drift Away, Three Time Loser et I Don't Want To Talk About It, aussi, disque en partie constitué de reprises car Rod en a souvent, très souvent, émaillé ses albums, comme feu Joe Cocker. C'est un interprète plus qu'un chanteur. D'ailleurs, Sailing est une reprise. L'album était constitué d'une face rapide et d'une face lente. Son album suivant, enregistré essentiellement au studio Cherokee de Hollywood (là où Bowie, à peu près à la même époque, fera Station To Station dans un brouillard de coke) mais aussi un peu à Muscle Shoals (Alabama), Caribou (Colorado) et Criteria (Miami, Floride), sera lui aussi construit de la même manière, mais avec le style inversé : d'abord la face lente, puis la rapide. 

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Verso de pochette (à noter que sur le recto, le tracklisting complet de l'album est également précisé en bas, pour le vinyle)

Comme pour Atlantic Crossing, ça sera clairement précisé sur la pochette, 'slow side', 'fast side'. Sorti sous une belle pochette qui reprend, en la redessinant, et en incluant Rod dans les personnages, le "Bal Du Moulin De La Galette" de Renoir, cet album s'appelle A Night On The Town. Pour beaucoup de monde, cet album est le dernier sommet de Rod. D'autres pensent que c'est en fait Atlantic Crossing. Je suis plus de l'avis des premiers (même si le disque suivant, que j'aborderai, est loin d'être mauvais), autant le dire, A Night On The Town est vraiment une réussite, 41 minutes (et 9 titres), dont 5 sont des reprises (ou des morceaux offerts à Rod, mais sur lequel il n'a aucun crédit). Mais le morceau le plus connu, ici, qui ouvre le disque, est signé Rod : Tonight's The Night (Gonna Be Alright), chanson mémorable sur la sempiternelle première fois (sexuelle). Celle de Rod ? Probable. Le morceau, un des plus gros succès de Rod, contient un petit passage parlé, en français, par Britt Ekland, alors la petite amie de Rod. Laquelle est suédoise, pas française. On s'amusera ou pas de la prononciation. Le morceau, lui, est sublime. Tout comme la reprise du The First Cut Is The Deepest de Cat Stevens (un des premiers morceaux de Cat), qui est limite meilleure que l'original, c'est rare de dire ça d'une reprise, mais franchement, là, je n'ai pas l'impression de déconner en le disant. La face lente offre aussi les 6,30 minutes, là aussi signées Rod, de The Killing Of Georgie (Part 1 & 2), morceau remarquable, un des meilleurs de Rod là aussi, qui parle de la mort, assassiné à coups de couteau (même si Rod dira par la suite qu'il ne se souvient plus si c'était un couteau ou un flingue, la chanson parle de couteau), d'un de ses amis proches, homosexuel, tué vraisemblablement à cause de ses penchants sexuels. Sublime, parfois sombre (la seconde partie), le morceau posséderait une ressemblance avec le Don't Let Me Down des Beatles, Rod lui-même avoue que ça ressemble, mais n'aura jamais de soucis judiriques. Lennon dira, en 1980, dans une interview, que les avocats n'ont jamais remarqué cette ressemblance (mais lui, si, apparemment). 

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La face rapide est sans doute moins exceptionnelle que l'autre. Elle est toutefois une belle réussite, offrant notamment Big Bayou (qui fut chantée par Ron Wood également ; c'est une reprise d'un morceau de country cajun de Gib Guilbeau), The Balltrap et ses paroles controversées et osées (le morceau est signé Rod), et Trade Winds. Après, il est clair que si Atlantic Crossing était aussi remarquable sur sa face rapide que sa face lente, A Night On The Town, lui, tout en offrant une face rapide vraiment bonne, est plus exceptionnel dans sa face lente. Ce système de deux faces/deux styles sera un peu repris sur l'album suivant, Foot Loose & Fancy Free, mais à un degré moindre. Pour en finir avec l'album, citons un peu les musiciens, qui sont aussi exceptionnels (car souvent les mêmes) que sur le précédent album : Donald 'Duck' Dunn, Steve Cropper, Al Jackson Jr de Booker T. & The M.G.'s, Lee Sklar, Willie Weeks, Andy Newmark, Joe Lala, David Foster, Barry Beckett, Jesse Ed Davis, Joe Walsh David Lindley, autant de noms que l'on retrouve plus souvent qu'à leur tour sur les albums de rock des années 70, sur les grands projets, qui collaborent avec les meilleurs et offrent à un album sa garantie d'un son réussi. Clairement, Rod savait bien s'entourer (sur le disque suivant, ça sera aussi le cas, mais avec pas mal de changements), et on le sait tous, un tel aréopage de grands musiciens, ça ne peut pas faire de mal. Comme en plus, ici, les chansons suivent, ça fait de cette 'nuit en ville' un excellentissime opus de Rod Stewart, un de ses meilleurs, et un disque à (re)découvrir absolument. 

FACE A (slow side)

Tonight's The Night (Gonna Be Alright)

The First Cut Is The Deepest

Foor For You

The Killing Of Georgie (Part 1 & 2)

FACE B (fast side)

The Balltrap

Pretty Flamingo

Big Bayou

The Wild Side Of Life

Trade Winds