81oDiFJodeL

Pour ce 360ème track-by-track, un album des Rolling Stones. Et ce disque, pour le groupe, il a une importance particulière. Il faut comprendre. L'année d'avant, en 1967, les Stones avaient pondu Their Satanic Majesties Request, leur Sgt Pepper à eux, donc en plus méchant, et ça s'était soldé par un accueil très froid. Aussi bien de la part de la critique que du public. La popularité des Stones en avait pris un sacré coup par la gueule. Le groupe lui-même a longtemps chié sur ce skeud, l'estimant totalement raté. Après ce cuisant échec, les Stones reviennent aux sources en quelque sorte. Et pourtant, il a bien failli ne pas voir le jour. La raison ? La pochette. Jugée incommodante, les Stones, de très mauvaise grâce, ont accepté que leur album sorte sous une pochette extrêmement plus neutre. A rapprocher de celle du Double Blanc. Bon, maintenant, on va voir ce qui se cache derrière tout ça.

Sympathy For The Devil : L'album a un défaut : celui de s'ouvrir, et ce n'est pas pour faire injure aux autres chansons, par son sommet absolu. Car là, les mecs, on est en présence de l'une des plus grandes chansons des Stones, tout simplement. Tout est parfait de la première à la dernière seconde. 6'27 au compteur. 6'27 parfaites. Magistrales. Pour bien coller avec la chanson, je dirais simplement : bienvenue en enfer !

No Expectations : Baignée par la guitare accoustique de Keith Richards, laquelle reçoit plus tard le soutien du piano tenu par Nicky Hopkins, cette chanson est une complainte bien sinistre dont on peut considérer qu'elle jette les bases de ce que sera la reprise de Love In Vain qui le groupe fera l'année d'après sur Let It Bleed, autre sommet stonien. Pas d'attentes (traduction du titre) ? Excellente chanson. 

Dear Doctor : Ce n'est un secret pour personne : la musique des Stones a été très très souvent inspirée par le blues. Pour ne pas dire toujours. On en retrouve ici quelques inflexions, mais le ton de la chanson reste quand même très country. Plus tard, Jagger en parlera comme d'un pastiche. Très bonne chanson, mais un cran en-dessous des deux précédentes. 

Parachute Woman : Si Dear Doctor n'avait que des inflexions blues, Parachute Woman, elle, est carrément blues. Blues-rock pour être tout à fait exact. Et, c'est une chanson bien salace avec des paroles ouvertement sexuelles. L'harmonica (joué par Jagger) y est juste génial. Cette chanson est souvent un peu sous-estimée, certes, elle n'est pas le sommet de l'album, mais elle est quand même foutrement excellente. Une des mes chouchouttes. 

Jigsaw Puzzle : Voilà une chanson qui divise fortement. Deux camps s'opposent : ceux qui trouvent la chanson géniale et ceux qui l'estiment répétitive, faible mélodiquement et trop longue. Répétitive, oui, c'est vrai qu'elle est et que, musicalement, elle n'est pas très fouillée. Mais, la richesse musicale n'a jamais bien été la priorité première des Stones. Moi, j'estime que cette chanson est efficace comme un coup de trique et que sa guitare électrique, bien saignante, lui donne une couleur bien particulière. Verdict ? 6'06 de très haut niveau ! 

Street Fighting Man : Un des plus grands moments de l'album malgré une courte durée (3'15). Il s'agit d'une chanson quelque peu politisée, mais façon Stones. C'est-à-dire bien cynique et agressive. En clair, l'exact opposé du Revolution des Beatles. Pas de blues ou de country ici. Juste du rock stonien avec quelques notes indiennes qui s'échappent de la tampura et du sitar de Brian Jones. 

Prodigal Son : Il en fallait bien une. De quoi ? Une chanson un peu moyenne. La seule à ne pas être signée Jagger/Richards, car il s'agit d'une reprise d'un vieux blues pur et dur. Pour ma part, je n'ai jamais pu m'empêcher de faire un rapproché entre celle-là et You Gotta Move (présente sur Sticky Fingers). Dans le genre blues pur et dur, le groupe fera bien mieux avec I Got The Blues, composée par Jagger et Richard et elle aussi présente sur Sticky Fingers

Stray Cat Blues : Il m'a fallu un moment pour m'en rendre compte et, un jour, ça m'a sauté à la gueule : l'introduction est quasiment la même que celle de Heroin du Velvet Underground. Mais, la ressemblance entre les deux chansons, s'arrête évidemment là. On tient là une chanson très provocatrice racontée du point de vue d'un homme que l'on devine être d'âge mûr et qui aime se taper des groupies de 15 ans, tout en expliquant qu'il n'y a aucun mal à ça. L'Angleterre étant à l'époque un pays bien puritain, je me demande comment cette chanson a été perçue. C'est une vraie bonne chanson. Le niveau remonte après un Prodigal Son quelque peu décevant. 

Factory Girl : Celle-là, c'est un cas à part. Elle a beau être excellente, il faut un certain temps pour l'aimer réellement. Les premières écoutes ne sont jamais concluantes avec cette chanson. Il faut persévérer. La raison ? Sa couleur hautement country mêlée à un petit côté folklorique de l'est de l'Amérique du Nord. Et, les percussions que l'on entend sont des percussions indiennes (tablas), mais frappées par des baguettes ce qui explique ce son inhabituel. Il faut un peu de temps donc pour dompter cette chanson, mais quand c'est fait, c'est fait. Et on ne s'en lasse plus. 

Salt Of The Earth : Dixième et dernière chanson de l'album. Et c'est à nouveau un grand moment. Là, les mecs, le doute n'est pas permis une seule seconde : cette chanson est un prémice à ce que sera You Can't Always Get What You Want sur Let It Bleed. La raison ? La présence d'un groupe de choeurs de Los Angeles soutenu par le piano d'Hopkins. On retrouve exactement la même chose, en plus développée sur la chanson précédemment citée qui, elle aussi, et ce n'est pas un hasard, conclue l'album sur lequel elle se trouve. Ce sel de la terre : excellente chanson qui achève très bien ce banquet de mendiants.

Comme vous l'avez vu, malgré une chanson moyenne (la septième), on est en présence d'un sommet des Rolling Stones. Et, qui dit sommet, dit indispensable. Pour ma part, il s'agit de mon deuxième album préféré des Cailloux... derrière Let It Bleed justement et devant... tenez vous bien... le maudit Their Satanic Majesties Request. Ce Beggars Banquet, si vous ne l'avez pas, vous savez ce qu'il vous reste à faire. 

Face A

Sympathy For The Devil

No Expectations

Dear Doctor

Parachute Woman

Jigsaw Puzzle

 

Face B

Street Fighting Man

Prodigal Son

Stray Cat Blues

Factory Girl

Salt Of The Earth