Muddy_Waters_%E2%80%8E–_Electric_Mud

Pour aujourd'hui, place à un géant du blues : Muddy Waters. Et place à un album tout aussi géant : Electric Mud. Lorsque sort ce disque en 1968, Muddy Waters est dans une bien mauvaise passe, sa carrière tourne au ralenti. On peut même dire qu'il fait du surplace total. Il ne parvient plus à intéresser le public avec son blues bien à lui. Il faut fusionner. Garder ses racines blues, mais les inclure dans les sonorités de la fin des années 60. Des sonorités rock et rock psychédéliques. C'est ce que le père Muddy fit, mais l'album s'est fait massacrer la gueule aux Etats-Unis. Waters a même été accusé par certains critiques d'avoir prostitué son blues et, de manière plus générale, d'avoir prostitué le blues tout court. Donc, l'album a pris des seaux de merde de tous les côtés lorsqu'il est sorti. Et, aujourd'hui encore aux Etats-Unis, l'album a très mauvaise presse. AllMusic ne lui accordant qu'une étoile. Voir Muddy Waters sortir ce style de musique avait tout de déroutant et en plus, la pochette sobre à n'en plus finir ne donnait absolument aucun petit indice sur ce qu'allait être le contenu. Mais, si aux Etats-Unis l'accueil a été encore plus froid qu'une teub de cheval mort, en Angleterre en revanche, la musique n'a pas été du tout la même. L'album a reçu un très bon accueil et de la part de la critique et de la part du public. Ce qui a permis à tout un public de découvrir ou redécouvrir le blues des années 40 et 50. Et moi, qu'est-ce que j'en dis ? Je dis tout simplement merci car Electric Mud est un album vraiment génial. 

S'il y a une raison officielle à la détestation quasi générale dont l'album fait l'objet aux Etats-Unis, on peut aisément dire qu'il y a aussi une raison officieuse : le disque offre huit chansons, et sur ces huit chansons, seulement deux sont de Muddy Waters. Et sur les deux, l'une est une reprise d'une chanson précédemment interprétée. Je ne doute pas une seconde que l'on a pas manqué de reprocher à Waters de ne proposer qu'une seule création originale. Ici, c'est Mannish Boy qui a droit à un nouveau "toilettage". Elle est entièrement rock. Adieu donc le tempo en stop-time à un accord qui la caractérisait. Et là, je n'imagine même pas les vacheries que Muddy a dû ramasser par la gueule aux U.S.A lorsqu'a été entendue cette toute nouvelle version de son classique de 1956. Rien que d'y penser, nom de Dieu, j'en ai des frissons dans le dos. Bien entendu, on pourra toujours préférer la version originale à cette version de 1968, mais sincèrement, cette dernière est vraiment excellente. Pour ma part, je les aime autant l'une que l'autre. Venons-en à la deuxième et dernière chanson de l'album à être signée de la main de Muddy Waters : She's Alright. Qu'est ce que je pourrais vous dire... Je sais : cette chanson longue de 6 minutes pour 32 secondes est une putain de bombe atomique qui déchire de ouf. Un pur bonheur pour les oreilles. Géniale, vraiment géniale. Pendant plus de cinq minutes, la chanson est bien nerveuse et avec une guitare, une basse et une batterie en furie (il faut entendre comment les cymbales se font marteler la gueule), puis, elle se fait plus calme jusqu'à la fin. Pour les chansons qu'il nous reste à voir, que des reprises. L'artiste le plus repris étant le grand Willie Dixon. A commencer par I Just Want To Make Love To You. Je crois qu'il n'est pas utile que je traduise le titre hein ? A part ça, cette chanson est simplement parfaite ! Bien sûr que les guitares et l'orgue envoient du bois, mais putain... écoutez cette ligne de basse... magique ! Et le chant de Muddy bordel... Hoochie Coochie Man est la seconde reprise d'une chanson de Dixon. Et c'est aussi la seconde chanson de l'album. Et, encore une fois, c'est tout simplement monstrueux de chez monstrueux. Et, en ce qui me concerne, je la préfère même à I Just Want To Make Love To You qui est pourtant sacrément balèze aussi. The Same Thing, qui clôture le disque, est la troisième et dernière chanson de Dixon à être reprise. Et, c'est peut-être la moins grandiose des trois. Mais, très franchement, c'est vraiment pour enculer les mouches. Car cette chanson se résume tout de même à 5 minutes et 45 secondes de régal musical. Mais attendez un peu mes petits potes, le festival n'est pas encore terminé ! Nous avons maintenant Herbert Harper's Free Press News qui est, autant le dire, une dinguerie de plus à mettre à l'actif de cet album. Par contre, ne soyez pas surpris si par instants et pendant quelques secondes d'entendre le volume e la musique diminuer, la chanson est ainsi faite. Tom Cat est une tuerie absolue. Ecoutez un peu cette basse... ce saxo bordel... et ces giclées de guitare...Génial ! La chanson, pour ne rien gâcher possède des accents funks, certes léger, mais qui existe bel et bien. Mais, il faut être honnête : il y a ici un morceau en deça des autres : la reprise du Let's Spend The Night Together des Rolling Stones. Quelle a dû être la fierté des Cailloux, amateur de blues devant l'Eternel lorsqu'ils ont su que le grand Muddy Waters souhaitait reprendre une de leurs chansons. Mais, ne jetons pas la pierre à Muddy de ne pas avoir fait une reprise grandiose du classique stonien. Rappelons qu'en 1973, un autre monstre sacré de la musique, en la personne de David Bowie, sur Aladdin Sane, n'avait pas été des plus inspirés au moment de reprendre cette chanson.

Voilà ce qu'est cet Electric Mud : un véritable chef d'oeuvre et ce malgré un Let's Spend The Night Together un cran en-dessous des autres chansons. Il va de soi que cet album est rigoureusement indispensable à toute personne étant amateur du genre, à toute personne bien évidemment fan de Muddy Waters, ainsi qu'à toute personne aimant tout simplement la vraie bonne musique.

sans-titre

Face A

I Just Want To Make Love To You

Hoochie Coochie Man

Let's Spend The Night Together

She's All Right

Face B

Mannish Boy

Herbert Harper's Free Press News

Tom Cat

The Same Thing