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Si vous vous y connaissez un peu en rock des années 70, il est ma foi fort posible que ce groupe vous dise quelque chose ; après tout, en 1977, ils ont sorti un live (connement intitulé Live, d'ailleurs, mais fallait oser) qui sera une grosse, grosse vente (leur plus importante) et est considéré, malgré qu'il ne soit que simple album (et pour un live, c'est presque dramatique), comme un des plus grands lives de tous les temps. Ce groupe, sinon, britannique et signé sur un label américain (Bearsville Records, le label d'Albert Grossman, qui fut manager de, notamment, Bob Dylan et du Band), c'est Foghat. Un groupe fondé en 1971, et ce disque, sorti en 1972 sous une bellle pochette sépia les montrant devant une maison en pierres, est leur premier, et il ne porte pas de titre. Foghat, donc. A noter que leur deuxième album, sorti en 1973, n'aura, lui aussi, pas de titre, ce qui est galère pour les recherches internet sur les sites de vente (je suis tombé sur des annonces pour le second album, surnommé Rock And Roll, avec le visuel du premier opus, mais le vendeur certifiait qu'il s'agissait bien du second album). Bon, de toutes façons, je ne possède pas le second album, et je n'ai pas forcément l'intention de le posséder tout de suite, même s'il doit être bien. S'il est aussi bien que le premier opus, alors, c'est qu'il est plus que bien, c'est qu'il est génial.

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Verso de pochette (sur le pressage original, il n'y à pas de bordure marron)

Car ce premier Foghat est, vraiment, un album génial. Présent dans le Collector de Philippe Manoeuvre, et c'est ainsi que je l'ai découvert (mais je connaissais le groupe de nom), c'est un disque de boogie-rock qui n'a rien à envier aux meilleurs opus de Status Quo (de la même époque, soit des albums comme Dog Of Two Head ou Piledriver), mais en nettement mieux. Le groupe est constitué de quatre membres, il suffit de compter les bonhommes sur la pochette, ah ah, pour s'en rendre compte : Dave Peverett (chant, guitare rythmique) ; Rod Price (guitare, slide, dobro) ; Tony Stevens (basse, choeurs) ; et Roger Earl (batterie, percussions). Stevens ne fait plus partie du groupe depuis 2005 ; Earl en fait toujours partie ; les deux autres, hélas, sont décédés. On notera la participation, sur ce premier album, de Dave Edmunds aux guitares additionnelles, et, en choriste occasionnel, d'Andy Fairweather-Low, qui se fera connaître, par la suite, comme guitariste et choriste accompagnateur de Roger Waters et Eric Clapton (notamment). Foghat, sorti en 1972, long de 38 minutes pour 9 titres, a été produit par Dave Edmunds, justement, et il s'ouvre sur une reprise (d'ailleurs, des reprises, l'album en compte 3) monumentale, gigantesque, fantasbuleuse, du I Just Want To Make Love To You de Willie Dixon, qui, apparemment, marcha assez bien à sa sortie. Cette version de la chanson, moins puriste blues que celle, disons, des Rolling Stones, ferai bander un timbre-poste non-oblitéré de la République Démocratique d'Allemagne de 1978, ou un mort, ou Chantal Goya, mais en tout cas, elle ferait bien bander quelque chose. Après une intro un peu bruitiste dans le genre attendez, on accorde nos instruments, déboule un riff mortel, du genre à ne pas quitter votre cerveau pour le reste de la décennie. Le chant de Peverett est génial, une voix jeune mais pas irritante, qui n'en fait pas trop (il me semble que Peverett est celui qui, sur la pochette, est le plus rapidement visible, au centre, debout, souriant, en noir), est total raccord. 

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Après un tel morceau, on peut frémir, car c'est tellement génial, tellement butant, que si le reste est du même niveau, on a affaire à un album légendaire. Or, Foghat premier du nom n'a pas été une vente d'album monumentale (comme je l'ai dit, le Live de 1977 l'a été, lui, et reste vraiment LE disque de Foghat pour ceux qui ne connaissent que vaguement ce groupe trop méconnu). Il s'est bien vendu, mais en 1972, la concurrence était rude (Bowie, Rolling Stones, Lou Reed, Santana, Alice Cooper, Deep Purple, j'en passe). Cette première chanson, sortie en single, a apparemment cartonné, et c'est logique, elle est mortelle. La suite de l'album est quasiment du même tonneau : deux titres sont aussi grandioses, Leavin' Again (Again !) et la reprise de Gotta Get To Know You (qui dure presque 8 minutes). Le reste ? Une très bonne reprise du Maybelline de Chuck Berry et des morceaux franchement sympathiques, enthousiasmants, pas forcément grandioses (A Hole To Hide In, Sarah Lee), mais strictement rien de mauvais ici, du bon boogie-rock un peu bluesy, un peu hard mais pas trop, super bien interprété et produit, l'album sonne super bien, probablement aussi bien en 2019 qu'il ne sonnait en 1972. Bref, si vous aimez le bon vieux rock, Foghat, c'est un disque à écouter. 

FACE A

I Just Want To Make Love To You

Trouble, Trouble

Leavin' Again (Again !)

Fool's Hall Of Fame

Sarah Lee

FACE B

Highway

Maybelline

A Hole To Hide In

Gotta Get To Know You