F4

On continue pépèrement le cycle, à peine démarré il y à quelques jours, sur Funkadelic. La bande à George Clinton (enfin, une de ses deux bandes avec Parliament, constitué en partie des mêmes musiciens, mais faisant un funk plus 'puriste' que Funkadelic) a livré, tout du long des années 70, une enculade d'albums absolument tétanisants pour la plupart d'entre eux. Après un double album assez engagé politiquement en 1972, America Eats Its Young ("L'Amérique mange sa jeunesse", allusion évidente au Vietnam), album très réussi mais qui ne sera pas un succès commercial, le groupe décide de se recentrer sur un point essentiel de la musique funk : elle sert avant tout à se remuer le popotin sur des rythmes effrenés, souvent accompagnés de paroles salaces ou sans ambigüité (concentrez-vous sur les paroles des chansons de Barry White, Marvin Gaye ou des Ohio Players, ainsi que sur les pochettes des albums de ces derniers...). De même que son équivalent Blanc et rock, Frank Zappa, Clinton (aussi pro-came que Zappa était anti-came) possède un sens de l'humour pipi-caca-zob assez imposant. Et un sens inné du théâtralisme. Du concept. Rien que les pochettes des albums de Funkadelic (qui, dès ce disque, seront signées Pedro 'Captain' Bell et font que rien que pour elles, posséder les albums du groupe en vinyle est obligatoire) donnent le ton.

F5

Celle de ce disque, le cinquième du groupe, est remarquable. On y voit une femme afro-américaine, chevelure afro (à l'intérieur de laquelle on distingue le visage hurlant de la pochette de Maggot Brain !), dentition de vampire, collier de cloches (?!?!?), nue, le territoire américain tatoué sur le sein droit, entourée de fusées, dans l'espace. En bas (la pochette est gatefold, ouvrante donc, comme pour tous les autres Funkadelic, et elle est en format portrait, voir l'illustration ci-dessus), on distingue des extraterrestres essentiellement de sexe féminin d'après leurs tenues, dans une ville à la New York, sur laquelle semble couler une sorte de liquide épais et blanc que je ne nommerai pas, mais qui pourrait tout aussi bien être ce que vous pensez que de la crème fraîche ou de la peinture. L'album, sorti en 1973, s'appelle Cosmic Slop. Il dure 36 minutes, offre 9 titres, et possède un imparable sens du rythme funky, tout en étant totalement rock et dingue. S'il fallait décrire le son de Funkadelic, je dirais funk-rock psychédélique, mais c'est encore assez réducteur. Avec ses voix (des deux sexes, et assez nombreuses, l'usage des choeurs étant, dans ce groupe, très récurrent) totalement dingues et ses rythmiques de feu, sans parler des parties de guitare électrique à tomber sur du verre pilé et à en redemander mais cette fois-ci, avec des clous rouillés, ce groupe était génial.

F6

Prenez, par exemple, ici, le long (6 minutes) et hypnotique March To The Witch's Castle, sur lequel, sur un riff de guitare aussi lent que génial (et avec une atmosphère de western spaghetti lugubre), on entend une voix masculine assez terrifiante (ralentie, profonde, grave, pesante) annonner son texte. Prenez, en contrepartie, les très funky et dansants Let's Make It Last, Can't Stand The Strain et Nappy Dugout. Le délirant Trash A Go-Go. Le sensationnel (et basé sur un vieux titre des Parliaments, pas le même groupe que celui de Clinton, datant des années 60) You Can't Miss What You Can't Measure (ces titres de chansons, totalement tarés...sur un des albums suivants, un morceau s'appellera, en anglais bien entendu, ''pas de pipe, pas de backstage pass"). Et surtout, surtout, prenez le géniallissime Cosmic Slop qui ouvre la seconde face. Le morceau-titre, régal absolu de funk/rock, riff et solo absolument grandiose, ambiance effrenée et jouissive, ce morceau est pour moi non seulement le sommet de l'album (lequel est assurément un des meilleurs du groupe et, probablement, mon préféré d'eux), mais un des, allez, trois meilleurs morceaux du groupe avec Maggot Brain et One Nation Under A Groove. Parlons un peu des musiciens afin d'achever cette chaotique chronique (mais c'est difficile de parler de Funkadelic). Bernie Worrell aux claviers, Eddie Hazel à la guitare, Boogie Mosson à la basse, Gary Shider à la guitare, Tyrone Lampkin aux percussions et à la batterie, George Clinton au chant principal. Une sacrée bande d'allumés (faut voir leurs dégaines !) qui livre ici un album anthologique et trop méconnu, comme ce groupe en général. Hautement recommandé ! La suite bientôt...

FACE A

Nappy Dugout

You Can't Miss What You Can't Measure

March To The Witch's Castle

Let's Make It Last

FACE B

Cosmic Slop

No Compute

This Broken Heart

Trash A Go-Go

Can't Stand The Strain