L1 

Hier, je parlais d'un groupe désormais assez méconnu, retombé dans l'oubli. Je pense cependant que comparé au groupe dont je vais parler aujourd'hui (et d'ici quelques jours aussi, car j'aborderai un autre de leurs albums), et dont j'ai cependant déjà parlé ici il y à longtemps, ce n'est rien du tout. Jefferson Airplane est aujourd'hui peu connu (moins connu, en tout cas). Love, eux, sont totalement inconnus de pas mal de monde, il n'y à que les fans de rock psychédélique U.S. (et les vrais fans de rock qui s'y connaissent) qui peuvent dire à quel point ce groupe est grand. Malgré son nom un peu basique (de même que Can, il est chiant de chercher des infos, sur le Net, sur Love, le nom du groupe étant si classique... Quand à Can, ce groupe allemand, si vous tapez 'Can groupe', vous aurez plus de réponses sur les différents groupes des Coupes d'Afrique des Nations que sur le groupe Can ; fin de la digression), Love est un groupe majeur. C'est un groupe américain, californien (Los Angeles) même, fondé en 1965, ayant tenu (avec les inévitables changements de personnel autour de la personne du leader du groupe, le chanteur/guitariste Arthur Lee) jusqu'à 1973, reformé en 2002/2005, et à nouveau en 2009. Lee étant décédé en 2006, c'est une nouvelle mouture, très différente, de Love qui, depuis 2009, existe, autour de la personne de Johnny Echols (guitare), un des membres fondateurs. Le groupe a donc été fondé en 1965, et était alors constitué d'Arthur Lee, de Johnny Echols (tous deux Noirs - Lee est métisse, en fait, c'est celui avec les lunettes noires et le pantalon à carreaux importable sur la pochette -, ce qui fait de Love un des premiers groupes multiraciaux du rock avec les Equals), Michael Stuart (batterie, qui fait partie de la nouvelle mouture de Love), Ken Forssi (basse), Bryan MacLean (guitare rythmique, un peu chant) et Alban 'Snoopy' Pfisterer (orgue, batterie). 

L2

Le groupe fut signé sur Elektra Records, le patron de ce label, Jac Holzman, ayant été emballé par leurs prestations scéniques dans les clubs de L.A. (selon la légende, Arthur Lee fera découvrir les Doors à Holzman, et l'incitera à les signer sur Elektra, ce qui sera fait). Eponyme (Love, donc), le premier album du groupe, enregistré en quatre jours (du 24 au 27 janvier) aux Sunset Sound Recorder Studios de Los Angeles (Hollywod), sort en mars 1966 et ne sera pas un succès monumental (classé 57ème aux USA), c'est même d'ailleurs un album assez rarement cité dans les classements du genre meilleurzalbumdetoulétemps. Court (34 minutes pour, quand même, 14 titres), produit par Jac Holzman et Mark Abramson, l'album est un savant mélange entre psychédélisme, pop, garage et folk. Le disque est lancé par le single My Little Red Book, clairement une des meilleures chansons non seulement de l'album, mais du groupe, tout simplement. Si vous ne connaissez de Love que leur troisième album Forever Changes (1967, chef d'oeuvre intersidérant et leur meilleur opus), vous trouverez, ici, par moments (A Message To Pretty, And More, Softly To Me), la joliesse un peu précieuse, très mélodique et assez curieuse, de cet album majeur. D'autres morceaux, comme la reprise de Hey Joe, Can't Explain (rien à voir avec les Who), No Matter What You Do, My Little Red Book, sont du rock trippant, furibard (pour 1966, c'est assez nerveux), stonien. 

L6

Arthur Lee : en arrière-plan à droite, expression sinistre. Bryan MacLean : guitare en main, sourire de ravi de la crèche

Morceaux courts (le plus étendu fait 3,13 minutes, les plus courts, moins de 2 minutes) sur ce disque peu connu, vraiment peu connu, quasiment oublié (mais ayant été, comme les deux albums suivants du groupe, réédités en vinyle et relativement faciles à se procurer), et qui mérite totalement la découverte. Le chant d'Arthur Lee (et aussi de Bryan MacLean, mais c'est quand même essentiellement Lee qui chante) est parfait, les mélodies, nerveuses ou paisibles, sont sublimes (notons Emotions, excellent instrumental achevant la première face), la production est excellente, l'album sonne vraiment très bien, ça possède un charme très 60's (logique, vu que ça date de 1966 !) mais pas vieillot. Ambiance nostalgique à mort. Dans l'ensemble, Love est un excellent premier album d'un groupe prometteur qui, cependant, n'aura jamais le succès qu'il méritait amplement (Forever Changes, ce sommet, ne marchera pas du tout, et le groupe ne s'en relèvera pas ; les albums qui suivront, souvent très bons comme Four Sail ou Out Here, foireront lamentablement, ainsi que l'unique album solo de Lee, le génial Vindicator de 1972). En fin 1966, le groupe sortira son deuxième album, Da Capo, dont je parlerai bientôt, un disque qui à la particularité de contenir un des premiers morceaux occupant à lui tout seul une face entière, Revelation, long de 19 minutes. Enfin, j'aurai bientôt l'occasion d'en reparler ici, de Da Capo, car il mérite vraiment qu'on en parle plus longuement !

FACE A

My Little Red Book

Can't Explain

A Message To Pretty

My Flash On You

Softly To Me

No Matter What You Do

Emotions

FACE B

You I'll Be Following

Gazing

Hey Joe

Signed D.C.

Colored Balls Falling

Mushroom Clouds

And More