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Pour ce nouveau et 361ème track-by-track, c'est le Velvet Underground qui est de nouveau à l'honneur. Au moment où cet album est enregistré, il y a eu des changements importants au sein du groupe. Nico a foutu le camp. Grossièrement parlant, elle n'a été qu'une pièce rapportée par Warhol. Elle a bien senti qu'elle n'était pas membre du groupe et puis Lou Reed, mysogine comme pas deux, lui a certainement bien fait comprendre lui-même. Warhol aussi a mis les bouts. Lui qui s'était déjà plus ou moins désintéressé du groupe pendant l'enregistrement du premier album. Pour en quelque sorte se donner le beau rôle, Reed ira jusqu'à dire qu'il a viré Warhol. Sinon, vous trouviez que The Velvet Underground & Nico était une bizarrerie ? Alors, sachez que ce White Light/White Heat le dépasse aisément dans le genre. Quelque chose de bien. Cet album, c'est déjà le choc des extrêmes. Il y a ceux qui l'adoreront et ceux qui le détesteront. Mais, plus fort encore, ceux qui l'aiment peuvent être amenés à le détester. Si on décide de passer ce disque alors qu'on est pas d'humeur, même si on l'aime, il peut rapidement devenir intordable. Vous vous êtes toujours demandé ce que vous pourriez infliger comme torture à la personne que vous pouvez le moins blairer ? Alors, cet album est la torture toute trouvée. Séquestrez votre ennemi et faites lui écouter ce truc volume à fond. Résultat garanti. Mais faites gaffe. Attachez-lui les mains et ne laissez pas de trucs qui peuvent tuer à proximiter. Ce truc peut rendre fou. Six chansons sont offertes aussi. Six chansons, c'est peau de balle. Mais quelles chansons, tudieu de merde !

White Light/White Heat : L'album souvre donc sur la chanson titre. Pas con, n'est-ce pas ? Sinon, cette chanson aurait pu se trouver sur le disque précédent. De par son sujet et sa rythmique, elle fait furieusement penser à I'm Waiting For The Man. Et son piano entêtant, laissant échapper des notes aiguës, renvoie à celui que l'on entendait sur All Tomorrow's Parties. Excellente ouverture d'album. 

The Gift : Plus de huit minutes au compteur pour ce morceau. Et, c'est tout sauf la joie. L'histoire parle d'un mec qui s'envoie par colis à sa petite amie pour lui faire une surprise. Seulement, la donzelle, en ouvrant le colis lui plante involontairement un coup de ciseau à la tête qui lui est fatal. Bonjour l'ambiance. Le texte est parlé par John Cale. On entend sa voix dans une oreille et dans l'autre, une musique minimaliste et assez discrète. Très spécial. Aussi appréciable que détestable. 

Lady Godiva's Operation : Immense chanson que celle-ci ! Dans sa première moitiée, elle est chantée par John Cale et parle donc de Lady Godiva. Femme anglo-saxonne du 11ème siècle et faisant l'objet d'une légende racontant qu'à cheval, elle avait traversé à poil toutes les rues de Coventry afin de convaincre son mari de faire baisser les impôts qu'il prélevait. Elle est ensuite chantée en alternance avec Lou Reed et parle d'une opération chirurgicale bâclée avec ce qu'il faut d'humour noir. Et, en allant plus loin, on peut y trouver des allusions au fait que, dans son enfance, ses parents le croyant malade dans sa tête, Reed a dû subir des électrochocs. 

Here She Comes Now : Cette chanson là, en quelque sorte, est l'intruse de l'album. Elle rompt totalement avec l'aspect expérimental du disque. Tellement qu'elle aurait largement pu attérir sur le premier album du groupe. On est sur une sorte de mix, musicalement parlant, de Sunday Morning et Femme Fatale. Encore une fois, les paroles sont très à double-sens. Même si, de mon point de vue, ça cause d'une intoxication à la dope qui se fait attendre. Ah oui, j'oubliais : c'est à la fois très doux et très réussi. 

I Heard Her Call My Name : Après la douceur de la chanson précédente, place à de la violence. En effet, cette chanson bourrée de solos stridents et des commentaires aigus est un vrai truc bien agressif, bien furax. Chanson à ne pas écouter trop souvent sous peine de devenir totalement obsédée par elle. C'est excellent et pourtant, ça ne prépare en rien au déluge final. Celui que tout le monde attend. 

Sister Ray : La déflagration finale ! Voyez-vous, j'estime qu'il y a au moins trois chansons à connaître si l'on veut dire que l'on connaît le Velvet Underground : Heroin, European Son et ce Sister Ray. D'ailleurs, cette dernière est à White Light/White Heat ce que European Son était au premier album du groupe. Sister Ray serait le nom que Lou Reed donnait à sa seringue préférée. On ne peut pas l'affirmer, Reed lui-même n'ayant jamais confirmé l'info. Il est plus probable que le titre soit un clin d'oeil piquant à l'intention de Ray Davies, le leader des Kinks. Que dire face à ces 17'30 et qui marquent au fer rouge qui les ayant un jour entendues ? Les instruments utilisés ici sont mis au supplice. La guitare de Reed grince si fort qu'elle en vous en colle des frissons dans le dos. L'orgue de Cale est relié à un ampli de guitare distordu et lui donne un son surpuissant. Expérimental à n'en plus finir. Comme un prémice à ce truc monstrueusement culotté que sera Metal Machine Music. Accrochez-vous !

Voilà pour ce White Light/White Heat, véritable dinguerie bizarre qui peut rendre maboule si on n'est pas habitué à ce genre de trucs. Absolument indispensable, mais alors, je ne vous dis pas à quel point l'accès peut être difficile. Clairement, ce disque n'est pas à mettre entre les mains de tout le monde !

Face A

White Light/White Heat

The Gift

Lady Godiva's Operation

Here She Comes Now

Face B

I Heard Her Call My Name

Sister Ray