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Pour ce nouvel article du cycle Cat Stevens (on en est pile poil à la moitié), on arrive gentiment à l'année 1974, une année au cours de laquelle Cat sortira non pas un, mais deux albums (comme en 1970 donc). Le premier de ces deux albums et un disque studio, son huitième, un album qui, bien souvent, est assez mal considéré par la critique et les fans : Buddha And The Chocolate Box. Un album court (32 minutes, 9 titres) qui fait suite au plutôt exigeant Foreigner de 1973, qui marchera relativement bien mais qui fut assez éreinté par la critique, qui trouvait sans doute qu'avec ce disque de seulement 5 titres (dont un de 18 minutes !), Cat Stevens osait un peu trop de choses, allait un peu trop loin par rapport à ce qu'on lui demandait à la base, c'est à dire, de n'être qu'un simple petit chanteur de folk et de ne pas faire chier. Mais c'était trop demander, surtout quand on sait à quel point la question de la spiritualité, des religions, est importante pour lui, depuis bien des années. Avec Catch Bull At Four (1972), mon album préféré de lui comme j'ai eu l'occasion de le dire avant-hier, Cat faisait déjà de premières allusions à la spiritualité (bouddhisme zen avec le titre de l'album, méditation). Avec ce nouvel album, court mais intense, imprégné de pop et de soul, enregistré en février 1974 à Londres et sorti un mois plus tard, il récidive. La pochette montre, sur fond bleu, une statue de Bouddha. Au verso, un petit cartoon sans paroles, dessiné par Cat, on y voit un jeune moine bouddhiste arpentant la nature, et tombant sur une araignée jouant de la flûte. En l'écoutant, il rêve à une boîte de chocolats, qu'il ouvre, pour constater qu'elle est pleine de petits chocolats en forme de Bouddhas. Affolé par un tel sacrilège, il s'éloigne de l'araignée ! C'est franchement bien dessiné. 

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La pochette ouverte, le disque, la sous-pochette

La pochette, ouvrante (l'ouverture pour la sous-pochette est non pas au bord, mais à l'intérieur, il faut ouvrir la pochette comme un livre pour en sortir le disque), montre des motifs abstraits et la sous-pochette propose d'un côté les paroles, et de l'autre l'intérieur d'une boîte de chocolats en forme de Bouddhas, recouverts de papier doré sauf pour l'un d'entre eux, déballé. On ne s'étonnera pas de la présence de Bouddha aussi bien visuellement que dans le titre de l'album (et un titre s'appelle Jesus !), vu l'attrait de Cat Stevens pour les religions. Mais une boîte de chocolats ? Cat Stevens expliquera ça par la suite : un jour, il est dans un avion, en route vers un concert à donner. Il a, dans une main, une boîte de chocolats, et dans l'autre, aussi étonnant que ça puisse paraître, une petite statue de Bouddha. Et il se dit que si jamais l'avion se crashe, on le retrouvera sans doute avec ces deux artefacts assez éloignés l'un de l'autre, et qu'il serait, dans un sens, coincé entre le spirituel et le matériel. C'est, selon lui, le fil rouge de l'album, qui est une étape de plus vers ce qu'il deviendra quelques années plus tard (notons au passage que ceux qui pensent que Cat fait du prosélytisme se plantent largement ; il en fera certes par la suite avec ses albums les plus récents, sortis après sa conversion à l'Islam sous le nom de Yusuf, mais ce n'était pas le cas du tout pour ses albums d'avant et de juste après sa conversion, la période concernée par le cycle). 

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Court, donc, Buddha And The Chocolate Box offre un des plus gros hits de Cat Stevens, Oh Very Young, pure petite splendeur à la Morning Has Broken. C'est de loin la chanson la plus connue de l'album, lequel a été enregistré avec les musiciens habituels de Cat (Alun Davies, Jean Roussel, Gerry Conway) et est produit par Cat et Paul Samwell-Smith. Moyennement reçu à sa sortie, sans doute considéré comme un pas en arrière après un disque assez recherché, l'album offre de grandes chansons méconnues. Comment oublier la majestueuse beauté de Sun/C79, de King Of Trees, Home In The Sky et de Music, une fois ces morceaux entendus une paire de fois ? Un des morceaux s'appelle, je l'ai dit, Jesus, et Cat parle de lui, mais aussi de Siddharta Gautama, vrai nom de Bouddha. Musicalement, l'album est dans l'air de son temps, proche des sonorités pop-rock et soul par moments, tout en restant du domaine folk-rock. Vocalement, Cat Stevens chante aussi bien que d'ordinaire, sa voix est toujours aussi magique. Pour être tout à fait honnête, je n'ai jamais compris pourquoi cet album était aussi mal-aimé des fans et de la presse ; c'est, en ce qui me concerne, mon second préféré, juste derrière Catch Bull At Four, ces deux albums sont les seuls que je me suis payé en CD, en plus de les avoir (comme tous ceux de la période 1970/1978) en vinyle d'époque. Un disque certes un peu trop court, mais sublime, dont je ne me lasse pas. Plus tard au cours de la même année 1974 (laquelle est une de mes années préférées, pour l'anecdote, pas mal de mes albums de chevet datent de cette année, je ne vais pas tous les citer, mais il y à Get Up With It, Red, The Silent Corner And The Empty Stage, Radio City, No Other et Country Life, notamment, et cet album de Cat), Stevens nous offrira un autre album, j'en parle demain, mais cet autre album, tout le monde n'y aura pas droit !

FACE A

Music

Oh Very Young

Sun/C79

Ghost Town

Jesus

FACE B

Ready

King Of Trees

Bad Penny

Home In The Sky