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Ca fait longtemps que je n'ai pas parlé de Creedence Clearwater Revival. Hé bien, je ne vais pas en reparler, enfin, pas vraiment, mais on va quand même être dans le ton. John Fogerty, qui a signé ce remarquable album en 1985 (qui marquait son retour en force après une belle pause), n'est autre que le chanteur, principal guitariste, et principal auteur, bref, le leader, de Creedence Clearwater Revival, groupe mythique qui n'a duré que le temps d'une poignée d'années (1967/1973) mais a accompli un exploit admirable : sur leur sept albums studio (dont trois pour la seule année 1969), pas moins de cinq sont des essentiels absolus, un autre (le premier pour ne pas le citer) est dans la catégorie des hé, mais c'est vraiment pas mal du tout, en fait ! et un autre (le dernier, pour ne pas le citer) est, en revanche, lui, une merde, mais c'est bien la seule. Quasiment tous les membres de ce groupe (quatre, puis trois pour le dernier opus) ont fait des albums solo. Doug 'Cosmo' Clifford, le batteur, en fera un en 1972 ou 73, un album inaudible, nullissime, jamais réédité depuis et même lui n'y tient pas, c'est pour tout dire. Tom Fogerty, le frangin de John, en a fait quelques uns, dfficiles à trouver, mais très bons (Excalibur, Zephyr National, Myopia) avant de mourir, connement, des suites d'une transfusion foirée, du Sida, sans avoir pu se réconcilier avec son frangin. Stu Cook (basse) n'a pas fait d'album solo, je ne crois pas, ou alors, si c'est le cas, c'est du même niveau que celui de Cosmo.John Fogerty, lui, s'est lancé en solo dès les années 70, et sa carrière ira convenablement, sans tambours ni trompettes, le grand moment de sa carrière solo étant atteint, en 1985, avec cet album-ci, donc.

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Album qui s'appelle Centerfield, dure 36 petites minutes (9 titres) et sur lequel Fogerty joue de tout (avec une boîte à rythmes, essentiellement, pour la batterie). C'est un album qui, à sa sortie, sera un gros, gros succès aux USA. En France, il a sans doute dû bien se vendre (on a toujours aimé CCR, chez nous !), mais sans doute pas autant que Dire Straits, Kate Bush, Tears For Fears et Johnny Hallyday, grands gagnants de cette année. L'album tire son nom d'un poste-clé d'une équipe de base-ball, on y voit, sur la pochette, un gant de base-ball (un vieux modèle) dans la terre, une casquette de lanceur est visible au verso, et si on ouvre la pochette vinyle (du moins, dans une des éditions, rééditées il y à une paire d'années), on peut ouvrir un fold-up (pliage interne de pochette, voir illustration plus bas) en forme de stade de base-ball. On sent un concept se pointer ? Ben, en fait, non, même si la chanson-titre parle en effet de ce sport si américain. Avec son itntro qui utilise un peu le riff du mythique La Bamba de Ritchie Valens, Centerfield, qui sera par la suite utilisé par l'équipe des Atlanta Braves, parle de base-ball, un joueur interpelle son entraîneur, Put me in Coach, I'm ready to play today. Rythme entraînant, chant enjoué, ce morceau file la patate mieux qu'un maraîcher spécialisé dans la bintje. Morceau préféré de George W. Bush (c'est pas la chose à retenir au sujet de la chanson), elle a permis à Fogerty d'être le seul musicien à entrer dans le National Baseball Hall Of Fame (en 2010). C'est une des meilleures chansons d'un album quasiment parfait (pas très fan de I Can't Help Myself), qui offre également deux morceaux assez furieux dans lesquels Fogerty s'en prend à Saul Zaentz, ancien manager (reconverti en producteur de film, c'est lui qui a en partie produit Vol Au-Dessus D'Un Nid De Coucou) de CCR, qui les a copieusement enculés financièrement parlant, et ça, Fogerty l'a encore en travers de la gorge (pendant des années, il refusera de chanter du CCR en concert).

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Plusieurs vues de la pochette, fermée, ouverte, dépliée, et en-dessous, la sous-pochette et le disque

Ces deux chansons sont Mr. Greed ("Monsieur Avarice"), sur laquelle Fogerty sonne comme un chien enragé, et surtout Zanz Kant Danz, qui sera renommé Vanz Kant Danz par la suite (Zaentz intentera un procès), une chanson au rythme dansant et synthétique. Deux morceaux qui ne plairont pas du tout à Zaentz (mort en 2014, Fogerty affirmera s'en foutre un peu, contre toute attente). Le reste de l'album offre du méga-lourd, comme le mini-hit Rock And Roll Girls, entraînant au possible, et trois morceaux sous totale auto-influence CCR : Searchlight fait penser parfois à Born On The Bayou, The Old Man Down The Road sent bon son Green River, et I Saw It On T.V. se termine carrément par la mélodie de Who'll Stop The Rain. Il y à sans doute d'autres auto-références sur Centerfield, et un morceau comme Big Train (From Memphis) fait évidemment penser à ces Lookin' Out My Back Door et autres It Came Out Of The Sky. Un fan de Creedence sera en terrain connu, conquis, et ce, dès la première écoute. Centerfield sonne vraiment comme du vieux CCR des familles, et comme le dit (à son sujet, d'ailleurs) un des personnages du roman Ca de Stephen King, c'est comme dans l'ancien temps. Le seul truc un peu négatif à dire concerne les boîtes à rythmes à la place d'une bonne batterie classique. Fogerty, je l'ai dit, joue de tout (il a aussi tout écrit tout seul, et produit, seul, l'album), et autant il est excellent guitariste et un bassiste et claviériste compétent, autant il ne doit pas assurer derrière les fûts. Centerfield sonne peut-être un petit peu daté à cause de ça (on sent bien qu'on est en 1985 en entendant la batterie), mais c'est un petit reproche de rien du tout. Du début à la fin, ce disque, qui fut le premier de Fogerty après 9 ans de silence, est une réussite totale !

FACE A

The Old Man Down The Road

Rock And Roll Girls

Big Train (From Memphis)

I Saw It On T.V.

Mr. Greed

FACE B

Searchlight

Centerfield

I Can't Help Myself

Zanz Kant Danz