C1

Cluster, vous connaissez ? Un groupe allemand, en réalité un duo, fondé en 1971 sur les cendres d'un autre groupe, qui, lui, datait de 1969 et s'appelait... Kluster. Ils sont des pionniers, au même titre que Kraftwerk et Neu !, de l'ambient et de la musique expérimentale, ainsi que du fameux krautrock ('rock choucroute'), terme que les Allemands n'ont jamais aimé et qui définit le genre musical (rock expérimental et/ou ambient) de plusieurs groupes de cette nationalité et époque, tels que Can, Amon Düül II, Neu !, Guru Guru, Tangerine Dream, Kraftwerk, Popol Vuh et, donc, Cluster. J'ai dit que c'est un duo. En réalité, à la base, Cluster était un trio, mais un des membres, Conny Plank (mort en 1987), sera surtout là comme ingénieur du son et producteur. Les deux autres membres sont Dieter Moebius (mort en 2015) et Hans-Joachim Roedelius (toujours de ce monde). Cluster, qui collaborera avec Brian Eno en 1977/1978 (un morceau sur le Before Anf After Science de Eno, et deux albums en collaboration, le premier très clusterien, le second très enossien), a donc démarré sa carrière en 1971. Avec un album baptisé Cluster, et qui sera rebaptisé, ultérieurement, Cluster '71

C2

Sorti sous une pochette multicolore représentant un...euh, une...enfin, des...bref, quelque chose, Cluster '71 n'offre que trois morceaux, pour un total de 44 minutes. A ce titre, on notera l'incroyable austérité du bouzin : les trois morceaux n'ont aucun titre, ils ne sont crédités que par leur durée, rien d'autre. Bien entendu, ils sont instrumentaux. C'est le seul album de Cluster sur lequel Conny Plank est crédité comme membre, et pas que comme producteur/ingé-son. C'est cependant le duo Moebius/Roedelius qui fait l'essentiel du son clusterien, un son bien particulier et tout sauf commercial. C'est un fait, si les albums avec Eno sont très écoutables par à peu près n'importe qui, et si c'est aussi le cas de Sowiesoso (1977) de Cluster, ce premier opus, tout comme le suivant que j'aborderai ici prochainement, est d'une aridité telle  qu'à côté, le désert de Mojave, en août, ferait penser à une piscine climatisée. Qu'entend-on tout du long de ces trois quarts d'heure de musique ? Déjà, certains, ceux qui n'ont pas les oreilles très aventureuses, n'hésiteront sans doute pas à dire que ce n'est pas de la musique. On dirait, en effet, les élucubrations sonores d'anti-accord absolu de Claude Rich dans Les Tontons Flingueurs. Sans les percussions à base de casseroles et de poëles. 

C3

Mais pourtant, on entend de la guitare hawaïenne, ici, et de l'orgue, et du violoncelle. Le tout est transformé en un drone électronique froid comme une pierre tombale d'un cimetière paumé au fin fond de la Sibérie. Dire que l'on pénètre facilement dans Cluster '71 est une connerie sans nom. Au contraire, ce disque difficile nécessitera plusieurs écoutes patientes et quelque peu écartées pour être apprécié, si tant est que c'est possible. Pas de mélodies, ici, ou alors, s'il y en à, on ne s'en rend pas compte, ce qui revient sans doute au même. Après, on sent, cependant, une totale maîtrise de l'outil électronique, du bidouillage, et on ne saurait nier le côté pionnier, précurseur, de l'album. Et les albums suivants seront plus accessibles, déjà l'album suivant, tout en étant également très rigide, sera un petit peu plus 'formaté' quand même (ou alors, ce sont mes oreilles qui, après avoir été un peu malmenées ici, pensent le contraire). Bref, tout en étant un disque important et intéressant, Cluster '71 n'est pas un album que je conseille à tout le monde. Il faut VRAIMENT aimer la musique expérimentale et ce genre de groupes pour oser se risquer ici. Je n'ose imaginer la tête de ceux qui, en 1971, ont découvert ça, brutalement, sans préparation...

FACE A

7:42

15:43

FACE B

21:32