9126VhsplFL

Avant d'aller plus loin, il est indispensable que vous preniez conscience de la teneur exceptionnelle de cette chronique. Pourquoi ? Parce que, moi qui vous parle, si je leur reconnais ce qu'il y a leur reconnaître, c'est-à-dire, les aptitudes vocales de Daltrey, le talent de Pete Townshend, la virtuosité de John Entwistle, la technique de Moon, leur apport à la musique et une bonne paire de grandes chansons, je suis quasi-allergique aux Who. D'eux, il n'y a qu'un seul album que j'aime, et c'est ce Who's Next. Je l'aime tellement qu'il sera à l'honneur de ce 365ème track-by-track. Et, de toutes façons, c'est un album qui mérite d'être décortiqué, même si, à l'époque, les Who ont considéré que c'était une merde.

Il faut savoir que derrière cet album à la pochette géniale, se cache une gestation très douloureuse. En effet, après le succès de l'opéra-rock Tommy, Pete Townshend a voulu remettre ça, mais en allant encore plus loin. Ainsi est né le projet Lifehouse qui devait donc lui aussi être un opéra-rock. Le groupe a commencé à enregistrer le bordel, mais s'est rapidement rendu compte que ça ne collerait pas. Le projet fut donc abandonné ce qui plongea Townshend dans une grosse dépression. Si grosse qu'un soir, il tentera de se foutre en l'air par défenestration. A l'exception d'une (nous verrons laquelle), toutes les chansons de Who's Next auraient dû apparaître sur Lifehouse. Maintenant que tout est clair, on va pouvoir passer au contenu.

Baba O'Riley : Je suis sûr que vous vous demandez ce que signifie ce titre pour le moins insolite. Il s'agit en fait d'une combinaison de deux influences de Pete Townshend. Philosophique en la personne de Meher Baba et musicale en la personne de Terry Riley, artiste pionnier de la musique minimaliste. Et c'est aussi un mélange entre deux morceaux simplement écrits du projet Lifehouse: Baba O'Riley donc, un instrumental et une chanson nommée Teenage Wasteland. La chanson est marquante de par son intro au synthé joué par Pete Townshend. Laquelle est rejointe par quelques accords de piano avant que la chanson ne se transforme en un rock brutal comme les Who avaient l'habitude d'en faire. A noter que le synthé de Townshend, opérant ici une fusion inédite à l'époque s'entend tout le long de la chanson et sert donc de bourdon. Vous rêviez d'une grande chanson pour lancer l'album ? Votre rêve est exaucé !

Bargain : Une bonne claque dans la gueule ! Tels sont les mots qui me viennent instinctivement. La chanson commence tranquille avec une gratte sèche et on entend derrière des effets de volume à la gratte électrique. Puis, la chanson vire dans un rock bien agressif, comme les Who savaient les faire. On a un petit break, calme et chanté par Pete Townshend avant que la chanson ne revienne au rock agressif avant de se terminer comme elle avait commencé. Grosse chanson les mecs.

Love Ain't For Keeping : Chanson la plus courte de l'album. Seulement 2 minutes et 11 secondes au compteur, mais une réussite éclatante, une de plus. La chanson est essentiellement acoustique et dominée par la guitare sèche de Pete Townshend et la batterie de Moon. Sa simplicité dénote des autres chansons de l'album. Un reproche à lui faire ? Pourquoi, bordel de merde, a-t-il fallu que ce soit si court ?

My Wife : Ecrite, composée et chantée par Entwistle, voici la seule chanson qui ne figurait pas sur Lifehouse. La chanson est née suite à une engueulade que le bassiste a eu avec sa femme et parle d'un homme qui tente de rentrer chez lui alors qu'il n'a plus donné de nouvelles depuis plusieurs jour et qui redoute de se faire tailler en pièces. C'est donc une chanson pleine d'humour, mais aussi une chanson remarquable de plus. Tout est parfait ici. Que ce soit les accords distordus plaqués par Townshend, le chant, la basse, le piano et la trompette d'Entwistle et la batterie de Moon. A noter qu'Entwistle n'aimait pas cette version. Il la réenregistrera ultérieurement pour le compte d'un de ses albums solos.

