TW1

Il est temps de reparler un peu des Waterboys ici. Groupe irlandais mené par le chanteur et guitariste Mike Scott (et son imposante tignasse), les Porteurs d'Eau ont été fondés en 1981. Le premier album du groupe, qui ne porte pas de titre (The Waterboys, donc) comme pas mal de premiers albums, date de juillet 1983 mais a été enregistré en divers studios (tous en Angleterre) entre décembre 1981 et novembre 1982. Scott faisait, en 1981, partie d'un groupe punk qu'il quittera sans aucun regret assez rapidement, n'étant pas satisfait de leur son, et commencera à bosser sur des chansons solo. Le label sur lequel son ancien groupe (Another Pretty Face) venait d'être signé, Ensign Records, envisage avec Scott l'idée que ce dernier fasse un disque solo. Alors que Mike Scott n'est pas une valeur sûre du tout, juste un musicien inconnu qui démarre ! En même temps, Ensign Records (hébergés par Chrysalis), c'est qui, eux aussi, hein ? Scott enregistre, seul (piano, guitare, chant, et avec l'aide d'une drum machine) cinq morceaux. Deux finiront sur l'album final, December et The Three Day Man. En 1982, en début d'année, Scott fait la connaissance d'Anthony Thislethwaite (un nom bien irlandais s'il en est), bassiste, joueur de mandoline, saxophoniste aussi, qui vient avec un ami, le batteur Kevin Wilkinson, et les Waterboys sont nés. Le premier album est gentiment écrit, enregistré en divers studios anglais, mais le groupe est envoyé à New York par leur maison de disques afin d'y réenregistrer l'album, lequel sera produit par Lenny Kaye, guitariste de Patti Smith et historien du rock. Mais les sessions se passent mal.

TW2

Le groupe retourne à la Perfide Albion et sort le disque, en utilisant les sessions britanniques produites par Scott et Rupert Hine. Il sort en été 1983, quelques mois après la sortie d'un premier single, A Girl Called Johnny (présent sur l'album), chanson qui parle de Patti Smith et est une magistrale ballade martelée au piano. Scott y fait déjà preuve de son talent vocal, capable de monter assez haut de sa voix un peu cynique. L'album, long d'une bonne grosse quarantaine de minutes, sort sous une pochette montrant une photo très floue de Mike Scott, comme drapé d'un voile, et déjà, le fameux logo du groupe (qui symbolise de l'eau vive) dans le cadre bleu pâle. The Waterboys n'est pas le sommet du groupe (qui, de leurs débuts à Fisherman's Blues en 1988, soit quatre albums, sera selon moi intouchable), il ne prépare pas vraiment au choc que sera A Pagan Place (1984, deuxième album, intense), mais c'est un premier album comme pas mal de groupes aimeraient en avoir. L'album sera qualifié, sur le site AllMusic, de croisement entre U2 et Van Morrison (tous deux de nationalité irlandaise comme le groupe de Scott). U2 pour le côté big music, ce sous-courant musical typiquement britannique du début des années 80, au style assez produit (U2, Simple Minds...). Van Morrison, pour les textes recherchés, les mélodies ciselées. Un morceau comme December, qui ouvre superbement l'album, donne le ton, une ambiance hivernale, prenante, chatoyante mais sobre (piano, guitare cristalline), le morceau est long, presque 7 minutes, mais il passe comme s'il était aussi court qu'une chanson des Ramones. Gala (présent en version rallongée, longue de 9 minutes, sur le CD et la réédition vinyle) est un autre sommet, lancinant avec son piano martelé et son chant posé, mais hypnotique.

TW3

Dans un autre registre, It Could Have Been You est très pop (et probablement le morceau le moins époustouflant du lot, malgré que ça soit très bon), The Three Day Man, avec ses paroles cyniques (You know I want you/You know that I love you/But I'll never need you anyway : "Tu sais que je te veux, tu sais que je t'aime, mais je n'aurai jamais besoin de toi"), est un morceau assez efficace, I Will Not Follow a des accents d'hymne de stade dans son refrain (et possède un saxophone irrésistible, un rythme génial), et le final, Savage Earth Heart (chouette titre en allitération), est une splendeur qui achève parfaitement l'ensemble. N'oublions pas la douceur et la délicatesse avec Girl In The Swing, et bien entendu le mini-hit A Girl Called Johnny, qui parle donc de Patti Smith (le titre est certainement une allusion au Land de Patti, sur Horses, dans lequel elle parle d'un jeune homme du nom de Johnny), et est une belle réussite. Voilà donc pour ce premier opus des Waterboys, un disque très réussi, pas le meilleur du groupe mais sans vrai défaut, c'est juste que le groupe démarre et n'est pas encore au sommet de ses capacités. C'est sinon un disque vraiment recommandé, qui sonne encore super bien malgré son âge, la production étant réussie. Comment l'album aurait-il sonné, produit à New York par Lenny Kaye, je ne sais pas, mais il n'y aurait sans doute pas cette spontanéité, que l'on retrouve clairement ici ! 

FACE A

December

A Girl Called Johnny

The Three Day Man

Gala

FACE B

I Will Not Follow

It Should Have Been You

Girl In The Swing

Savage Earth Heart