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On arrive à la fin du cycle Nougaro. Ami Chemin, son précédent opus, en 1983, avait réussi la gageure d'être meilleur que les deux précédents, sans toutefois convaincre pleinement, en raison d'un 'excès de jeunisme' (expression utilisée dans le texte situé dans le livret du coffret 12 CD consacré à Nougaro, et que je réutilise donc, car elle convient, en effet, parfaitement à l'album), Nougaro ayant voulu, par moments, coller un peu trop à l'époque, au détriment de son âme à lui. Mais on y trouvait de belles chansons (Neigerie, Venise) comme le Toulousain avait l'habitude de nous en offrir des caisses entières sur ses meilleurs albums. Deux ans plus tard, Nougaro s'est réconcilié avec son ami le pianiste, compositeur et arrangeur Maurice Vander (père du Christian de Magma) et a comme intention, malgré le succès connu (sans doute pas un succès monstrueux, mais un succès quand même, surtout scénique) par son précédent opus, de revenir aux sources. Pas celles du Nil, mais celles de ses amours, le jazz, le blues. Il enregistre, avec Vander, avec Bernard Lubat (batterie, percussions), avec Pierre Michelot (basse), un album qui sera son dernier sur le label Barclay, sur lequel il était signé depuis 1975 et Femmes Et Famines. Ce nouvel album de Nougaro, sorti sous une pochette le montrant assis, sur scène, éclairé par un spotlight, micro en pogne, comme exténué mais chantant toujours (au dos, chose rarissime, on voit Nougaro caché par ses trois comparses musiciens, Vander, Michelot et Lubat, tous de profil), s'appelle Bleu Blanc Blues.

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Encore un titre en jeu de mots (pas du genre comique, ceci dit). Bleu Blanc Blues est un disque étonnamment court pour Nougaro, pour son époque aussi : n'offrant que 9 titres, il dure en effet la bagatelle de...28 minutes ! Du moins dans sa version vinyle originale, qui est celle qui fut reproduite dans le coffret CD, mais l'édition CD d'époque offre quatre morceaux supplémentaires (que je n'ai pas écoutés, je ne les possède pas), parmi eux une nouvelle version de Cécile, Ma Fille et du Cinéma. J'imagine que la version CD d'époque doit durer dans les 40/45 minutes, à peu près. Je ne sais pas ce que valent les rajouts, mais s'ils n'ont pas été repris sur le CD du coffret "l'essentiel", il y à une raison, j'imagine... Cet album est le dernier que Nougaro fera pour Barclay, car le nouveau patron du label n'appréciera absolument pas ce revirement rétro de la part du Petit Taureau. Philippe Constantin (patron du label) aurait préféré un disque de chanson pop/jazz comme l'était Ami Chemin, Nougaro sentait, lui, qu'il se perdait un peu dans cette variétoche. Bleu Blanc Blues, disque direct au coeur, sans fioritures (rien que sa durée, qui le rapproche en cela de ses premiers EP 8-titres du début des années 60, est éloquente), enregistré avec un trio de musiciens confirmés, sans synthés, sans guitare électrique, sans cuivres, sans choeurs, est un régal. On ne saurait dire quelle est la meilleure chanson ici, du morceau-titre, de Sa Majesté Le Jazz, de Réunion (morceau dédié à sa femme d'alors), du Piano De Mauvaise Vie (ici une nouvelle version, Nougaro avait, autrefois, déjà repris ce morceau, à la base un standard de jazz).

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Un seul titre me semble un peu moyen, C'Est Boa, nouvelle version de C'Est Beau La Vie Va, qui achevait le précédent opus d'une bien mauvaise manière. Mais cette nouvelle version est cependant un million de fois meilleure. Au final, rien à jeter sur les 28 minutes définitivement trop courtes (le morceau le plus long dure 4 petites minutes !) de ce Bleu Blanc Blues impérial, un des meilleurs de Nougaro et son meilleur depuis Tu Verras. Le disque ne marchera pas trop, et entraînera donc le larguage de Nougaro par Barclay. Attristé et même sans doute choqué par ce traitement, le Toulousain signera chez WEA et sortira son album suivant en 1987. Un disque de chanson pop/jazz entraînant et musicalement bluffant, qui sera un  succès monumental, sorte de carnet de voyage, Nougaro ayant été à New York et en étant revenu avec des morceaux enregistrés. L'album ? Nougayork. Un des plus gros succès de sa carrière, si ce n'est le plus grand. Un album qui ne représente certes pas du tout le son nougarien (pour Nougaro, c'est un peu comme Love On The Beat pour Gainsbourg, de la pop urbaine, mais en version plus réussie) tout en étant recommandé à fond. Une sorte de bras d'honneur lancé à Barclay, car gageons qu'un disque comme Nougayork aurait bien plu à un certain Philippe Constantin, et que Barclay a donc, en agissant trop méchamment avec son artiste, manqué un sacré beau coup. Il se peut aussi que, compte tenu que Nougayork a été enregistré dans des conditions causées en partie par le limogeage de Nougaro, l'album n'aurait jamais vu le jour s'il avait été gardé sur Barclay. Avec des si...

FACE A

Bleu Blanc Blues

Sa Majesté Le Jazz

Femme Orchestre

Le Piano De Mauvaise Vie

Go Man

FACE B

Vieillesse

Réunion

Prof De Lettres

C'Est Boa