TRS1

Ici, il convient de s'arrêter un petit peu ; la pochette de cet album n'est-elle pas, après tout, en forme de panneau Stop ? Bon, OK, je sors, mais qui se charge d'écrire la chronique, alors ? OK, je reste. Oui, cette pochette est en forme octogonale, l'album a par la suite été réédité en pochette carrée classique ce qui a nettement moins de gueule, je vous le concède. Je suis bien content de l'avoir en glorieux vinyle d'époque, cet album (précisons d'ailleurs que la forme de la pochette rend celle-ci un peu fragile ; une pochette ouvrante, d'ailleurs, avec l'ouverture pour le disque située à l'intérieur de la pochette ouverte et pas sur le bord, et la sous-pochette de papier blanc est elle aussi au format octogonal, forcément, sinon ça dépasserait par les bords). En fait, il ne s'agit pas vraiment d'un album, c'est une compilation, un best-of, que les Rolling Stones ont sorti en septembre 1969, alors qu'ils sont en plein marasme (Brian Jones est mort, noyé dans sa piscine, le 3 juillet ; il avait été viré du groupe à cause de son comportement erratique peu de temps avant, et le groupe finira l'enregistrement de Let It Bleed sans lui, Let It Bleed étant sorti en décembre 1969 et le groupe en poursuivait l'enregistrement au moment de la sortie de ce best-of). Cette compilation, qui existe avec deux tracklistings différents selon quelle soit sortie en Europe ou aux USA (la version que j'aborde est l'anglaise, l'originale), est la deuxième officielle du groupe. La première, c'était Big Hits (High Tide And Green Grass) en 1966. Celle-ci s'appelle Through The Past, Darkly (Big Hits Vol. 2). Le titre est une allusion à la Bible, Première Epître aux Corinthiens, 13 : "For now we see through a glass, darkly", verset qui sera aussi la source pour le titre original d'un roman de Philip K. Dick, Substance Mort (A Scanner Darkly) en 1977 pour l'anecdote sans lien avec le sujet. Une citation en hommage à Brian Jones est dans l'intérieur de pochette, un petit poème anonyme.

TRS3

Pochette ouverte

Cette compilation propose des morceaux allant de 1963 à 1969. Le morceau le plus ancien, celui de 1963 (pour l'enregistrement, mais il sortira sur un EP de 1964), c'est You Better Move On, une reprise d'Arthur Alexander, la seule reprise ici. Un morceau très sympathique au demeurant. Mais 'sympathique' est un peu faible, comme terme, pour parler du reste de cette compilation (qui offre en tout 12 titres pour une bonne quarantaine de minutes) ! Si Sittin' On A Fence (1965, présent sur la compilation américaine de 1967 Flowers) est au premier abord un peu anecdotique, c'est cependant une remarquable petite chanson assez calme. Et le reste... On a ici du très lourd : Mother's Little Helper (1966, présent sur la version originale britannique d'Aftermath) qui parle des femmes au foyer qui s'emmerdent et prennent des cachetons pour tenir le coup, Let's Spend The Night Together et Ruby Tuesday (version américaine de Between The Buttons, 1967, et sorties en single à double face A en Angleterre la même année) sont deux des plus gros classiques du groupe, la première est indécente et provocante, et la seconde bien douce, beatle-esque, malgré des paroles cyniques (Goodbye, Ruby Tuesday, who could hang a name on you when you change in every new day). She's A Rainbow et 2000 Light Years From Home, toutes deux de 1967 et de l'album Their Satanic Majesties's Request, album psychédélique que les Cailloux renieront quelque peu et qui ne marchera pas (il est pourtant assez imposant malgré une ou deux fautes de goût), sont intouchables, la première sert désormais de coussin sonore pour les publicités Groupama, et la seconde annonce Hawkwind, rien que ça.

TRS2

On trouve aussi, ici, Street Fighting Man (single et album Beggars' Banquet, 1968), Jumpin' Jack Flash (sorti en single la même année), Honky Tonk Women (single de 1969, morceau le plus récent commercialisé par le groupe au moment de la parution de cette compilation), trois morceaux que l'on ne présente plus depuis plusieurs centaines d'années. On trouve, enfin, deux morceaux sortis en single (face A et B respectivement) en 1967 et absents de tout album, deux morceaux qui auraient très bien pu figurer sur Their Satanic Majesties' Request ceci dit, et qui datent des mêmes sessions : We Love You et Dandelion. La première est une incursion psychédélique de plus, qui sent bon le buvard imprégné de LSD et me fait penser au You Know My Name (Look Up The Number) des Beatles, en moins farfelu tout de même. La seconde est une ballade faussement gentille, on parle des Stones, même des morceaux assez calmes, assez gentillets musicalement parlant, avec eux, peuvent être parfois à double tranchant avec des paroles cyniques ou narquoises. Belle chanson. Mais tout est génial sur cette compilation octogonale (le format de sa pochette rend un pressage vinyle d'époque sinon très couru - si c'est un britannique mono - sinon relativement cher, j'ai eu le mien pour 50 €, et tout en étant en très bon état, il n'est ni un pressage original mono - mais un stéréo, britannique cependant - ni en état parfait, la pochette étant un petit peu limée aux extrémités et le disque possède des éraflures de surface non gênantes pour l'écoute). A noter que la version américaine contient, elle, 11 titres, essentiellement les mêmes, enfin, presque : on a Paint It, Black et Have You Seen Your Mother, Baby, Standing In The Shadow ? à la place de Sittin' On A Fence et We Love You, et You Better Move On manque aussi. Sans parler de l'ordre, qui est différent. Ca ne surprendra personne, je préfère amplement le tracklisting britannique. Une compilation qui compte parmi les meilleures du groupe, malgré qu'elle soit, évidemment, des plus incomplètes en raison de sa durée et du fait que le groupe est toujours en activité. Mais pour un fan, pour un collectionneur, c'est essentiel. 

FACE A

Jumpin' Jack Flash

Mother's Little Helper

2000 Light Years From Home

Let's Spend The Night Together

You Better Move On

We Love You

FACE B

Street Fighting Man

She's A Rainbow

Ruby Tuesday

Dandelion

Sittin' On The Fence

Honky Tonk Women