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Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez peut-être que j'adore Steely Dan (dont j'avais reparlé ici l'an dernier via un cycle de nouvelles chroniques de leurs albums, d'ailleurs). Fondé au début des années 70, c'était un groupe de pop-rock (qui s'est ensuite orienté vers des sonorités jazzy) mené par un chanteur/claviériste, Donald Fagen, et un guitariste/bassiste, Walter Becker. Bon, il y avait évidemment d'autres musiciens dans le groupe (sur le premier album de 1972, Fagen n'était d'ailleurs pas le seul et principal chanteur, il y avait aussi un certain David Palmer, qui partira peu de temps après). Mais dès le troisième album sorti, Fagen et Becker ont décidé de...virer tout le monde, d'arrêter de faire des concerts, et de recruter le meilleur des meilleurs des meilleurs of the best des musiciens de studio de la scène californienne (étant new-yorkais, l'atmosphère californienne ne leur plaisait pas trop, mais ils ont tenu bon) pour leurs albums suivants. Afin de sortir les meilleurs, les plus parfaits albums de pop-rock qui soient. Des perfections sonores. Fagen et Becker ont réussi leur pari, tout en se taillant une réputation de perfectionnistes ultra-chiants, limite tyranniques. En 1977, Aja explose tout, malgré que ça soit aussi et surtout l'année du punk-rock, genre totalement à l'opposé de Steely Dan. En 1980, après un Gaucho du même tonneau, le "groupe" se sépare, Fagen et Becker, apparemment, s'engueulent un peu. Fagen sort son premier album solo en 1982, l'immense The Nightfly. Son deuxième album, il ne le sortira qu'en 1993.

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Ce deuxième album, c'est celui-ci, Kamakiriad, produit par Walter Becker, c'est d'ailleurs la première collaboration entre les deux anciens compères depuis 1980 (l'année suivante, en 1994, Becker, hélas décédé en 2017, sortira son premier opus solo, produit en partie par Fagen, et Steely Dan refera deux albums studio, en 2000 et 2003). Long de 50 minutes (mais ne proposant que 8 titres qui, en terme de durée, vont de 5 minutes pour les plus courts à 8 minutes pour le plus long), Kamakiriad, dont le titre vient du kamakiri, nom japonais pour la mante religieuse, est un album conceptuel qui raconte une histoire futuriste, le voyage du narrateur dans une voiture high-tech baptisée Kamakiri. Mais, sincèrement, bien que le concept soit bien mis en avant par Fagen dans le livret du CD, on s'en contrefout un peu (ce qui est dommage, certes, mais, hey, que voulez-vous), préférant se concentrer sur les mélodies que sur les paroles (pourtant vraiment bien troussées, avec ce fameux humour cynique propre à Fagen et Steely Dan, groupe dont le nom vient du Festin Nu de William Burroughs, roman dans lequel Steely Dan est le nom d'un godemiché. Hé oui.). L'album a donc été produit par Becker, et vous vous doutez bien qu'il joue aussi sur le disque (guitare lead, et de la basse).On a aussi Randy Brecker, Larry Feldman, Paul Griffin, Lou Marini, mais l'essentiel des musiciens (et choristes) ne sont pas des plus connus. 

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Un p'tit sourire pour la photo ? Non ? Bon, tant pis

Kamakiriad n'est peut-être pas le meilleur album solo de Donald Fagen (qui joue, ici, des claviers en plus du chant), car entre le concept qui alourdit un peu l'ensemble (à condition de s'y intéresser, ceci dit) et la durée parfois fatigante de certains titres (On The Dunes, 8 minutes ; Snowbound, 7 minutes ; Trans-Island Skyway, 6,30 minutes), on a affaire à un album un peu pesant, parfois. The Nightfly, son précédent opus, sorti 11 ans plus tôt, pour le même nombre de titres, durait moins de 40 minutes et était totalement consommable (I.G.Y., putain !). Mais attention, bien que longuet, bien qu'un tout petit peu inégal (les 8 titres sont souvent excellents, mais on a des différences de niveau, tout de même), Kamakiriad est un bon album, et en même temps, je vois mal comment Fagen pourrait nous livrer un mauvais album, même en essayant très fort. Mais l'album (et sa pochette montrant le tableau de bord d'une voiture et le visage très souriant (ironie, quand tu nous tiens) de Fagen sur un petit écran de TV) marque un peu ses limites : il a essayé le concept, chose totalement absente du moindre album de Steely Dan (leurs albums n'ont pas besoin de raconter une histoire pour tenir en haleine leurs auditeurs), et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça ne fonctionne pas totalement. Mais bon, prises pour ce qu'elles sont (des chansons), les chansons de l'album, globalement, tiennent parfaitement la route ! Et quelle production, aussi !

Trans-Island Skyway

Countermoon

Springtime

Snowbound

Tomorrow's Girls

Florida Room

On The Dunes

Teahouse On The Tracks