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Un peu de reggae et de Bob Marley ! Pour parler d'un album super important dans la carrière du jamaïcain. Car il s'agit là de son premier album solo et est sorti en 1974. Les deux années précédentes, les Wailers, dans leur line-up d'origine, avaient sorti Catch a Fire et Burnin', deux disques vraiment remarquables et très remarqués. Forcément, après ça, les membres du groupe ont eu l'envie de se lancer dans des projets personnels. C'est ainsi que Natty Dread vit le jour. Et, avec ce disque, Bob a fait coup double. Non seulement, ce fut un triomphe critique, mais aussi un beau succès public. Ce qui, sur ce point, peut paraître étonnant car si l'album est vraiment remarquable, il n'en reste pas moins peu facile d'accès. Si on fait un comparatif entre celui-là et celui de l'année d'après (Rastaman Vibration) en terme d'accessibilité, c'est vraiment le jour et la nuit. Et, comparé à Kaya, je ne vous dis même pas. D'ailleurs, à propos de Rastaman Vibration, vous vous souvenez, j'avais dit que Bob avait truqué les crédits pour éviter de se faire enfler par sa maison de disques. Sur Natty Dread, idem. Toutes les chansons sont de lui, mais il y en a seulement trois qui sont créditées à son nom. A noter aussi que lors de la réedition de 2001, une chanson enregistrée à l'époque (Am-A-Do) a été incluse alors qu'elle avait été écartée de la maquette d'origine finale. Pour ma part, comme d'habitude, je ne vais parler que de l'édition originale.

Avec Survival (l'immense cru de 1979, bien qu'il ne soit pas mon préféré), Natty Dread est le disque le plus engagé de Bob Marley. Seulement, si le premier prenait fait et cause pour le continent africain, le deuxième est le reflet des troubles en tous genres qui foutaient la Jamaïque à feu et à sang à l'époque. Il en résulte donc une violence qui, même si elle n'éclate jamais, est très clairement palpable. L'album s'ouvre sur Lively Up Yourself, une bombe absolue qui est pourtant très très souvent écartée des compilations consacrées à Bob. Ce qui est juste dégueulasse car c'est l'une de ses plus grandes chansons. Il en fera d'ailleurs une version dantesque sur le Live at The Lyceum en 1975. No Woman No Cry, vous conaissez ? Bien sûr que oui. Tout le monde connaît cette version live (également captée au Lyceum) et qui dépasse les 7 minutes. La version originale se trouve là et elle est radicalement différente de la dite version live. Il faut du temps pour s'y faire, surtout si on a d'abord connu la version 1975. Mais c'est excellent. Them Belly Full (But We're Hungry) arrive après. Traduit, le titre veut dire Leur ventre plein (mais nous avons faim), ça veut dire ce que ça veut dire. Cette chanson là, il faut du temps pour l'aimer. Il faut dire que placée après Lively Up Yourself et No Woman No Cry, elle est un peu à la place du mort. Je me souviens que lors de mes premières écoutes, j'avais tendance à la passer. Ça n'est plus le cas aujourd'hui, s'étant révélée au fur et à mesure. Bon nombre de ceux qui connaissent Natty Dread ont tendance à dire de lui que son sommet est Lively Up Yourself, ce qui n'est pas une faute de goût. Mais, très honnêtement, Rebel Music (3 O'Clock Road Block) l'est aussi. Cette chanson là les gars, elle est juste immense ! Longue oui, près de 7 minutes, mais près de 7 immenses minutes. Putain, ce solo de guitare, cet harmonica. Un bonheur total et qui achève en fanfare une face A qui, comme vous l'avez vu, démarre aussi en fanfare.

La face B s'ouvre sur So Jah Seh qui est très certainement le morceau le moins connu de l'album. Et, musicalement, si la chanson reste reggae, elle dénote quand même un peu de par son rythme et de par le fait qu'elle est très fortement dominée par des cuivres puissants, incisifs et assez sombres. La chanson titre ? Oui, il y en a une et elle surgit juste après. Et, on revient à quelque chose de plus classique. Le skank, les cuivres et les choeurs de I-Threes en contre-point. Et, si elle n'est pas la meilleure chanson du disque, elle n'en reste pas moins excellente. Natty Dread a beau être un album remarquable, il n'empêche qu'il y va de sa chanson mineure : Bend Down Low. Elle seule, la chanson est loin d'être mauvaise, mais comparée à Lively Up Yourself, Rebel Music, So Jah Seh ou encore celle qui la suit, elle paraît légèrement faiblarde. Celle qui la suit, justement, c'est Talkin' Blues, grand classique du jamaïcain qui est pourtant lui est aussi très souvent évincé des compilations. Je ne sais pas quoi vous dire de plus si ce n'est qu'elle fait incontestablement partie des grandes chansons de Bob. L'album se termine sur Revolution. Avec un titre pareil, vous vous doutez bien qu'on est en plein dans la chanson contestataire. Cette chanson, comme un millier d'autres d'ailleurs, a un problème. Elle est précédée par un monstre. En elle-même, elle est vraiment excellente. Mais, passer après Talkin' Blues est loin d'être la place la plus enviable.

Au final, Natty Dread est un disque remarquable. Un des meilleurs de Bob Marley. Et, pour ma part, malgré Bend Down Low, je le classe deuxième de mon top 3. De toutes façons, au cours de sa carrière solo, Bob n'a pas sorti un seul mauvais disque, ni même moyen. Même Kaya, souvent fortement critiqué pour son côté ouvertement commercial et pour sa trop grande accessibilité est bien bien loin d'être à jeter. Même s'il est vrai que, des 6 disques studio solos que Bob a laissés, il est le moins bon. 

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Face A

Lively Up Yourself

No Woman No Cry

Them Belly Full (But We're Hungry)

Rebel Music ( 3 O'Clock Road Block)

 

Face B

So Jah Seh

Natty Dread

Bend Down Low

Talkin' Blues

Revolution