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Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez peut-être, du moins vous le savez si vous avez lu mes chroniques des albums de Brian Eno et de Cluster (concernant ces derniers, bientôt, je pense, un petit cycle de leurs albums, qui manquent cruellement ici, si ce n'est les deux qu'ils ont fait avec Eno), que j'aime l'ambient. Vous devez sûrement moins vous douter de mon attrait pour la musique japonaise. Et vous avez raison de ne pas le savoir, car c'est pas vrai, je n'ai aucun attrait particulier pour la musique nipponne. Je ne déteste pas ce qui a été fait ou est fait au Pays du Soleil Levant (je pense à ce titre que l'oeuvre de Ryuichi Sakamoto et de son Yellow Magic Orchestra est des plus intéressantes, et le Flower Travellin' Band est un très bon groupe de rock psychédélique), mais je ne m'y connais pas plus que ça. Ce disque, tiens, que j'aborde aujourd'hui, je l'ai découvert par le plus grand des hasards, presque un accident (mais des plus heureux). Je farfouille, récemment, il y à quelques mois, dans les bacs de vinyles (neufs, réédités, pas de l'occasion) de mon magasin culturel préféré, "Le Grand Cercle" à Eragny (95), et je tombe sur ce disque à la pochette très naïve à la Douanier Rousseau (mais, de même que pour le Tango In The Night de Fleetwood Mac qui possède une pochette dans le même style à la manière de, ce n'est pas du Douanier). Un hype stcker sur le blister m'indique que c'est un double album dont les deux disques sont transparents, et que cet album est une rareté enfin rééditée (notamment en CD, il n'est sorti, à l'époque, et jusqu'à cette réédition, qu'en vinyle, et sans doute uniquement au Japon), un joyau méconnu et dont culte de l'ambient. 

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Vous me connaissez, hein ? Donc vous savez déjà que je l'ai acheté. Et bien que j'ai désagréablement été surpris de me rendre compte que les deux disques (qui contiennent chacun deux morceaux, on a donc quatre morceaux sur l'album, et donc, un par face) sont pressés à la vitesse 45-tours. Et que, la durée des morceaux étant indiquée sur les labels, l'album dure dans les 41 minutes ! Vu le prix de l'album en vinyle (en plus, édité en pochette tip-on, c'est à dire, épaisse, cartonnée rigide, à l'américaine), j'ai eu un peu l'impression de m'être fait avoir, mais il n'y avait qu'un exemplaire dans les bacs, il n'y en à pas eu d'autres de rajoutés ultérieurement, et le disque était pressé en transparent (vraiment transparent, en plus) et est musicalement tellement réussi que je ne regrette rien. Et puis, je suis collectionneur, après tout. Bon, il s'agit de Through The Looking Glass (le titre vient certainement de Lewis Carroll), album sorti en 1983 par Midori Takada, laquelle, une des pionnières de l'ambient apparemment (un long texte, en anglais, orne l'intérieur de pochette ouvrante), a démarré sa carrière en 1978. Je ne serai pas autrement surpris que Brian Eno ait entendu ce disque à l'époque, tant les oeuvres d'Eno (celles des années 80 à maintenant) sont en forte résonnance avec ce disque. Après, je ne parle pas des premiers albums ambient d'Eno (Another Green World date en effet de 1975), ni de la trilogie berlinoise de Bowie avec Eno (1977/1979), les dates ne correspondent pas, l'album de Takada étant sorti après. C'est peut-être elle qui a été influencée par eux, en revanche, et là aussi, je ne serai pas surpris que ça soit le cas.

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Quoi qu'il en soit, de ces quatre titres aux durées inégales, rien n'est à jeter, absolument rien. Entièrement instrumental (et Takada joue de tout, et utilise notamment de l'harmonium et des percussions étonnantes, comme des bouteilles de Coca-Cola en verre), l'album est reposant comme pas deux. Au même titre que le Discreet Music d'Eno ou le Sowiesoso de Cluster, vous le posez sur la platine, vous vous allongez sur votre lit (ou par terre, ou sur ce que vous voulez, mais si c'est vivant, demandez avant quand même), vous fermez les yeux et vous...voyagez. Loin, très loin, et ici, en l'occurrence, de l'autre côté d'un miroir, comme semble le dire le titre de l'album. Tout est fabuleux ici, de Mr. Henri Rousseau's Dream (on comprend dès lors mieux pourquoi un tel artwork pour l'album) à Catastrophe Σ, en passant par le très percussif Crossing. Pour amateur d'ambient, Through The Looking Glass est rigoureusement indispensable, voilà tout. 

FACE A

Mr. Henri Rousseau's Dream

FACE B

Crossing

FACE C

Trompe-L'Oeil

FACE D

Catastrophe Σ