AAA

Ne venez pas me dire que vous ne connaissez pas ça. Sincèrement, croyez-moi, vous connaissez ça : Year Of The Cat, chanson sortie en 1976. Un tube de l'époque, classique de la pop/rock racée, qui passe encore régulièrement à la radio. Le tube d'Al Stewart, chanteur écossais de folk/rock et de pop/rock, toujours en activité, à la discographie plutôt généreuse, ayant démarré sa carrière en 1966. Cet album, son septième, date de 1976, il marque donc sa première décennie de carrière, et il est, et restera, son plus gros classique, sa plus grosse vente. Très certainement, le seul album d'Al Stewart possédé par pas mal de monde, et, en tout cas, le seul que je possède et possèderai jamais, car si j'aime énormément ce disque, je n'ai pas envie de poursuivre ma découverte. Pourquoi ? Soit parce que je me doute que Year Of The Cat (oui, il porte le même nom que la fameuse chanson) est le sommet de Stewart et que, par conséquent, le reste de sa discographie, pour intéressante qu'elle doit être, ne sera pas aussi quintessentielle que ce disque court (39 minutes) et parfait. Ou alors parce que j'ai peur de découvrir, dans sa discographie (et il parait que Time Passages, de 1978, son suivant, est réussi aussi), un disque plus réussi que Year Of The Cat, un disque qui me ferait réviser, négativement, mon opinion, entièrement positive, sur ce disque de 1976. 

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Il y à aussi la probable probabilité que je soit un peu feignasse sur les bords ou que je n'ai pas envie de claquer de l'argent pour Al Stewart quand je peux le claquer pour Springsteen, les Beatles ou Led Zeppelin. Quoi qu'il en soit, voici Year Of The Cat, un album de pop/rock un peu folk, super bien produit (par Alan Parsons, le même Parsons de l'Alan Parsons Project), et sorti sous une pochette amusante représentant un dessin d'un intérieur de maison (salle de bains, probablement) regorgeant de produits divers et variés (paquet de clopes, parfum, revue, boîte de chocolats, carte postale...), toutes avec une inscription/marque en jeu de mots sur le thème félin, et une femme/chat se reflétant dans un miroir. Cigarettes de la marque "Chat" et au design très "Gitanes", carte postale de KATmandu, revue du "Pussy Club", "une bouteille de 'purrfume' ('purr' : ronronnement, en anglais), etc, etc. Au dos, la même chose, mais une photo de Stewart bouffe toute la place. On sent le concept ? Non, l'album n'est pas conceptuel du tout, c'est juste un jusquauboutisme concernant le titre de l'album, aussi celui de sa plus célèbre chanson, qui achève idéalement l'ensemble. Tout du long de ses 6,30 minutes, Year Of The Cat est un chef d'oeuvre de pop ouvragée, le titre vient certainement d'un des signes du Zodiaque vietnamien (l'équivalent du Lapin pour le Zodiaque chinois). La chanson démarre par une intro de piano irrésistible, puis au bout d'une minute (un peu moins, je pense, en fait), les autres instruments déboulent d'un coup, basse, batterie, mais sans que ça ne paraisse lourdingue. La voix si reconnaissable, apaisante et douce, de Stewart déboule, balançant des paroles assez lettrées, la chanson parle apparemment d'un homme qui, visitant un marché dans un pays exotique, fait la connaissance d'une femme vêtue d'une cape de soie et qui va l''embarquer dans une aventure romantique. Je ne vais pas revenir sur l'incroyable série de soli du milieu du morceau : violoncelle qui cède la placeau violon, au piano, à la guitare acoustique, électrique et, enfin, au saxophone. On a l'impression, parfois, d'un seul et même solo, la transition est souvent (les deux guitares, le saxo) quasiment miraculeuse. En fait, on ne décrit pas un tel chef d'oeuvre.

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Le plus fort, c'est que l'album, dans sa totalité, est un monument, et mon morceau préféré ici n'est peut-être pas le morceau-titre, malgré son statut de Béhémoth, mais On The Border, chanson hélas trop courte (3,20 minutes) mais parfait mis à part ça (ce solo de guitare hispanisante...), et qui parle d'un conflit, sur la frontière espagnole, au XVIème siècle. Inoubliable. Lord Grenville, sur un navigateur de la même époque, mais britannique, est une ouverture d'album sublime, tandis que One Stage Before offre un solo de guitare absolument génial en final. Des morceaux plus pop et sautillants comme If It Doesn't Come Naturally, Leave It et Flying Sorcery apportent un peu de lumière là où d'autres titres (Year Of The Cat, On The Border, Midas Shadow) sont soit mélancoliques, soit sérieux. En résumé, Al Stewart (qui joue des claviers et de la guitare) livre un album sensationnel. Notons pour finir les musiciens qui l'accompagnent dans ce tour de force (en français dans le texte de cette chronique) : Peter White à la guitare et aux claviers, Tim Renwick à la guitare, Peter Wood et Don Lobster aux claviers, George Ford à la basse, Stuart Elliott à la batterie, Phil Kenzie au saxophone...des noms peu connus (sauf Renwick), mais croyez-moi, ce ne sont pas de mauvais musiciens du tout, au contraire. Un des meilleurs albums de pop des années 70. Tout simplement. Si.

FACE A

Lord Grenville

On The Border

Midas Shadow

Sand In Your Shoes

If It Doesn't Come Naturally, Leave It

FACE B

Flying Sorcery

Broadway Hotel

One Stage Before

Year Of The Cat