E4

"Quand vous reformerez-vous ?

- Quand il gèlera en Enfer !"

C'est sans doute peut-être une légende urbaine, mais il paraît qu'un des membres du groupe aurait répondu ça à une question d'un journaliste, au sujet d'une éventuelle reformation des Eagles, séparés en 1980 après que diverses tensions internes aient fait tout capoter (dans les crédits de Eagles Live, en 1980, sont remerciés les avocats et conseils des membres du groupe). Pendant des années (14 ans), les Eagles ont poursuivi (ou entamé, pour certains) leurs carrières solo respectives. Walsh l'avait entamée en 1972 et la poursuivra, multipliant aussi les collaborations (en 1983, sa première, et pas la dernière, avec Ringo Starr) ; Frey l'a lancée en 1982, Henley l'année d'avant... Et puis, en 1994, vlan, le groupe se reforme, entre en studio et accouche de quatre morceaux. Puis organise un concert aux studios Warner de Burbank, concert pour la chaîne MTV, qui le filme. 10 titres du répertoire du groupe, un de la carrière solo de Henley. L'ensemble sort en 1994 sous la forme d'un album comprenant les quatre inédits et le concert, et, comme le groupe s'est reformé, il semblait logique de le baptiser Hell Freezes Over. Soit, traduit en bon vieux frouze, "L'Enfer est gelé". Qu'est-ce qu'on rigole. Le groupe est inchangé depuis The Long Run : Don Henley (chant, batterie, membre fondateur) ; Glenn Frey (chant, guitare, membre fondateur) ; Don Felder (guitare) ; Joe Walsh (chant, guitare, orgue) ; Timothy B. Schmit (basse, chant). C'est la dernière fois que Felder est sur un album des Eagles, il s'est en effet méchamment brouillé avec le groupe et ne participera pas à l'album de reformation de 2007 (qui, à l'heure actuelle, est leur dernier, et que j'aborderai bientôt), le double Long Road Out Of Eden.

E5

Que dire au sujet de Hell Freezes Over, sorti à l'époque, du moins en CD, sous le visuel ci-dessus, puis réédité sous le visuel du haut d'article ? En 72 minutes, on a ici un condensé du meilleur des Eagles, notamment en live. Les quatre inédits studio, qui occupent la première face vinyle, sont, il faut le dire, très bons, pas du grand art à chaque fois (Get Over It, bien rock, sera un hit mineur et est plutôt limité, basique, mais sympa, et The Girl From Yesterday est un peu mièvre), mais Learn To Be Still est une grande chanson, et Love Will Keep Us Alive, signée Schmit, sera classée N°1 aux USA et est vraiment sublime. Ces quatre inédits studio occupent 15 minutes sur les 72 de l'album, on a donc dans les 57 minutes de live. C'était formaté pour être filmé et télévisé dans le cadre d'une émission, donc la durée est limitée. Mais le groupe fera d'autres concerts. Je possède un coffret à moitié pirate de 6 CD des Eagles, proposant des concerts de 1974 (un CD), un petit CD de raretés live et radio, un de 1977 (en deux disques) et de 1994 (en deux disques). Sur celui de 1994, l'ensemble des quatre inédits est interprété, live, en version acoustique ou électrique. C'est d'ailleurs un concert donné, il me semble, le lendemain de celui présent sur Hell Freezes Over. Pour bien résumer ce concert des Aigles (je reparle, à partir de maintenant, de Hell Freezes Over, hein), c'est un set de 11 titres qui démarre en unplugged avant de virer, dans sa dernière partie (à partir de Take It Easy), à l'électrique pur.

E6

Le groupe, qui annonce sous les rires qu'ils ne s'étaient pas séparés mais avaient juste pris de longues vacances de 14 ans (qu'est-ce qu'on rigole, surtout qu'après leur tournée, ils ont encore pris de longues vacances de 13 ans), démarre le show par un Tequila Sunrise tout en sobriété, Glenn Frey est parfait. La première grosse viande arrive juste après, Hotel California, avec une belle intro hispanisante et un solo qui, bien qu'acoustique, respecte chaque note du solo de la version studio. Cette version acoustique est sans doute la plus belle que je connaisse de cette chanson. L'album studo homonyme est bien représenté ici, et les deux titres suivants en sont aussi issus : Wasted Time (touchant) et le Pretty Maids All In A Row de Walsh. Puis c'est à Schmit de nous offrir son sublime I Can't Tell You Why (de The Long Run) avant que Henley ne se permette (sur le concert que j'ai sur le coffret dont j'ai parlé plus haut, il se le permet deux fois !) une chanson issue de son album solo de 1989, The End Of The Innocence, en l'occurrence le génial New York Minute. Je vous renvoie sans indemnités à ma chronique de l'album de Henley, ou j'explique comment je l'ai découvert ; pour résumer, grâce à Hell Freezes Over ! The Last Resort, chef d'oeuvre absolu, suit, puis le groupe branche ses instruments sur l'électrique pour le quatuor final, Take It Easy (le premier hit, 1972), In The City (de Walsh, The Long Run), Life In The Fast Lane et un Desperado mythique en final. Il aurait été difficile d'imaginer In The City et Life In The Fast Lane en version unplugged, pas vrai ? Ce qui est fort dans ce live, c'est que la transition acoustique/électrique est tellement bien foutue qu'on ne s'en rend pas compte. D'un coup, on comprend que ce que l'on entend est électrique, mais à ce moment-là, ça fait peut-être déjà deux morceaux que c'est le cas ! Pour résumer, on a affaire ici à un concert légendaire par un groupe qu'on n'attendait plus et qui dépasse les espoirs. A écouter et réécouter jusqu'à ce qu'il gèle vraiment en Enfer. 

FACE A

Get Over It

Love Will Keep Us Alive

The Girl From Yesterday

Learn To Be Still

FACE B

Tequila Sunrise

Hotel California

Wasted Time

Pretty Maids All In A Row

FACE C

I Can't Tell You Why

New York Minute

The Last Resort

FACE D

Take It Easy

In The City

Life In The Fast Lane

Desperado