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J'ai beau être un grand fan de Deep Purple (il y à d'ailleurs des chances pour que je fasse un ou deux autres de leurs albums, pas encore abordés, dans un avenir pas trop lointain), et j'ai beau adorer cette période du groupe, ce disque, désolé, mais je ne peux pas. Et je ne suis pas le seul dans ce cas, bien au contraire. Comme vous le savez peut-être, Ritchie Blackmore, le ténébreux, colérique guitariste fondateur, a quitté le groupe en 1975 après un concert parisien (qui existe en CD, faramineux, dans les géniales "Overseas Live Series" du groupe), la dernière note de Highway Star balancée dans la sono. Pour le remplacer, car ils l'ont remplacé (après tout, Blackmore, après son retour dans le groupe au moment de la reformation de 1984, est définitivement parti en 1993 et depuis, c'est Steve Morse qui le remplace), les Purples ont fait appel à Tommy Bolin, guitariste (et chanteur) américain qui avait notamment joué au sein du James Gang (en 1973/74), Billy Cobham, et des groupes moins connus tels que Zephyr, Energy ou Moxy. Il rejoint le groupe en été 1975, enregistre avec eux Come Taste The Band (seul album studio de la formation dite MkIV) et le groupe part en tournée, qui s'achèvera le 19 juillet 1976. Bolin fonde ensuite son propre groupe (le Tommy Bolin Band), sort deux albums (Teaser, notamment), mais décède d'overdose le 4 décembre 1976. Il avait 25 ans. Un beau gâchis, car, sincèrement, Bolin était un remarquable guitariste.

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Concernant le Deep Purple de cette formation MkIV (ou Mark IV, bref, la quatrième évolution du groupe ; pour info, la plus connue, la meilleure, c'est la MkII, 1970/1973), on a un album studio remarquable mais assez peu connu, parfois sous-estimé. Et on a deux témoignages live officiels. Celui que j'aborde est le premier sorti, et ensuite, en 2009 (puis, réédité dans les "Overseas Live Series" en 2016), on a le Live In Long Beach 1976. Ce dernier, que j'avais abordé ici en 2017 si je ne m'abuse, est exceptionnel. En revanche, celui que j'aborde aujourd'hui, capté le 15 décembre 1975 au Budokan à Tokyo, et qui est sorti en 1977, c'est une autre paire de manches. Il s'appelle Last Concert In Japan pour la simple et bonne raison que c'est le dernier concert que le Pourpre a donné au Japon (compte tenu qu'au moment de la sortie du live, le groupe était séparé). Depuis, ils en ont donné d'autres, évidemment, une fois reformés, mais pour l'époque, c'était le dernier, en effet, le titre n'est pas trompeur. Disque simple, long de 44 minutes (et offrant 9 titres), il est dédié à Bolin, mort quelques mois avant la sortie de l'album. Par la suite, en 2001, une édition complète, et remastérisée, sortira sous le titre This Time Around : Live In Tokyo, mais c'est de la version 1977 que je veux parler, tant elle pue la merde. Qualité audio décevante (il y à bien pire, ceci dit, mais pas chez Deep Purple), prestation hasardeuse (Tommy Bolin, la veille, s'était bien chargé de cames, s'était endormi pendant plus de 8 heures sur son bras gauche, qui s'est retrouvé ankylosé, et il avait, ce soir-là, au Budokan, de grandes difficultés à jouer correctement...et ça s'entend), et setlist un peu en foutage de gueule.

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Version complète, son remastérisé, sortie en 2001

On a en fait un seul foutage de gueule, en ce qui concerne les morceaux, mais il est tellement éhonté que les fans du groupe se sentiront totalement fuckés et accuseront le groupe et leur management (le disque est produit par le groupe et Martin Birch) d'avoir volontairement erroné les crédits pour faire vendre. Il est indiqué au dos de pochette et sur le label que l'un des titres est Woman From Tokyo, excellent morceau issu de Who Do Who Think We Are (1973, dernier album de la MkII à l'époque), un morceau qui était assez rare au cours de la période où c'est David Coverdale qui chantait dans le groupe (ce morceau est, à la base, chanté par Ian Gillan). Sachez que ce n'est pas ce morceau, sur le live, mais un solo d'orgue de Jon Lord (la précision "Jon Lord solo" en bas d'article est de mon fait, rien de tel n'est indiqué sur la pochette), qui s'inspire tellement brièvement du morceau qu'on ne s'en rend pas compte (disons qu'il improvise sur ses notes de l'intro du morceau). Vous allez me dire que c'est ridicule de faire une telle polémique pour si peu, mais c'est quand même tromperie sur la marchandise, non ? Soldier Of Fortune, immense morceau de Stormbringer (1974), ne dure ici que 2 petites minutes, à peine un snippet, comme on dit en anglais, c'est trop court, sentiment de frustration assuré. Wild Dogs est, lui, un morceau de Bolin en solo (issu de Teaser, son premier opus solo), un très bon morceau chanté par le guitariste. Je ne vais pas dire qu'il n'a pas sa place ici, car après tout, Bolin, au cours de la tournée 1975/76, avait droit à son showcase avec soit ce morceau, soit un solo de guitare du nom de Homeward Strut. Le fait que Wild Dogs soit ici est évidemment une manière supplémentaire (avec la dédicace sur la pochette et sa photo individuelle placée au centre), pour le groupe, de lui rendre hommage. Evidemment, placer ce morceau de 6 minutes ici empêche de mettre à la place un autre morceau d'à peu près la même durée, et issu, lui, du répertoire du groupe. On a ici pas mal d'extraits de Come Taste The Band (trois, précisément, sur les neuf titres) et les inévitables Burn, Highway Star et Smoke On The Water (ce derier, en partie interprété par le bassiste Glenn Hughes et sa voix parfois trop stridente). Comme je l'ai dit, qualité audio moyenne, et prestation globalement médiocre, ce live nippon n'est vraiment pas un bon cru, c'est même le pire live du groupe à l'époque...et probablement leur pire live tout court. A réserver aux fans complétistes uniquement. 

FACE A

Burn

Love Child

You Keep On Moving

Wild Dogs

FACE B

Lady Luck

Smoke On The Water

Soldier Of Fortune

Woman From Tokyo (Jon Lord solo)

Highway Star