CS13

On continue dans le cycle consacré à Cat Stevens. On l'a vu hier, le Cat n'a pas hésité à mettre ses couilles velues en avant, avec Catch Bull At Four, son précédent opus, qui non seulement était son premier album vraiment qualifiable de folk-rock, mais aussi le premier de ses albums à oser aborder, même si ce n'était pas sur l'ensemble des chansons, le thème de la spiritualité et des religions. Le titre même de l'album était une allusion directe au bouddhisme. Et croyez-moi, le Cat, il ne va pas s'arrêter là, en si bon chemin. La preuve ? Son album suivant. Septième album studio de Cat Stevens, Foreigner date de 1973. Cat l'a enregistré en mars, en deux endroits bien différents : les studios Atlantic de New York, et les studios Dynamic de Kingston, en Jamaïque. L'album, produit non pas par Paul Samwell-Smith contrairement aux précédents, mais par Cat Stevens lui-même, est sorti en juillet, dure 36 minutes, et ne contient que...5 titres. Dont un qui occupe la face A dans son intégralité ! Cest un album que l'on ne peut, décemment, qualifier par le simple terme de folk-rock. Foreigner ("étranger"), que Cat Stevens a baptisé ainsi en raison de son statut d'exilé fiscal au Brésil à l'époque, est un disque de folk-rock progressif baroque influencé par Stevie Wonder et le rhythm'n'blues. Pour ce disque, Cat a temporairement cessé sa collaboration avec son guitariste Alun Davies (mais Jean Roussel et Gerry Conway sont, eux, toujours là), et a collaboré avec Herbie Flowers, Bernard Purdie, Phil Upchurch et Paul Martinez. 

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L'album marchera plutôt bien, sans casser la baraque à frites, il se classera N°3 aux USA et en Angleterre. En revanche, les critiques, qui avaient assez bien accueilli le précédent opus, ont été plutôt méchants avec ce disque qui, il faut bien l'avouer, est assez difficile à classer au premier abord, sous sa pochette blanche et sobre (mais au verso, une photo bien ensoleillée d'un parasol naturel et d'un hamac). L'album est sorti sous une pochette simple, avec un insert cartonné proposant les paroles et un dessin, relativement moche, et probablement signé Cat Stevens. L'album offre donc un morceau occupant une face entière, la première : Foreigner Suite, d'une longueur de 18 minutes. Il ne s'agit pas vraiment d'une suite de morceaux, mais de thèmes (d'ailleurs, sur l'insert, il est indiqué, scrupuleusement, par blocs, quand démarre et se termine telle ou telle partie, et qui joue de quoi sur ces segments, qui sont tellement bien imbriqués qu'on ne se rend limite pas compte qu'il s'agit d'un assemblage). Il paraît qu'un des segments, vers la fin (vers la 14ème minute), aurait été plagié par Coldplay pour leur Viva La Vida, il y à même eu un procès. Il est vrai qu'on note des ressemblances parfois flagrantes. Il semblerait qu'un morceau de Paul Anka, datant de 10 ans après l'album de Cat Stevens, ait aussi été concerné, dans le genre plagiat inconscient. Après, on sait bien qu'il est difficile, surtout maintenant, d'écrire quelque chose de totalement original...

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La Foreigner Suite qui occupe toute la face A est incontestablement le sommet de l'album, le contraire aurait été aussi étonnant que dramatique (quel gâchis de vinyle ça aurait été, sinon !), mais n'allez pas croire que la seconde face, qui offre donc (pour une durée similaire), 4 titres, n'est pas bonne. Oh, que non. Rien que pour The Hurt et Later, elle mérite autant de kudos que la Foreigner Suite (que Cat interprètera en live une fois, au cours d'une émission spéciale live de 90 minutes - au cours de laquelle il interprètera aussi d'autres morceaux, hein, c'est pas la Foreigner Suite qui faisait, ici, 90 minutes ! - pour la chaîne de TV ABC), elle n'offre que des merveilles douces-amères comme Stevens avait l'habitude de nous en offrir (How Many Times). On notera que le relatif insuccès de l'album, surtout critique, n'entraînera pas de tournée promotionnelle pour l'album, Cat Stevens ne refera une tournée que pour son album suivant, qui sortira en 1974 et que j'aborde demain. Un album qui, au passage, est un de mes préférés de lui (mon second préféré, précisément), à la différence de ce Foreigner que j'aime beaucoup, mais que je n'écoute, je dois l'avouer, pas aussi souvent que les autres. Sans doute parce qu'il est moins attrayant au premier abord, et que son long morceau-titre de la face A possède quelque chose d'un peu intimidant. Mais c'est un remarquable album (un de plus) de Cat Stevens. 

FACE A

Foreigner Suite

FACE B

The Hurt

How Many Times

Later

100 I Dream