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Après un premier opus bien raté en 1975, et un deuxième opus franchement très intéressant et plutôt réussi en 1977, Daniel Balavoine se retrouve dans une position compliquée. Le deuxième album a eu de bons retours de la presse (c'était un disque conceptuel, qui racontait une histoire, et rien que pour ça, c'est un album assez original, les concept-albums n'ayant jamais été une spécialité française), mais n'a pas marché, encore une fois, commercialement parlant. Mais Balavoine tient bon, avec l'aide de Léo Missir, directeur artistique chez Barclay, chez qui Balavoine sort ses albums (par le biais de la filiale Riviera LM qui leur appartient). En mars 1978, le chanteur d'Alençon entre en studio, les studios Damiens à Boulogne-Billancourt, afin d'enregistrer ce qui deviendra, à sa sortie le 1er juin de la même année, son troisième album. Un album sorti sous une pochette bien dans le ton de l'époque, on voit un homme vêtu de blanc, dans un fond blanc, la photo le coupe à la tête, il est adossé à un poste de TV blanc, sur trépied blanc. Dans l'écran, sur fond blanc, une photo noir & blanc de Balavoine. C'est la première fois que Balavoine apparaît au recto d'une pochette d'un de ses albums. L'album s'appelle Le Chanteur, tout simplement. 

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Dire que ce disque est important pour Balavoine serait être loin de la vérité. C'est le disque qui a, littéralement, tout changé pour lui, carrément. Avant, Balavoine ramait, deux albums et autant de bides (et les singles aussi), il aurait déjà été viré de Barclay s'il n'y avait eu le soutien de Missir. Après, non seulement Balavoine connaît le succès avec l'album et ses deux singles, mais il est engagé par Michel Berger et Luc Plamondon pour jouer un des rôles principaux de leur opéra-rock Starmania, enregistré courant 1978, peu après la sortie du Chanteur, et crée sur scène l'année suivante. Berger avait remarqué Balavoine à la TV, chantant Lady Marlène, chanson issue du précédent opus. Le Chanteur a été enregistré avec ceux qui participèrent au précédent opus et qui, sur le suivant, seront crédités comme étant le groupe Clin D'Oeil : Colin Swinburne, Patrick Dulphy (guitares), Bernard Serres (basse), Roger Secco (batterie), Hervé Limeretz (claviers), mais aussi Jean-Paul Batailley (batterie), Patrick Bourgoin (cuivres), et le frangin de Balavoine, Guy, aux choeurs. Balavoine, en plus du chant, tient des claviers et un peu de guitare (acoustique). Quasiment tous les musiciens font aussi des choeurs. L'album, long de 40 minutes (pour 10 titres), offre donc deux singles, qui seront tous deux de forts succès : Lucie (au climat très pogressif/lyrique) et surtout Le Chanteur. Inspirée par le Je M'Voyais Déjà d'Aznavour, la chanson a été conçue in extremis, Balavoine avait enregistré les autres chansons, mais trouvera, et Missir aussi, qu'il manquait quelque chose au disque. Des bribes de mélodies vont servir de base pour la composition, écrite en une heure de fièvre. On trouvera difficilement chanson aussi étonnante que Le Chanteur, qui démarre par J'voudrais bien réussir ma vie, et se termine par J'veux mourir malheureux, pour ne rien regretter. Balavoine s'imagine en chanteur à succès, ce qu'il n'est pas à l'époque de l'écriture de ce morceau, mais il le deviendra une fois l'album et la chanson dans les bacs. 

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A la fois pleine de rêves et cauchemardesque, Balavoine s'imaginant touchant le succès, y arrivant, et sombrant ainsi et ensuite dans tous les pièges du show-business, alcool, came, sexualité peut-être déviante, rumeurs, come-back raté, avant une fin de carrière déprimante. La chanson est un crescendo que Balavoine sublime avec sa voix, de plus en plus hargneuse et désespérée. Difficile de ne pas frissonner. Le reste de l'album, à côté de ce monstre, semble moins bluffant. C'est clair, C'Est Un Voyou est très moyenne, Si Je Suis Fou est pas mal, mais sans plus, pas de quoi se relever la nuit, même chose pour France. Mais l'album s'ouvre sur les deux parties (en deux plages audio) des Oiseaux, sublime introduction presque progressive, mansetienne, majestueuse et ô combien méconnue. Mais Oiseau De Nuit est excellente. Mais Des Gens Comme Vous, un peu reggaeisant, est une excellente conclusion. Voilà de quoi faire, au final, un album très réussi, pas le sommet de Balavoine, mais un vrai breakout album, le disque qui va clairement lancer sa carrière, un peu tardivement, mais c'est fait. Balavoine avait confié à ses musiciens, en studio, au moment de faire le disque : s'il ne se vend pas à au moins 30 000 exemplaires, j'arrête ma carrière. Eddie Barclay, qui voulait se séparer de ce chanteur dont les deux premiers albums avaient foiré, lui dira, en le rencontrant : si tu en vends 100 000 exemplaires, de ton futur album, je te suce. Balavoine, au final, grâce à la puissance du Chanteur et à la réussite délicate de Lucie, vendra 800 000 exemplaires du Chanteur. A ce moment précis, il enregistre ses chansons pour Starmania, où il interprète le jeune punk Johnny Rockfort. Je ne sais pas ce qu'Eddie Barclay a pensé, en voyant ce succès incroyable, Balavoine devenant clairement le chanteur à succès du moment, celui de 1978. La légende ne dit pas s'il a tenu sa promesse, mais j'ose espérer que non...

FACE A

Les Oiseaux (1ère Partie)

Les Oiseaux (2ème Partie)

France

C'Est Un Voyou

Lucie

FACE B

Le Chanteur

Si Je Suis Fou

Oiseau De Nuit

Le Pied Par Terre

Des Gens Comme Vous