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Je ne sais pas pourquoi, mais ce disque me fut bien plus difficile à dénicher en vinyle que le premier album du groupe, lequel n'a cependant pas été aussi vendu, dans le monde, que lui, et est un des albums les moins faciles à trouver de Midnight Oil. Mais passons. Comme je l'ai dit récemment, un cycle Midnight Oil est en cours, depuis un article publié il y à quelques jours, sur le blog, un cycle concernant leurs albums les plus récents (années 90/2000), enfin, à une exception près : ce disque. Je brise donc, éphémèrement, la chronologie du cycle alors que celui-ci est à peine entamé, et voici donc un album sorti, en 1981, par les Australiens, leur troisième album studio, quatrième en comptant un EP sorti l'année précédent ce disque. Voici Place Without A Postcard. Produit par Glyn Johns, ce disque marque un tournant total pour le groupe : après deux albums et demi publiés sur un label indépendant (le leur, précisément, Powderworks Records, du nom d'une de leurs premières chansons), albums tous enregistrés en Australie, la bande de Peter Garrett (chant) et Jim Moginie (guitare, claviers) se rend en Angleterre, dans le Sussex précisément (pas de précisions sur le lieu exact où se trouve le studio), et passe sur une major : CBS (alias Columbia Records ; aux USA, c'est Columbia, et pour le reste du monde, CBS). Ils se retrouvent aussi avec un producteur digne de ce nom, non pas que les précédents albums n'étaient pas bien produits (Head Injuries reste un de leurs meilleurs opus), mais on sentait le manque de budget tout de même.

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Le très moche verso de pochette vinyle, sans aucune précision pour le tracklisting (pour ça, faut voir la sous-pochette des paroles imprimées en écriture manuscrite assez illisible, ou les labels de face)

Place Without A Postcard, c'est l'album d'une bande d'Australiens en terra incognita, j'exagère beaucoup en fait, mais c'est l'album de l'exil pour une bande de kangourous survoltés qui, ici, tout du long de la bonne quarantaine de minutes (pour 11 titres dont plusieurs font partie de la légende du groupe), vont aligner les critiques à l'égard de leurs propres compatriotes, passés pour certains en mode petite vie pépère avec bronzette, farniente et surf, alors que la vie, putaing con, elle est vraiment pas facile pour tout le monde. Jamais Midnight Oil, je l'ai déjà dit et le redirai probablement, n'a fait de chansonnettes gentilles sur un amour de vacances ou sur le thème éculé qu'il est beau mon pays dans lequel je vis. Eux, c'est plutôt mais quels connards nous dirigent/Les USA nous tiennent par le bout des couilles/saloperie de nucléaire/font chier les marées noires/Un jour l'Australie va cramer, vous verrez (ah, pour ça, c'est sûr, hélas...)/Foutez la paix aux Aborigènes et laissez-les vivre comme ils le veulent/CONNARD DE REAGAN/si t'es pas de mon avis, t'es avec eux, saloperie de traître. Ahem. On sent les slogans rien qu'à lire les titres de leurs chansons (Don't Wanna Be The One, morceau furibard, presque punk, qui ouvre bien le disque ; Someone Else To Blame ; Armistice Day). Comme je l'ai dit, Place Without A Postcard offre quelques unes des plus grandes chansons des Oils : Armistice Day (qui donnera son titre à un album live sorti en 2018), Quinella Holiday, Burnie, Lucky Country, Don't Wanna Be The One et Basement Flat. Soit 6 chansons. Pas mal, comme ratio, vu qu'il y en à 11.

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Garrett faisant le fameux logo du groupe, la main tendue et ouverte

Mais l'album offre aussi Written In The Heart (ouverture de la face B) que je n'ai jamais pu encaisser, Loves On Sale qui est assez moyenne, et une production bien moins hargneuse que les précédents (et que certains des suivants) albums. Enregistré en deux mois (juin à juillet ; sorti en novembre), le disque possède une production assez décevante, malgré la présence de Glyn Johns derrière la console. Le chant de Garrett semble un peu poussif parfois, strident aussi. Il semblerait d'ailleurs qu'entre le groupe et Johns, l'entente n'était vraiment pas cordiale, des tensions sur comment le disque devait sonner ont fait que l'enregistrement de Place Without A Postcard ne doit pas faire partie des meilleurs souvenirs du groupe. Apparemment, alors que le groupe n'était pas satisfait du produit final, Glyn Johns aurait appelé une autre maison de disques, A&M, et proposé au groupe d'enregistrer ou de réenregistrer des morceaux qui soient plus accessibles pour le marché américain. La réponse du groupe fut de retourner chez eux, en Australie, et de poursuivre leur carrière à leur façon. Ils restent chez CBS, mais vont désormais tenir leur réputation et leurs idéaux engagés d'une main de fer dans un gant de plomb. L'album suivant, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 (1982), sera enregistré à Londres, et le suivant encore Red Sails In The Sunset (1984) au Japon, mais ils sonnent vraiment australiens dans l'âme. Ce disque de 1981, assez réussi, qui se vendra bien, ne sonne cependant pas totalement Midnight Oil, on sent que le groupe s'est un peu fait dépouiller de leur âme, de leur puissance, en bossant avec un producteur tel que Glyn Johns, talentueux, mais pas aventureux (Stones, Who, Clapton, Hallyday, Eagles...). L'album est très bien, mais je n'ai jamais réussi à l'adorer...

FACE A

Don't Wanna Be The One

Brave Faces

Armistice Day

Someone Else To Blame

Basement Flat

FACE B

Written In The Heart

Burnie

Quinella Holiday

Loves On Sale

If Ned Kelly Was King

Lucky Country