The Song Is Over : La face A se termine sur la deuxième chanson la plus longue de l'album. Plus de 6 minutes ici, mais plus de 6 grandes minutes. La chanson alterne entre les couplets calmes et doux comme une pluie d'été rythmés par le piano tenu par Nicky Hopkins et les refrains violents et énergiques. Et, derrière tout ça, un synthétiseur qui, quelle que soit sa tonalité sert de bourdon, comme sur Baba O'Riley. Grande chanson encore une fois même si, personnellement, j'ai toujours un peu regretté qu'elle ne soit pas restée entièrement acoustique.

Getting In Tune : Tout comme The Song Is Over, cette chanson démarre doucement avec une partition de piano jouée par Nicky Hopkins avant de se faire beaucoup plus brutale. Aux environs de la moitié, la chanson redevient calme, avant de repartir pleine balle et de se terminer sur un rythme effreiné. A souligner aussi la grosse ligne de basse d'Entwistle. Pas ma chanson préférée de l'album. Et, après les cinq précédentes, elle paraît moins forte, même si ça reste une très bonne chanson.

Going Mobile : Bon, voilà une chanson qui pose problème. Je vous explique : farouchement détestée par certains, pour ma part, j'avoue avoir beaucoup de sympathie pour cette chanson. Certes, ce n'est pas le sommet de l'album, loin s'en faut, elle en est même la moins réussie, mais cette chanson n'est pas mauvaise. Et puis, j'ai toujours beaucoup aimé ce solo de guitare qui sonne comme si Townshend jouait sous l'eau. Pour cette chanson, ce sera selon les sensibilités. A vous de vous faire votre avis. Moi, j'aime beaucoup.

Behind Blue Eyes : Comme parfois, je me plaîs à être un petit salopiaud aimant faire chier son monde, je commence par rappeler que cette chanson a été reprise par... Limp Bizkit, vous pouvez pleurer. Comme tout le monde, j'essaie d'oublier que pareil affront a été commis. Non, parce que, Behind Blue Eyes version Who, c'est une splendeur absolue. Débutant par la voix de Daltrey accompagnée par la guitare sèche de Townshend, la basse d'Entwistle s'incruste discrètement et des harmonies vocales complètent tout ça. La chanson comporte un passage rock bien agressif d'une minute avant de se finir en douceur.

Won't Get Fooled Again : Les mecs, je me suis tapé tout ce que les Who ont fait et, dans toute leur oeuvre, je n'ai jamais trouvé une chanson aussi puissante que celle-là. Je vais être clair : à mes yeux, cette chanson n'est pas seulement le sommet de Who's Next, c'est aussi le sommet de la carrière du groupe. La chanson démarre par un accord simple et distordu avant que n'intervienne cette boucle tournoyante jouée par le sythétiseur de Townshend. Cette boucle tournoyante que l'on retrouvera tout le long de la chanson, servant encore une fois de bourdon. Encore plus que sur Baba O'Riley, la collision entre le synthé et le rock brutal des Who est d'une puissance folle ! Je ne parle même pas de la basse d'Entwistle et de la batterie folle de Moon. Mais, le plus grand moment de cette chanson reste celui où le groupe laisse la boucle tournoyante s'approprier tout l'espace avant d'être rejointe par une série de roulement sur les toms et le cri de Daltrey. Tout ça se finit dans une coda pétaradante. 8 minutes et 33 secondes de bonheur total. Un orgasme auditif.

J'ai beau ne pas être friand du tout des Who, je vous garantis que cet album est une réussite majeure et qu'il vous faut à tout prix le posséder. Sérieusement les mecs, ce serait super dommage de passer à côté. Si vous ne le connaissez pas et/ou que vous ne l'avez pas, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

Face A

Baba O'Riley

Bargain

Love Ain't For Keeping

My Wife

The Song Is Over

Face B

Getting In Tune

Going Mobile

Behind Blue Eyes

Won't Get Fooled Again