T1

Starmania, vous connaissez ? Bien entendu. Cet opéra-rock crée en 1978 par le Canadien Luc Plamondon (paroles) et Michel Berger (musique), qui a cartonné aussi bien en album que sur scène (le double album des chansons, en 1978, et la version scénique, en 1979), et qui a été un vrai vivier de talents : Daniel Balavoine, France Gall (déjà connue depuis des lustres à l'époque, certes, mais c'est grâce à Berger, son pygmalion final, qu'elle est redevenue hype dans les années 70), tous deux de nationalité française ; et les québécois Fabienne Thibault, Diane Dufresne et Claude Dubois (remplacé sur scène par le Français Etienne Chicot). Et des chansons mémorables, bien entendu : S.O.S. D'Un Terrien En Détresse, Quand On Arrive En Ville, Les Uns Contre Les Autres, La Complainte De La Serveuse Automate, Le Monde Est Stone, Un Garçon Pas Comme Les Autres, Le Rêve De Stella Spotlight, Le Blues Du Businessman, Monopolis... Histoire se passant dans le futur, dans une ville futuriste et inhumaine où la renommée fait tout et où les inégalités et la violence règnent (qui a dit que c'est dans ce monde-ci que nous vivons en ce moment ? Toi ? Et le pire, c'est que je crains que tu aie raison...), Starmania a été refait à plusieurs reprises : en 1987, dans une nouvelle version avec notamment Maurane (beau succès), en 1993, bien d'autres fois aussi...et notamment en 1992, dans une version anglophone, textes adaptés par Tim Rice, et casting à l'avenant (anglophone donc). Cette version poor lay zanglay (merci Raymond Queneau) s'appelle Tycoon, ce qui, en anglais, signifie 'nabab', 'businessman', et est la dérivation d'un mot japonais, taïkun, qui signifie 'grand prince'. Oui, c'est bien ce disque-là. 

T2

Tim Rice, britannique, a donc adapté en anglais les chansons de Berger et Plamondon. La version scénique n'a jamais été faite, hormis à Paris (Théâtre Mogador), par une troupe française. C'est à Paris que l'album a été enregistré, du moins en grande partie. Les artistes ayant collaboré, et qui n'ont donc jamais eu l'occasion de jouer leurs personnages sur scène, sont pour certains de vraies stars : Cyndi Lauper, Peter Kingsbery (chanteur de Cock Robin), Tom Jones, Céline Dion, Ronnie Spector, Nina Hagen... On notera aussi Willy De Ville, Kim Carnes (la chanteuse de Bette Davis Eyes) et les deux frangins de Bros, ce boys-band de la fin des années 80 que j'aurais bien aimer oublier,  Luke (devenu acteur) et Matt Goss. Ainsi qu'un certain Kevin Robinson. L'album, sorti en 1992, réédité (sous le titre Starmania, Version anglaise !) en 1997 et désormais difficile à trouver autrement qu'en occasion (mais toujours à des prix sympas), contient 14 titres, dont 13 reprises en anglais de chansons de Starmania (et un instrumental, Overture, qui n'est autre qu'une adaptation réarrangée de l'Ouverture de Starmania), pour un peu moins d'une heure de musique. Tycoon est un album ma foi assez intéressant, pas toujours totalement réussi il faut bien l'avouer. Entendre les frangins Goss (crédités tels quels et pas par le nom de leur groupe Bros) chanter A Little Damage Done (Quand On Arrive En Ville), c'est assez moyen. Les réarrangements, plus modernes, fonctionnent parfois très bien, mais pas trop sur ce titre. En revanche, Only The Very Best (S.O.S. D'Un Terrien En Détresse) par Kingsbery, The World Is Stone (pas la peine de citer la chanson initiale, le titre est évident) par Cyndi Lauper et Ziggy (Un Garçon Pas Comme Les Autres) par Céline Dion sont remarquables, peu importe ce qu'on pense (concernant Céline Dion, pour ma part, pis que pendre) des artistes susmentionnés. Ces trois reprises sont d'ailleurs des tubes qu'on entend encore souvent à la radio.

T3

Le reste ? Tom Jones s'époumone sur I Would Love To Change The World (The Businessman's Song) sans faire oublier Claude Dubois mais il s'en sort pas mal du tout ; Ronnie Spector, dont la voix souffre des abus d'antan, chante Farewell To A Sex Symbol autrefois chanté par Diane Dufresne ; Nina Hagen, la punk allemande, reprend le rôle tenu par Nanette Workman et braille son You Get What You Deserve (rien à voir avec Big Star !!) et n'aurait pas du. Willy De Ville semble mal à l'aise en chantant Nobody Chooses (Banlieue Nord). Kim Carnes, avec son Working Girl (repris à Fabienne Thibault et sa Complainte...) s'en sort mieux. Kingsbery chante aussi Ego Trip, pas mal, mais sans plus. Kevin Robinson ? On oublie (Pollution's Child). Ou oublie aussi l'autre chanson de Céline Dion (adaptée de Ce Soir On Danse A Naziland), mais pas l'autre de Lauper (You Have To Learn To Live Alone : Les Uns Contre Les Autres). Au final, le bilan est mitigé. Les adaptations sont pas mal du tout, parfois trop libres (le problème quand on adapte dans une autre langue : soit on garde le sens mais ça rimera portnawak, soit on fait rimer, mais difficile de garder le sens), mais Tim Rice n'est pas un manchot et s'en est bien sorti quand même. Musicalement, les réarrangement fonctionnent plus ou moins bien, selon les chansons. Les interprétations sont globalement très bonnes, le choix des artistes n'est pas toujours idéal (Bros, Nina Hagen...et j'aime bien Willy De Ville, mais il n'avait pas grand chose à foutre là, c'est pas son style). Mais on a de très bons moments. Bref, Tycoon ne vaut certes pas l'original, ni même la version 87, mais c'est loin d'être affreux. Une curiosité. 

Overture

The World Is Stone

A Little Damage Done

Only The Very Best

You Get What You Deserve

Ziggy

Nobody Chooses

Working Girl

Tonight We Dance (Extravagance !)

Pollution's Child

I Would Love To Change The World (The Businessman's Blues)

Farewell To A Sex Symbol

Ego Trip

You Have To Learn To Live Alone