L4

Ayant récemment abordé le premier opus, éponyme, de Love, je ne pouvais faire autrement que d'aborder leur deuxième album. Comme je l'ai rapidement dit dans ma chronique du premier opus, ce deuxième album est important en celà qu'il contient une des premières chansons de rock à occuper une face entière. En l'occurrence, Revelation, sur la face B. Ce n'est cependant pas le premier album avec une chanson d'une face (au fait, je parle d'albums de rock, hein ; parce que sinon, avec le jazz, des morceaux d'une face, ça fait longtemps qu'on en trouvait sur les albums...). En 1966 (année de sortie du premier Love), on trouvait un morceau d'une face sur le Freak Out ! de Frank Zappa & The Mothers Of Invention et le Blonde On Blonde de Bob Dylan (lesquels sont les deux premiers double albums de l'histoire, au passage). Mais ces morceaux duraient respectivement 12 et 11 minutes. Sur Da Capo, sorti également en 1966, Revelation, lui, en dure 19 ! Soit plus long que la face A de l'album, par ailleurs, Da Capo durant 36 minutes. Au moment de sortir ce deuxième album, Love a engagé un nouveau batteur, Michael Stuart. L'ancien batteur, Alban 'Snoopy' Pfisterer, claviériste de formation, retourne aux touches d'ivoire (il joue cependant de la batterie sur le quatrième morceau). Produit par Jac Holzman (fondateur d'Elektra Records, qui a signé Love) et Paul Rothchild (producteur des Doors, groupe signé sur Elektra en partie sur insistance du chanteur de Love, Arthur Lee, qui a fit découvrir les Doors à Holzman), Da Capo est un des meilleurs albums du groupe, pas aussi grandiose que le suivant, Forever Changes (1967), mais pas vraiment du même genre non plus. 

L5

Forever Changes sera assez précieux, recherché, plus produit, lyrique (hispanisant aussi, parfois ; et teigneux aussi quand même, parfois : A House Is Not A Motel). Da Capo, avec sa pochette qui ressemble beaucoup (le cadre en plus) à celle du précédent opus, est un album assez rock, psychédélique mais garage. Ce n'est pas pour rien sur 7 And 7 Is sera sur la compilation Nuggets (dans sa version 1998, le longbox de 4 CD, pas sur la compilation sortie en double album en 1972). Ce morceau légendaire, sur lequel 'Snoopy' joue la batterie, est une furie d'à peine deux minutes, violente pour 1967, quasiment punk. Les Ramones l'ont reprise. Alice Cooper aussi (dans une version méconnaissable sur son Special Forces), ainsi que les Fuzztones et Rush. C'est du condensé de rock comme on l'aime, et un des meilleurs morceaux d'un album qui, dans l'ensemble, est exceptionnel. Comment ne pas succomber à She Comes In Colors (qui a servi d'inspiration aux Stones pour leur She's A Rainbow de la même année, chanson qui contient d'ailleurs le titre de la chanson de Love dans ses paroles), à Stephanie Knows Who, à ¡ Que Vida ! aussi ? Et donc, sur la face B, Revelation, 19 minutes (à quelques secondes près) jammesques qui auraient servi d'inspiration aux Stones (encore eux) pour leur Going Home de 11 minutes sur Aftermath (sorti aussi en 1966, mais avant Da Capo). Selon Arthur Lee, les Stones auraient vu Love sur scène, jouer ce morceau, en 1966 (avant que Love n'en enregistre une version studio, ils le jouaient déjà live en une longue jam), et s'en seraient inspiré. Mais au final, c'est en fait Love que l'on a accusé d'avoir pompé les Stones, vu que Da Capo est sorti après Aftermath ! Qui a plagié qui ? En tout cas, il est clair que des ressemblances existent entre les deux morceaux. Mais celui de Love, bien plus long, va plus loin dans l'esprit jammesque. Going Home, lui, est plus structuré. 

L6

Après ce disque incroyable (mais il faut bien une paire d'écoutes pour l'apprécier) mais qui ne sera pas un triomphe dans les charts, Love se séparera de 'Snoopy' et subira les affres de la créations pour Forever Changes, enregistré difficilement (la section rythmique du groupe sera quasiment 'virée' par la production et remplacée par des musiciens de studio, qui, finalement, jetteront l'éponge et redonneront leur place aux musiciens de Love ; Neil Young, pressenti pour produire le disque, refusera, sentant que ça ne serait pas un groupe facile à gérer, surtout qu'il aurait quasiment démarré sa carrière de producteur pour le coup, et c'est Bruce Botnick et Arthur Lee qui produiront le disque, témoignage absolu de son époque, sorte de faux testament d'un Arthur Lee qui pressentait qu'il n'allait pas tarder à y passer (il est en fait mort en 2006...) et chef d'oeuvre intemporel. Qui, bien entendu, s'est à peu près aussi bien vendu que des glaçons sur la banquise en hiver, le drame de Love (qui, comme Manoeuvre l'avait bien fait remarqué dans sa chronique de Forever Changes pour sa "Discothèque Idéale", aurait très bien pu s'appeler Hate, en fait, tant leur musique respire le soufre, le malaise, la rancoeur et le fiel) étant que, malgré leur grand talent, ce groupe n'a jamais connu la gloire. On ne saurait suffisamment encourager les masses à se jeter comme des affamés sur les albums de ce groupe, et surtout Da Capo et Forever Changes, ainsi que sur le Vindicator d'Arthur Lee (son unique disque solo), pourtant assez différent (du rock hendrixien). Ils sont, tout simplement, géniaux. 

FACE A

Stephanie Knows Who

Orange Skies

¡ Que Vida !

7 And 7 Is

The Castle

She Comes In Colors

FACE B

Revelation