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 Joe Walsh est un remarquable guitariste. J'ai pas mal parlé de lui, récemment, via mes chroniques des albums des Eagles qu'il me restait à aborder, car Walsh a fait partie de ce groupe de 1976 à...ben, en fait, comme le groupe n'est pas officiellement fini, à maintenant (mais depuis la mort de Glenn Frey en 2016, c'est peu dire que les Eagles ne s'envoleront plus). Avant de faire partie des Eagles, il a fait partie, et a même démarré sa carrière avec eux, d'un groupe de hard-rock du nom de James Gang (fin des années 60). J'avais d'ailleurs abordé ici leur Rides Again de 1970, une tuerie qui offre notamment le classique Funk #49 que Walsh chantera en live en solo, ainsi qu'avec les Eagles. Walsh quitte ce groupe en 1971, il se lance en solo l'année suivante avec cet album, Barnstorm. Personne ne peut alors se douter qu'il va ensuite enchaîner des albums de folie (en gros, jusqu'en 1978, alors qu'il fait déjà partie des Aigles), albums que je vais aborder ici, en un petit cycle qui démarre, donc, avec ce Barnstorm à la pochette qui illustre bien son titre (peu traduisible, mais on va dire 'tempête de grange'), puisqu'on y voit une grange en assez mauvais état, comme à moitié esquintée par un orage. Le titre de l'album est aussi celui du groupe qui l'accompagne à l'époque, et qui est constitué de Kenny Passarelli (basse) et Joe Vitale (batterie, mais il est multi-instrumentiste, en fait), Walsh assurant la guitare, le chant et des claviers (Vitale aussi tient quelques claviers, et de la flûte). Sorti sur le label ABC, l'album est produit par le producteur des Eagles, Bill Szymczyk. On ne s'étonnera dès lors plus qu'en 1976, Walsh a rejoint les Eagles, il faisait quasiment partie de la même famille (Don Felder, des Eagles depuis 1974, jouera dans le groupe live de Walsh en 1975) !

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Premier album enregistré aux fameux studios Caribou (Colorado) de James William Guercio (producteur de Chicago), Barnstorm est à la fois le premier album de Joe Walsh et le premier (sur deux) des albums de Barnstorm, c'est selon. Je le vois personnellement plus comme un album solo de Walsh (il est crédité à Walsh seul, comme le suivant, qui est aussi considéré comme un album de Barnstorm) qu'autre chose, mais dans un sens, peu importe. L'un comme l'autre aboutit à la même conclusion : les 37 minutes de cet album sont ahurissantes. On a affaire à un disque un peu comme le Rides Again du James Gang, mais en inversé : il démarre calmement, du rock countrysant et pop, avant de céder la place à du hard-rock bluesy (Rides Again, lui, offrait du hard lourd sur la face A, et des ballades sur la face B). Parmi les 10 titres, on ne peut pas ne pas parler de Turn To Stone, avant-dernier morceau, tuerie de 5,15 minutes que Walsh reprendra en 1974 et qu'il ne cessera jamais de chanter live (y compris avec les Eagles). Riff de malade, ambiance totalement heavy, ce morceau est une légende du hard-rock à ranger aux côtés de Smoke On The Waker, Stairway To Heaven, Funk #49 et Bat Out Of Hell. C'est certainement le meilleur morceau de l'album, mais Barnstorm est une petite perfection du début à la fin, des calmes morceaux du début d'album (Here We Go, Giant Bohemoth) au rock solide de sa conclusion. Un morceau comme Birdcall Morning est inoubliable ; et pourtant, ce disque est, comme l'ensemble des albums solo de Walsh, scandaleusement méconnu.

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J'ai même envie de dire que c'est un album oublié. Manoeuvre aurait très bien pu le mettre dans son livre Collector (il a mis le Rides Again du James Gang à la place) car on a ici tous les ingrédients de l'album génial qui n'a pas eu de bol. On ne peut pas dire que ce disque ait pété la baraque à l'époque, la concurrence était trop rude en 1972, surtout avec des piliers comme Deep Purple, Rolling Stones, Led Zeppelin (qui n'a rien sorti cette année-là, mais leur album de 1971 a cartonné tout du long de l'année suivante), Neil Young, Alice Cooper, Black Sabbath... Clairement, Joe Walsh, qui sortait d'un obscur petit groupe, n'avait aucune chance. Sorti la même année que le premier album du groupe qu'il rejoindra en 1976, ce Barnstorm est un des meilleurs albums de Walsh et un des meilleurs albums de 1972, rien que ça. C'est une authentique tuerie de bon rock bien comme il faut, varié, éclectique, passionné et passionnant. Avis aux amateurs : les albums suivants de Walsh sont du même niveau !

FACE A

Here We Go

Midnight Visitor

One And One

Giant Bohemoth

Mother Says

FACE B

Birdcall Morning

Home

I'll Tell The World

Turn To Stone

Comin' Down