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Récemment (enfin, avant les fêtes, quelques jours avant que le gros bonhomme en rouge ne vienne déposer des cadeaux), j'ai reparlé de Rod Stewart via un best-of de 1973. J'y précisais que ce best-of marquait une sorte de fin de période, avant un grand changement qui ne serait pas forcément que positif pour le chanteur extraordinaire (c'est ainsi qu'il est crédité sur les albums du Jeff Beck Group, en français dans le texte). Le début de la carrière solo (1969/1972) de Rod The Mod est remarquable, on y trouve au moins deux excellents albums (Gasoline Alley, 1970 ; Never A Dull Moment, 1972) et un chef d'oeuvre total, Every Picture Tells A Story, 1971. A l'époque, Rod est aussi chanteur des Faces, où il cotoie Ron Wood (futur Stones), qu'il cotoyait déjà au sein du Jeff Beck Group. Vu que l'essentiel des Faces joue aussi sur les albums solo de Stewart, il est assez difficile de dissocier Rod et son groupe, un peu comme Peter Hammill et Van Der Graaf Generator. 1974 est l'année qui change tout : les Faces se séparent après Ooh La La, Ron Wood sort son premier album solo (qu'il baptise I've Got My Own Album To Do, en allusion au fait que Rod Stewart avait, de son côté, comme priorité, de faire ses albums avant ceux des Faces) et rejoindra bientôt les Cailloux qui Roulent. Rod, de son côté, libéré des Faces, continue dans la joie et l'allégresse sa carrière solo, et une fois son premier best-of sorti, afin de faire un premier bilan, il sort, en 1974, sous une pochette au motif écossais (bien que londonien, il est en partie d'origine écossaise), Smiler.

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Photo de l'intérieur de pochette ouvrante

Enregistré entre fin 1973 et début 1974 (et sorti en fin d'année 1974, en octobre), Smiler a été enregistré avec notamment les Faces (Wood, Kenney Jones, Ian MacLagan), Ronnie Lane excepté. On y trouve aussi Martin Quittenton, Willie Weeks, Andy Newmark, Micky Waller, Ric Grech, Pete Sears, Ray Cooper, les Memphis Horns, Elton John (piano et chant d'accompagnement sur Let Me Be Your Car, signé du tandem Elton John/Bernie Taupin, offert à Rod) et Paul McCartney (choeur sur Mine For Me, morceau coécrit par le couple McCartney et offert à Rod). L'intérieur de pochette montre une photo de groupe de tous les musiciens ainsi que des proches (parents de Rod, petites amies, etc), et la sous-pochette propose, à la Sgt. Pepper, un schéma numéroté indiquant qui est qui. Rod se définit comme la personne responsable de ce disque ! Cet album, constitué en bonne partie (la moitié, en fait, soit 6 titres sur 12 !) de reprises, sera à sa sortie le premier album de Rod Stewart à se faire violemment allumer comme une chandelle romaine par la presse, qui ne sera vraiment pas tendre à son égard, et sera même particulièrement remonté vis-à-vis de la reprise, aux paroles modifiées, de la chanson de Carole King (magnifiée en 1968 par Aretha Franklin) (You Make Me Feel Like) A Natural Woman. Sauf qu'ici, elle s'appelle (You Make Me Feel Like) A Natural Man. Oui, Rod a osé reprendre ce morceau en changeant les paroles. Bon, qui a dit qu'il n'avait pas le droit, en même temps ? Mais ce n'est clairement pas du grand art, sans être pour autant épouvantable à chier des stylos quatre-couleurs. Notons le ton résolument blue-eyed soul et popisant de l'album, qui est à rapprocher d'un autre album qui, en cette même année 1974, se fera démonter pire qu'un Lego qu'on piétine : Dark Horse de George Harrison. Sur lequel jouent Weeks, Wood, Newman et Cooper. Et toujours en 1974, tous ces musiciens jouent sur l'album solo de Woody (qui, lui, ne se fera pas assassiner par la presse), qui contient une chanson présente aussi sur le Harrison. Je m'égare un peu, mais on a l'impression que ces trois albums ont été faits en même temps (c'est quasiment le cas, mais pas aux mêmes studios), et ils possèdent la même ambiance rock popisant enregistré sous substances

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Les deux facettes, recto et verso, de la sous-pochette

Smiler, s'il faut continuer (pas sûr que ça soit justifié) à associer ces trois albums, est clairement le moins bon. Mais c'est tout de même un cru correct de la part de Rod. Certes, ce n'est vraiment pas aussi bon que les albums de la période 1970/72, et ses deux albums suivants, Atlantic Crossing en 1975 (avec Sailing) et A Night On The Town en 1976 (avec Tonight's The Night (Gonna Be Alright) et une pochette reprenant, en la modifiant, un fameux tableau de Renoir) sont largement supérieurs. On y trouve de bons petits morceaux comme Lochinvar, Mine For Me, la reprise du Sweet Little Rock'n'Roller de Chuck Berry et celle du Girl From The North Country de Bob Dylan, sans oublier Farewell. Les 42 minutes passent sans trop de soucis, et je dois dire que je ne comprends pas trop en quoi ce disque serait un mauvais cru de Rod Stewart ; ceux qui disent ça n'ont sans doute pas bien écouté Blondes Have More Fun, Body Wishes et Foolish Behaviour ! Au final, sous sa pochette écossaise avec ce médaillon d'un Rod bien fier de lui et sa production pop/soul assez dans l'air de son temps, Smiler est un cru correct, pas immense, mais tout de même assez recommandable, de Rod. Pas idéal pour découvrir sa carrière solo, mais parfait pour poursuivre la découverte une fois les classiques écoutés et digérés !

FACE A

Sweet Little Rock'n'Roller

Lochinvar

Farewell

Sailor

Bring It On Home To Me/You Send Me

Let Me Be Your Car

FACE B

(You Make Me Feel Like) A Natural Man

Dixie Toot

Hard Road

I've Grown Accustomed To My Face

Girl From The North Country

Mine For Me