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Pour ce 359ème track-by-track, un album des Beatles. Et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de leur premier vrai chef-d'oeuvre. Lorsqu'ils sortent Rubber Soul, album de transition (on est entre deux eaux : on a encore du Beatles classique, mais les expérimentations commencent) en 1965, les Fab Four sont au sommet du sommet de leur popularité. Ils tournent partout dans le monde. Remplissent des stades et tout le bordel et leurs concerts sont le théâtre d'hystéries et débordements en tous genre. Mais bientôt, ils arrêteront, n'en pouvant plus de tout ce foutoir. Toujours est-il que, depuis le début de carrière, s'il y a eu de très bons disques (A Hard Day's Night et Help), la première pièce maîtresse se fait attendre. Rubber Soul sort et en plus d'être un succès colossal, traumatise la scène pop-rock de l'époque. Je me dois de dire la vérité : jusqu'il y a encore un an, j'adorais cet album bien sûr, mais je le trouvais imparfait. Une écoute récente m'aura fait changer d'avis. Maintenant, c'est une tâche ardue qui m'attend : tout comme Revolver, parler de ce disque en prenant soin de bien faire ressortir son lustre. Go !

Drive My Car : Rubber Soul s'ouvre donc sur un classique Beatlesien en diable. Un putain de rock bien tonique, composé par Macca. qui démarre avec un riff bien saignant rejoint par la basse lourde Macca. Et que dire de ce refrain ultra connu mais toujours aussi bon rythmé par des accords de piano mémorables ? Le tout sur un texte humoristique. Immense chanson. Indémodable.

Norwegian Wood (This Bird Has Flown) : Une chanson ultra importante dans l'histoire de la musique pop. En effet, il s'agit de la toute première à inclure des sonorités indiennes. Sitar et tampura. Mais les Beatles iront plus loin dans le genre dès l'album suivant. Sinon, on reste quand même bien dans la folk avec une influence plus qu'évidente du Barde. Une pure merveille avec une dernière phrase (I lit a fire) à double sens. Une pure merveille signée Lennon mais qui a deux défauts : une courte durée... on aurait aimé que ce chef-d'oeuvre dure plus longtemps et surtout celui d'avoir été reprise par Stone... je reviens, je vais vomir.

You Won't See Me : Macca is back ! C'est lui qui a écrit et composé cette chanson. Et, c'est une chanson d'amour. Mais qui diffère totalement des chansons d'amour que les Beatles avaient écrites jusqu'à présent. C'est beaucoup plus mature. Aussi bien au niveau du texte que de la musique. C'est encore une fois une excellente chanson qui, malheureusement a été aussi reprise par Stone... Je vais vomir une deuxième fois, attendez-moi.

Nowhere Man : Une chanson autobiographique signée Lennon. Beatle John commençait à écrire des chansons plus personnelles, plus sombres, plus matures aussi. L'idée de la chanson lui est venue un soir où il n'arrivait pas à pondre une ligne, il s'est allongé sur son pieu et a eu l'impression, à cet instant là, d'être un homme de nul part et vivant dans un pays n'existant pas. Une superbe chanson. Une des plus belles chansons de son auteur carrière Beatles et solo confondues.

Think For Yourself : Signée Georgie Boy. Et qui, dans son texte, est sous l'influence de Bob Dylan car contestataire, même si Harrison, quelques années plus tard, avouera ne plus se souvenir qui il avait pris pour cible lorsqu'il a écrit et composé cette chanson. Musicalement, elle se distingue par l'utilisation d'une fuzz-box sur la basse de Macca, créant un effet de distorsion. Aucune fausse note, un refrain qui reste bien en tête. Bref, une excellente chanson.

The Word : On est à nouveau en présence d'une chanson importante dans l'histoire de l'évolution de la musique pop. Ici, un harmonium est utilisé à deux reprises, donnant donc un nouvel effet musical. Par la suite, bien d'autres groupes s'engouffreront dans la brèche. La chanson, assez philosophique dans son message et dans laquelle on peut voir un prémice à All You Need Is Love, est un peu moins percutante que les 5 précédentes. Mais c'est quand même une très bonne chanson. De toute façon, il n'y aucun rejet à faire sur Rubber Soul.

Michelle : Autre classique Beatlesien en diable. Une petite ballade acoustique qui se distingue par quelques paroles en français. Macca ne se démerde pas si mal pour chanter dans la langue de Molière. Sinon, bordel, vous n'imaginez pas à quel point j'ai eu du mal à aimer cette chanson. Maintenant c'est chose faite, mais qu'est-ce qu'elle m'aura résisté la garce ! Sacrée Michelle !

