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Il y a de cela bientôt deux ans, j'ai vu un film, du titre de Jalouse et réalisé par les frères Foenkinos dans lequel Karin Viard tenait le rôle d'une professeur de Lettres dans un lycée... on va dire d'élite. Mais, en plus du fait que le film est un horrible navet dégoulinant de politiquement correct, il y avait un truc qui me gênait fortement : la professeur de Lettres, écoutant du jazz à ses heures perdues ne connaît pas John Coltrane. Mais, c'est quoi ce bordel ? Je sais bien qu'au cinoche on fait ce qu'on veut, mais de là à dire qu'une amateur (trice ?) de jazz ne connaît pas Coltrane, faut pas déconner quand même ! Bon, on est pas sur un blog cinéma ici, c'est vrai, mais cette petite digression me permet de présenter l'artiste dont il va être question dans cette chronique : John Coltrane donc. Le jazz a ses grands noms : Louis Armstrong, Duke Ellington, Chet Baker, Dave Brubeck, Sidney Bechet, Charlie Mingus et j'en passe. Mais, pour moi, il y en a deux qui sont hors concours : Miles Davis et John Coltrane. Place à Expression, album sorti en 1967. Ce disque, il y a quelque chose de résolument funeste qui l'entoure car il est le dernier album à être sorti du vivant de 'Trane qui décèdera la même année. Souvent, et c'est humain, on a tendance à être clément envers un premier album posthume ou envers le dernier album sorti du vivant d'un artiste. On ose pas trop en dire du mal. Dans le cas de cet Expression, la problématique ne se pose pas car cet album est monstrueusement excellent.

Ils sont cinq à officier sur l'album : John Coltrane bien entendu qui tient le saxophone (ténor la plupart du temps, il préférait celui-là) et la flûte, Alice Coltrane, sa femme, est au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse, Rashied Ali à la batterie et Pharoah Sanders au piccolo, à la seconde flûte et au tambourin. Mais, en ce qui concerne Sanders, on peut plutôt le considéré comme musicien addtionnel étant donné qu'il ne joue que sur un seul des quatre morceaux qui composent ce disque. A noter au sujet d'Alice Coltrane qu'après le décès de John, elle se mettra elle aussi à enregistrer des disques (sous son nom de jeune fille) lesquels se permettent d'inclure notamment des sonorités indiennes. Un truc que Miles Davis a fait lui aussi dans l'énorme On The Corner en 1972. Bon, vous avez remarqué que, jusqu'à présent, je n'ai pas encore parlé d'un seul des morceaux de l'album, j'y arrive et ce, dès maintenant. On commence avec Ogunde, le morceau le plus court de l'album. Seulement 3 petites minutes pour 39 petites secondes. Mais c'est un morceau d'une douceur absolue et une réussite éclatante. Tout y est parfait. Que ce soit le saxo de 'Trane, le piano d'Alice, la contrebasse ou la batterie discrète. To Be prend le relais. Et là les mecs, on décolle vers une autre galaxie, je ne plaisante pas. Long de plus de 16 minutes, ce morceau est gigantesque. Bien sûr, le piano, la contrebasse et la batterie y sont grandioses, mais ce qui mrque le plus ici, ce sont les partitions de flûtes. Ecoutez ça les mecs, je vous jure que ça vous envoie direct sur une planète encore inconnue. Et le 'Trane, jouant dans un registre plus aigu que Sanders, amène sa flûte à saturation, à tel point que l'on a parfois l'impression qu'elle va lui éclater en pleine tronche. 16 minutes et 18 secondes exactement de bonheur total. Et si To Be n'est pas le morceau le plus connu de son auteur, il n'empêche qu'il a toute sa place dans la légende Coltranienne. Offering, le morceau qui suit, dure la bagatelle de 8 minutes et 21 secondes, c'est long, mais comparé aux 16 minutes de To Be, c'est peau de balle. Offering, voit lui aussi un instrument prendre cher, en terme de saturation. Ce n'est pas la flûte qui douille, mais le saxo. Pareil, on a parfois l'impression qu'il est prêt à éclater en mille morceaux tant il est malmené. Mais, quand on connaît Coltrane et que l'on a écouté par A Love Supreme, il n'ya rien d'étonnant. Toujours est-il que ces 8 minutes et quelques sont elles aussi absolument parfaites. Aucun déchet, aucun moment de flottement. On arrive au dernier morceau (et merde tiens) qui est aussi le morceau titre : Expression donc. Une conclusion de près de 11 minutes. Après un début assez calme, ainsi qu'un passage où le 'Trane laisse le champ libre à sa femme pour que cette dernière puisse faire admirer ses talents de pianiste, le saxo, même s'il donne moins l'impression d'être à deux doigts d'éclater, se fait quand même bien malmener. On ne dira jamais assez à quel point Coltrane, de par sa volonté incessante d'en explorer les limites, a révolutionné le jeu du saxophone, quelle qu'en soit la tessiture.

Vous savez, et vous en conviendrai avec moi quand vous aurez écouté cet album, je suis parfaitement conscient de ne pas avoir su très bien parler de ce disque. Et pourtant, je peux vous garantir que je l'ai écouté plus d'une fois. Je dois en être à sept ou huit écoutes. Mais, vous le savez bien, quand on se trouve face à un album d'un pareil niveau, on est parfois tres emmerdé pour trouver les mots qui en feront ressortir toute la puissance. C'est le problème que j'ai avec Expression : ne pas trouver les mots qu'il faut. Toujours est-il que ce disque est bien évidemment indispensable à tout fan de John Coltrane, mais il l'est aussi pour toute personne qui aime le jazz. Et, chose très importante : ne vous laissez pas impressionner par la longueur de To Be ou du morceau titre.

Coltrane

Face A

Ogunde

To Be

Face B

Offering

Expression