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Là, je m'attelle à un gros morceau : parler de Sun Ra. Cet artiste hors-normes n'avait pas encore été abordé sur le blog. Qui est Sun Ra ? Né Herman Poole Blount en 1914 (et mort en 1993), Sun Ra était un musicien de jazz et de free-jazz, organiste et poète, leader d'un groupe généralement baptisé Arkestra, au line-up constamment changeant, qu'il a dirigé pendant l'essentiel de sa carrière, laquelle carrière est émaillée d'une foule immense d'albums studio et live. En fait, Sun Ra, c'est un peu le pendant noir et vraiment jazzy de Frank Zappa : un style bien particulier qui entremêle musique, théâtre, humour et poésie, et une discographie fourmillante dans laquelle le néophyte ne se jettera qu'avec les plus grandes précautions et de grosses bouées brassières afin de ne pas risquer la noyade. Il est difficile de commencer la découverte de Zappa, c'est la même chose, pire même encore probablement, pour Sun Ra. C'est bien simple, je ne connais que trois albums de lui : Space Is The Place (1973) et ces deux albums, enregistrés en même temps, sortis en même temps, séparément au lieu d'être un double album (je ne possède pas le CD, je crois que les deux volumes ont été réunis en un double album ; vu que tout tiendrait sur un CD, je pense que c'est un procédé limite de continuer à vendre ça en deux disques, mais c'est pas moi qui fait les règles...). Ces deux albums, j'aurais pu les aborder en deux articles séparés, mais je ne sais pas trop ce que j'aurais pu dire dans le deuxième article (mis à part parler des morceaux qui s'y trouvent, mais je n'aurais pas brodé sur plusieurs paragraphes là-dessus), alors autant faire un package

Ces deux albums sont sortis en 1971 sur le label Shandar, label français spécialisé dans l'avant-garde (c'est sur ce label que le génial Obsolète de Dashiell Hedayat est sorti en 1971), et sont désormais assez difficiles à se procurer à moins d'y mettre le prix. A noter qu'il existe une édition vinyle du premier volume qui propose, sur sa face B, la face B du second volume (mais tout en indiquant, sur la pochette et le label, le tracklisting complet du premier volume), une réédition ultérieure datant, je pense, de quelques années plus tard, réédition soit erronnée, soit trompeuse sur la marchandise. Attention, si vous voulez vous procurer ce premier volume en vinyle, de bien vous renseigner si la face B est bien celle avec The Cosmic Explorer, morceau de quasiment 20 minutes ! Je dis ça, car avant de trouver un pressage correct du premier album, je me suis fait avoir... Sinon, voici les deux volumes, sortis donc en 1971 mais enregistrés les 3 et 5 août 1970, des Nuits De La Fondation Maeght. La Fondation Maeght, qui existe encore évidemment, est un musée d'art moderne conçu en 1964 par Marguerite et Aimé Maeght (vendeur d'art et collectionneur), à Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes. Ce lieu a apparemment servi, de temps en temps, pour des concerts de jazz ou de free-jazz : outre les deux volumes de Sun Ra, il existe ausi un live d'Albert Ayler portant le même nom, et un de Cecil Taylor. Tous sortis, aussi, sur le même label Shandar ! Ce premier volume dure 39 minutes et contient donc, sur sa face B, l'incroyable The Cosmic Explorer, long tunnel de moog absolument ahurissant (bien qu'un peu longuet, il faut le dire), tandis que sur la face A, on a notamment Enlightment (un poème déclamé/chanté par Sun Ra et la chanteuse June Tyson) et l'incroyable Shadow World

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Et le deuxième volume, lui, long de 37 minutes, contient la suite Black Myth, longue de 8 minutes et découpée en trois parties (dont This Strange World, poème déclamé, un peu exagérément, par June Tyson), et le fantastique Spontaneous Simplicity. Et c'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet. Sun Ra et son Arkestra (parmi lesquels, ici, John Gilmore et Marshall Allen aux saxophones, Kwame Hadi à la trompette, Akh Tal Ebah au trombone, June Tyson au chant, Alan Silva au violon, basse et violoncelle, Rashid Salim IV à la batterie et percussions et Gloristeena Knight à la danse) livrent ici une prestation totalement indescriptible, mélange (d)étonnant entre jazz, free-jazz en fait, et poésie cosmique, du Hawkwind jazzy et poétique. De même qu'un concert de Zappa et de Pink Floyd n'étaient rien sans le visuel, de même j'imagine aisément qu'il fallait absolument voir un concert de Sun Ra plutôt que de se contenter de sa version purement audio (qualité audio très très bonne, ça date de 1970, et ça a pris un petit coup de vieux, mais il y à largement pire dans le genre). Une partie de l'humour de Sun Ra, présent parfois dans sa musique, passe probablement à la trappe quand on se contente de la version audio, mais, en même temps, il n'y à pas le choix, ça n'a pas été filmé à l'époque, ou alors, quelques bribes comme ça. 

Voilà pour ces deux albums qui auraient franchement pu sortir en un seul double album, ce qui aurait, déjà, été bien plus pratique par la suite, pas la peine de chercher, sur le Net, le volume 1, puis le volume 2, lequel est peut-être un petit peu moins facile à trouver, mais comme il existe des pressages du volume 1 avec une face B mal pressée, comme je l'ai dit plus haut, un volume 1 correct, original, n'est pas forcément aussi facile à trouver que ça. Si vous aimez le jazz et le free-jazz (pas du free à la Zappa, mais plutôt du jazz expérimental, en fait), si vous aimez les curiosités musicales, si vous avez une platine vinyle car l'édition CD de ces Nuits De la Fondation Maeght doit être difficile à trouver aussi, et plutôt cher, alors je peux vous conseiller cette paire d'albums live. Je suis personnellement bien content de les posséder, ils font partie des joyaux de ma collection !

Volume 1

FACE A

Enlightment

The Star Gazers

Shadow World

FACE B

The Cosmic Explorer

Volume 2

FACE A

Friendly Galaxy

Spontaneous Simplicity

FACE B

The World Of The Lightening

Black Myth : 

a) The Shadows Took Shape

b) This Strange World

c) Journey Through The Outer Darkness

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