What Goes On : Celle-là, elle ne date pas vraiment des sessions de l'album. Elle a été enregistrée ultérieurement en 1963, mais est restée à l'état de démo, alors qu'il manquait de matos, le groupe a décidé de la retravailler afin de la placer. Elle est la seule chanson de l'album à être chantée par Ringo la bonne pâte qui est d'ailleurs crédité en tant que co-compositeur. Et, il n'y a rien d'étonnant là-dedans car la chanson a des accents country plus qu'évidents. Et on sait que Ringo a toujours été un amateur de country. Cette chanson est très souvent boudée, bien sûr, elle n'est pas le sommet de l'album, mais je la trouve bien trop sous-estimée.

Girl : Encore un classique Beatlesien. Et pourtant, il a été fait à l'arrache, il manquait du matos pour compléter l'album et il ne restait que très peu de temps pour enregistrer. Ici, Lennon parle d'une nana qui lui en fait voir de toutes les couleurs. On est clairement dans une inversion des rôles étant donné qu'à l'époque, Lennon baisait à couilles rabattues et en faisait voir à sa femme par la même occasion. La fille de la chanson est comme le double du binoclard. Sinon, cette chanson, en plus d'être une réussite (la guitare à 12 cordes de Georgie Boy est mémorable) est aussi un peu coquine. On y entend des soupirs et des tit-tit-tit (en gros : nichon, nichon, nichon) et personne n'a jamais rien capté. Mais bon, ça reste très très soft à côté du Squeeze my lemon till the juice runs down my leg de Led Zep dans The Lemon Song.

I'm Looking Through You : Nouvelle chanson d'amour, signée Macca. Une chanson d'amour oui, mais pleine d'amertume. Macca semble insatisfait de l'état de sa relation avec sa gonzesse de l'époque. You don't look different, but you have changed... Ce sont ces quelques mots qui caractérisent bien la chanson dans le message qu'elle veut faire passer. Sinon, musicalement, c'est un petit folk-rock du meilleur effet.

In My Life : La perfection. Le sommet absolu de Rubber Soul. Signée Lennon, cette chanson est une tuerie mélancolique belle à en pleurer. Sur le plan musical, elle se distingue par ce solo de piano ralenti puis accéléré sonnant comme un clavecin. Je n'ai rien d'autre à dire tellement c'est beau. Le seul défaut de cette chanson, c'est d'avoir été reprise récemment (l'année dernière) par... (je sens les premiers symptômes de l'infarctus me gagner)... Sylvie Vartan... On me dit dans l'oreillette que, s'il en reste, les cendres de Lennon ont fracassé l'urne lorsqu'elles ont entendu ce massacre. Laisser cette Vartan à la noix reprendre les Beatles... il y a vraiment des condamnations en prison qui se perdent.

Wait : L'exemple parfait de la chanson bouche-trou. Elle a été foutue là pour finir de compléter l'album. Elle date en réalité des sessions de Help, mais avait été mise au placard. Pour les besoins de Rubber Soul, ont été seulement rajoutés une guitare, des maracas et quelques vocaux. Mais, même si c'est la chanson qui marque le moins, elle n'est pas mauvaise pour autant. Ni même moyenne. Sur cet album, au pire, les chansons sont bonnes, au mieux, elles sont chef-d'oeuvresques. C'est pour dire le niveau.

If I Needed Someone : Georgie Boy is back ! C'est lui qui est l'auteur de cette chanson bien rock et bien énérgique, encore bien dans le style Beatles première période et qui se distingue par son riff de guitare électrique à 12 cordes, inspiré des Byrds. Lesquels avaient été également auparavant inspirés par Harrison. Les artistes sont de vraies éponges, c'est bien connu. Très bonne chanson qui, au moment où elle sort, est la composition la plus aboutie d'Harrison.

Run For Your Life : Lennon a dénigré cette chanson. Allant même jusqu'à dire qu'il regrettait de l'avoir écrite. Et, je me demande bien pourquoi. Je suis d'accord pour dire que ce n'est pas le sommet de l'album, mais merde, quand même, c'est un bon folk-rock, bien remuant et bien efficace. Bonne introduction à la guitare, un bon riff et une bonne ligne de basse. Je n'ai jamais compris pourquoi cette chanson est autant sous-estimée et surtout autant détestée de son créateur. 

Voilà pour ce premier vrai grand cru des Beatles. Comme vous l'avez vu, aucune mauvaise chanson, aucune chanson ne serait-ce que moyenne. Aucun rejet à faire. Bien sûr, le groupe fera mieux après (Revolver), mais ce disque est absolument indispensable. Il n'est pas possible d'imaginer une discothèque sans lui. Si vous ne l'avez pas, vous savez ce qu'il vous reste à faire !

Face A

Drive My Car

Norwegian Wood (This Nird Has Flown)

You Won't See Me

Nowhere Man

Think For Yourself

The Word

Michelle

 

Face B

What Goes On

Girl

I'm Looking Through You

In My Life

Wait

If I Needed Someone

Run For Your Life