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Continuation du cycle Claude Nougaro sur le blog. Comme je l'ai dit récemment, le plus toulousain et le plus jazzy de nos chanteurs à textes a démarré sa carrière en 1958, par le biais d'un EP, suivi d'autres, lesquels EP (constitués de 8 titres, souvent) furent la base, en 1964, d'un premier album long-format de 12 titres, qui puisera dans le meilleur de ces 20-cm et proposera ainsi, notamment, Le Jazz Et La Java, Je Suis Sous... et Cécile, Ma Fille. Des chansons qui laissent rêveur quant à ce que Nougaro pourra bien nous offrir par la suite. Deux ans plus tard, Nougaro, alors chez Philips, sort son deuxième album long-format On est donc en 1966. Clairement, l'époque commence à se faire psyché, ce qui explique les couleurs chatoyantes et giclantes (il pose devant une peinture) de la pochette. Ca n'explique pas, et n'excuse pas, le pull dégueulasse que Nougaro arbore, mais c'est une autre histoire. Officiellement, ce deuxième album, court (34 minutes, 12 titres), ne porte pas de titre, comme c'était, à l'époque, et surtout en France, souvent le cas (officiellement, aucun album de Brassens ne porte de titre officiel, par exemple), et, donc, on lui donnera un titre officieux, devenu cependant, à la longue, un 'vrai' titre : Bidonville. Du nom de la première chanson de l'album, qui est souvent celle qui est choisie comme titre par défaut dans le cas des albums sans vrais titres.

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45-tours d'époque

Cet album est important dans la discographie de Nougaro, car il est en fait le premier album long-format pensé comme tel. Plusieurs faits de la vie de Nougaro doivent être soulignés pour bien comprendre sa musique : en 1963, il fait un voyage au Brésil, et va, dès lors, découvrir ce pays, ses habitants, ses coutumes...sa culture, sa musique. Bidonville, le morceau, est repris d'un morceau de Baden Powell et Vincius De Moraes, Berimbau. En 1965, un de ses amis, Jacques Audiberti (qu'il connaissait depuis une douzaine d'années), écrivain, dramaturge et poète, décède, d'un cancer. Nougaro lui rendra hommage via une chanson présente ici, Chanson Pour Le Maçon (Audiberti était fils d'un maître franc-maçon). Il fait, la même année, connaissance avec le pianiste de jazz Maurice Vander (père adoptif de Christian Vander, leader de Magma), les deux hommes deviennent amis, Vander (qui sera surnommé 'le Coq' par Claude 'Petit Taureau' Nougaro) va collaborer régulièrement avec Nougaro comme musicien, compositeur et arrangeur, et ce, dès Bidonville, donc, album sorti en 1966. Un album qui se veut assez éloigné de la grande majorité de la production française de l'époque, on est en plein chez les yéyés (vous ne pouvez pas savoir à quel point je déteste cette époque de la chanson francaouise, une époque que je trouve d'une pauvreté immense, façon on reprend ce qui se fait de mieux chez les Américains et on récolte le pognon, les jeunes de notre pays sont si cons qu'ils croiront que c'est de l'inédit). Nougaro, lui, grand fan de jazz et de blues, de musiques latino et, d'une manière générale, world, n'en veut pas, de cette époque. Il reprend, lui aussi, des morceaux étrangers, mais de jazz (A Bout De Souffle, morceau gigantesque, un polar musical, est tiré du Blue Rondo A La Turk de Dave Brubeck), de musique brésilienne (comme je l'ai dit, Bidonville, autre immense morceau, c'est Berimbau), du gospel (Let My People Go devient, ici, Armstrong, morceau légendaire qu'on ne présente plus, sur une des légendes du jazz et idoles de Nougaro, Louis 'Satchmo' Armstrong), Sing Sing Song, encore une  fois un classique, c'est à la base Work Song de Nat Adderley, cornettiste de jazz et frangin du fameux Cannonball...

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Que ce soient des adaptations (ici, il y en à cinq) ou des morceaux originaux, Nougaro signe, seul, les textes. Et parfois, cosigne les musiques, en collaboration notamment avec Maurice Vander (crédité quatre fois ici, notamment pour le fameux L'Amour Sorcier qui, totalement original, s'inspire cependant fortement des musiques d'ailleurs), Jacques Datin (un de ses premiers compositeurs, il signe ici Chanson Pour Le Maçon) et Michel Legrand (lui aussi un de ses premiers compositeurs, il signe la musique de Schplaouch !, très réussi et amusant morceau, bien meilleur que son titre). Bidonville, du début à la fin, est une totale réussite de chanson jazzy et aventureuse, on y trouve pas moins de 7, sinon 8 classiques sur les 12 titres (je n'avais pas encore eu le temps de citer le court, et là aussi c'est adapté d'un morceau de jazz du nom de Gravy Waltz, et très réussi Les Mains D'Une Femme Dans La Farine), ce qui force le respect. Même les morceaux les moins connus, comme le sublime Côte D'Azur et le coquin Gratte-Moi La Tête, sont remarquables. Je ne l'avais pas fait (pas manque d'information) pour le précédent article, mais je vais le faire ici, parler un peu, pour finir, des musiciens qui accompagnent Nougaro (qui ne fait que chanter) ici : outre Vander au piano et orgue, on a Eddy Louiss à l'orgue, Michel Portal au saxophone, Ivan Julien et Roger Guérin aux trompettes, Jean-Pierre Cullaz à la guitare électrique, Michel Gaudry et Gilbert Rouere à la basse, Sam Kali aux bongos et André Arpino, Daniel Humair, Jean-Louis Viale et René Nan à la batterie. Je ne vais pas dire que ces musiciens sont connus, sauf Louiss et Julien (et Vander), mais ils sont, en tout cas, loin d'être manchots. Si vous aimez le jazz et la (bonne) chanson française, ne passez pas à côté de cet album de Nougaro, et même, en général, de Nougaro lui-même !

FACE A

Bidonville

L'Amour Sorcier

Côte D'Azur

Sing Sing Song

Tu Dormiras Longtemps

A Bout De Souffle

FAE B

Les Mains D'Une Femme Dans La Farine

Chanson Pour Le Maçon

Schplaouch !

Gratte-Moi La Tête

Armstrong

Toutes Les Filles M'Ont Suivi