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Il y à peu de temps, entre deux cycles de chanson française, j'ai abordé un album de Leon Russell, vrai petit chef d'oeuvre. On est ici entre deux autres cycles, car autant le dire tout de suite, un cycle consacré à l'intégrale studio (ou presque) d'un fameux chanteur francaouis démarre demain, même heure, à peu près, que celle de la publication de cet article. Qui, donc, est aussi consacré à un album de Leon Russell. J'avais parlé ici, donc, récemment, de Leon Russell And The Shelter People, remarquable album de 1971 (qui comprenait parmi ses chansons des reprises excellentissimes de Bob Dylan et de George Harrison, deux artistes que Russell a cotoyé notamment au cours du Concert For Bangladesh la même année). L'année suivante, Leon Russell, ce multi-instrumentiste (claviers, guitare, basse, mais quand même, essentiellement, claviers) de génie et à la voix assez particulière de Daffy Duck un peu enroué, sortira son album suivant, un album qu'il a coproduit avec Denny Cordell et sorti sur son propre label, Shelter (en Europe, et notamment en Europe, c'est Philips qui a sorti le disque). L'album s'appelle Carney et sa pochette représente Russell, devant un miroir de loge avec un tambourin suspendu, en t-shirt déchiré et sale, le visage fardé de blanc, comme un clown ou un artiste de cirque. Au verso de pochette, il pose, toujours fardé, assis, en mode pause, devant une caravane attelée à une Rolls-Royce bleue (on reconnaît le bouchon de radiateur, fameux "Spirit Of Ecstasy" chanté par Gainsbourg). Gros contraste entre une voiture de luxe et une petite caravane merdique.

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L'album dure 37 minutes (pour 12 titres ; notons que le morceau-titre, instrumental, ne dure que 47 secondes !) et a été enregistré en Californie, Alabama (les fameux Muscle Shoals Studios) et Oklahoma. Encore une fois, Leon Russell (qui signe tous les morceaux, sauf un en collaboration avec Don Preston ; mais aucune reprise ici) a su super bien s'entourer pour faire ce disque. Il joue du piano, de la guitare et de la basse (et chante, évidemment) mais on trouve, sur ce disque, Don Preston (guitare, choeurs ; il cosigne Acid Annapolis), Carl Radle (basse), Cuck Blackwell et Jim Keltner (batterie), Joey Cooper (guitare) et John Gallie (orgue Hammond), ces deux derniers sont moins connus. Carney, disque qui se classera N°2 au Billboard Hot 200 à sa sortie, et qui sera le premier album de Russell à contenir un hit (Tight Rope, qui se classera 11ème), est, il faut le dire, un très bon album, assez étrange (comme sa pochette), mais pas aussi grandiose que le précédent opus de Russell. L'album est assez confus par moments, on ne voit pas trop où Russell voulait en venir ici, c'est à la fois psychédélique, rhythm'n'blues, rock et un peu swamp rock à la louisianaise. On pense, parfois, à du Dr John. Mais sans la petite touche magique qui fait des albums de Dr John de vrais chefs d'oeuvres qui ne ressemblent à rien d'autre (voir Dr John's Gumbo, par exemple, qui date de la même année que l'album de Russell). 

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Carney offre Tight Rope, Roller Derby, Out In The Woods, This Masquerade, Magic Mirror, Cajun Love Song, autant de chansons qui, sans être de la trempe à cotoyer les sommets, sont de vraies belles chansons. Si Carney est, en revanche, totalement inutile avec ses 47 secondes, l'album n'offre aucune mauvaise chanson. Notons juste une face B sans aucun doute moins percutante, réussie, que la première, mais rien de grave. Concernant Leon Russell, je m'arrête là, j'ai été emballé par ses premiers albums, jusqu'à ce Carney (et le triple live sorti en 1973, Leon Live, abordé ici il y à une paire d'années), mais je n'ai pas spécialement envie de poursuivre ma découverte pour le moment. Reste que jusqu'à son triple live que je viens de citer, ses albums sont vraiment à découvrir, surtout que le bonhomme, décédé en 2016, est par trop méconnu chez nous. 

FACE A

Tight Rope

Out In The Woods

Me And Baby Jane

Manhattan Island Serenade

Cajun Love Song

Roller Derby

FACE B

Carney

Acid Annapolis

If The Shoe Fits

My Cricket

This Masquerade

Magic Mirror