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John McLaughlin...Né en 1942, ce mec, britannique, est un des plus grands guitaristes qui soient. Je ne plaisante pas, il est à ranger aux côtés de Jimi Hendrix, Carlos Santana (avec qui il a plusieurs fois collaboré), Duane Allman, Eric Clapton et autres Jimmy Page. McLaughlin a démarré sa carrière avec des musiciens tels que Graham Bond, il a participé à des sessions pour un tout jeune et alors totalement inconnu David Bowie, ainsi que pour les Rolling Stones, et il a enregistré, avec Jack Bruce (un ami de l'ère Graham Bond) un album, en 1968, Things We Like (qui ne sortira que deux ans plus tard), avant de faire son propre premier album solo en 1969, Extrapolation. L'année 1969 est importante pour lui car c'est aussi celle du Tony Williams Lifetime (groupe de jaz-fusion mené par le légendaire batteur), McLaughlin intègre ce groupe qui contient aussi l'organiste Larry Young. Le premier opus, double, Emergency !, génial, sort en 1969. Jack Bruce les rejoint juste après, le groupe fera un deuxième album l'année suivante. 1969, c'est aussi et surtout l'année où McLaughlin intègre le groupe de Miles Davis, qui fait appel à lui pour illustrer In A Silent Way. McLaughlin va ensuite jouer sur Bitches Brew, Jack Johnson, Live-Evil, On The Corner (et apparaît sur des albums composites tels que Get Up With It, Big Fun et les compilations Circle In The Round et Directions, qui regroupent des morceaux de l'ère McLaughlin), et recollaborera avec Miles pour deux albums tardifs : You're Under Arrest en 1985, et Aura en 1989. McLaughlin a enregistré un disque avec Santana (Love Devotion Surrender) en 1973, il a collaboré, la même année, à un titre sur le Welcome de Santana. Il a collaboré avec notamment Paco De Lucia, James Taylor, Carla Bley, Wayne Shorter, Herbie Hancock, Larry Coryell, Stanley Clarke, Zakir Hussain, Katia Labèque (pianiste française qui a vécu avec lui)... Il a aussi fondé, en 1971, son propre groupe de jazz-rock, le Mahavishnu Ochestra (McLaughlin s'est très tôt converti à l'hindouïsme), et avec ce groupe, a sorti des albums remarquables comme The Inner Mounting Flame, Birds Of Fire ou Inner Worlds

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J'ai dit plus haut que le premier album solo de McLaughlin datait de 1969. Son deuxième, lui, date de 1970, il s'appelle Devotion et c'est donc de ce disque que je vais parler maintenant. C'est un disque rare, enregistré en février 1970 et sorti en septembre de la même année, produit par Alan Douglas et Stefan Bright pour le label appartenant au premier cité, Douglas Records. Si jamais vous croisez McLaughlin un jour à la sortie d'un de ses concerts (on ne sait jamais), évitez de lui parler de ce disque, il risquera fort de ne pas être très poli. Selon lui, Devotion a été littéralement massacré par le producteur, qui a mixé l'album en l'absence du guitariste et sans lui demander son avis sur comment mixer les bandes. L'album s'est assez rapidement retrouvé (et ce, malgré de très bonnes critiques à l'époque : Rolling Stone dira que c'est encore plus heavy que du Led Zeppelin tout en étant maintenu à un niveau incroyablement élevé) dans les bacs à soldes des disquaires, et ne sera guère réédité. Je ne sais pas s'il existe en CD dans sa forme actuelle. Tapez le nom de l'album associé à John McLaughlin et vous aurez droit à divers visuels pour ce disque. Celui de l'article est la pochette initiale, cheloue, placée à l'envers (le verso est au recto, et vice-versa), pas spécialement belle, mais qui met dans l'ambiance. On pense psychédélique, et perso, la pochette me fait penser à celle du Twelve Dreams Of Dr Sardonicus de Spirit (de la même année, d'ailleurs). Court (35 minutes, 6 titres), l'album a été enregistré avec Billy Rich à la basse, le grand (dans tous les sens du terme) Buddy Miles à la batterie, et un compère du Lifetime (McLaughlin en faisait alors toujours partie, mais collaborait aussi avec Miles Davis, parlez d'un stakhanoviste !), Larry Young, aux claviers. McLaughlin est à la guitare. Pas de chant, c'est totalement instrumental. Les vocaux seraient vraiment en trop, il n'y en à pas besoin.

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Tout du long, Devotion est un régal de jazz-fusion. Je ne sais pas comment parler de ce disque, qui contient deux des morceaux les plus ahurissants du guitariste, Marbles et surtout le long morceau-titre de 11,25 minutes. On notera au passage que la face A (2 titres) dure dans les 15 minutes, et la B (4 titres), en dure 20, un sacré déséquilibre. Si Siren (6 minutes situées sur la face B) et Dragon Song (4 minutes placées sur la face A) avaient été inversées, on aurait eu deux faces à peu près de la même durée, un disque plus équilibré. L'album sonne bien, la production est très efficace, peu importe ce que McLaughlin dit du mixage assumé seul par le producteur Alan Douglas (avec qui McLaughlin collaborera encore le temps d'un album, My Goal's Beyond, en 1971 ; ce même Douglas est le responsable de l'arnaque absolue Crash Landing, album posthume de Jimi Hendrix sorti en 1975, j'en avais parlé ici). Devotion est probablement le meilleur album solo du guitariste, qui n'est pas du même avis que beaucoup de ses fans sur ce sujet, et on ne peut pas lui en vouloir vu que l'expérience a été amère, mais reconnaissons que, musicalement, cet album qui entremêle adroitement rock et jazz est une réussite absolue. Difficile à dénicher, pas forcément toujourrs à bon prix (j'ai la chance de le posséder en vinyle), cet album est un régal pour fans de jazz et de fusion jazzy. Essentiel. 

FACE A

Devotion

Dragon Song

FACE B

Marbles

Siren

Don't Let The Dragon Eat Your Mother

Purpose Of When