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Et on arrive donc à mon album préféré de Cat Stevens pour cette quatrième chronique du cycle...qui aborde, le cycle ayant démarré avec le troisième album, son sixième album studio (et sixième tout court, d'ailleurs). Un disque plus long que les précédents, sans être toutefois d'une longueur monumentale : il dure, en effet, un petit peu moins de 40 minutes. Mais Catch Bull At Four a beau durer plus longtemps que la demi-heure bien tassée de Teaser And The Firecat (il dure 7 minutes de plus), son écoute passe tout aussi rapidement que celle de l'album de 1971, tant la musique y est sublime. Enregistré en mai 1972 (pour une fois, Cat n'a pas enchaîné les albums, voir, dans les précédentes chroniques, les dates de sortie et d'enregistrement des albums, quasiment du à la suite) entre Londres (Morgan Studios), l'Oxfordshire (The Manor Studio) et la France (Château d'Hérouville, à une douzaine de bornes de chez moi), Catch Bull At Four a été enregistré avec les mêmes musikos que le précédent opus (Alun Davies, Gerry Conway, Jean Roussel), plus le bassiste Alan James, qui, tous quatre, ont l'honneur d'être en photos individuelles dans la pochette intérieure (avec les paroles des chansons, dans le désordre, sur l'autre pan de pochette). Cat, lui est sur une grande photo prenant toute la pochette verso, tandis que le recto est  une illustration en médaillon central sur un mur bicolore (blanc et gris), un jeune moine tibétain, enfant, tenant un taureau par la tête. Illustration parfaite du titre de l'album, lequel est une variation sur un des "Dix Taureaux du Zen", une série de dix poèmes illustrés et racontant les étapes de l'ascension du fidèle bouddhiste vers la libération et son retour vers la société. Le quatrième Taureau est "le Taureau attrapé". Soit taureau attrapé au quatre, pour traduire le titre de l'album.

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Verso de pochette

Sur les précédents opus, Cat chantait, jouait de la guitare sèche et un peu de claviers. Ici, c'est clairement précisé qu'il joue de la guitare sèche et électrique, des percussions, du piano, Wurlitzer, synthétiseur, orgue, mandoline et même de la batterie ! Avec cet album, Stevens ose enfin vraiment l'électrique, et on peut parler, ici, de folk-rock plutôt que de folk pure et dure. Rien de vraiment rock cependant, rien à voir avec du Bob Dylan de l'époque Blonde On Blonde. Catch Bull At Four, bien accueilli par la presse et le public, marchera bien dans les charts malgré (et ça sera reproché, dans un sens, à Cat dans les critiques de l'époque) l'absence de single fédérateur du genre Wild World ou Morning Has Broken. Une seule chanson sortira en single, en 1973 (l'album sort en septembre 1972, au fait, c'est pour vous dire à quel point Cat a attendu avant de sortir un single tout sauf promotionnel), Sitting, chanson qui ouvre l'album et qui parle de méditation. Je pense qu'au moment où cette chanson est sortie en single, Cat était déjà en train d'enregistrer (ou en tout cas, d'écrire) ce qui allait devenir son album suivant, Foreigner, dont je parlerai demain. C'est à partir de Catch Bull At Four que Cat Stevens va vraiment commencer à faire entrer ses intérêts pour les religions dans ses chansons. On le sait, en 1977 il se convertira à l'Islam, il est depuis, toujours, musulman (contrairement à Dylan qui, en 1979, de juif, se convertit au catholicisme, born-again, puis redevient juif en 1983), et a choisi comme nom musulman Yusuf Islam. Mais Cat, avant ça, s'intéressait à toutes les religions. Clairement, ici, le bouddhisme zen a eu, pour lui, de l'attrait, entre le titre, la pochette, et Sitting. Mais le superbe O' Caritas est en partie interprété en latin, langue assimilée à la religion chrétienne. Et Cat est en partie grec, et a peut-être été élevé dans la religion orthodoxe. Mais il est britannique, et, donc, peut-être protestant, en fait, à la base. Les religions, c'est compliqué. 

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Je n'ai pas vraiment suivi les paroles des 10 chansons à fond, me contentant d'écouter et de savourer chaque seconde de ce disque sublime, donc je ne pense pas que tout  Catch Bull At Four parle de spiritualité, mais ce qui est sûr, c'est que c'est un des thèmes de l'album. Lequel album, de Sitting à Ruins en passant par le très grec dans l'âme The Boy With A Moon & Star On His Head, le latinisant et solennel O' Caritas, et les magnifiques Angelsea et Sweet Scarlet,  est parfait de bout en bout. Notons cependant que l'album est sans doute moins immédiatement accrocheur que les trois précédents opus, qui étaient très directs, de la folk traditionnelle. Cat fera encore moins facile d'accès avec Foreigner (1973), j'en reparle demain, mais Catch Bull At Four mérite plusieurs écoutes pour être pleinement apprécié. Il est de loin mon grand préféré de Cat, celui que j'écoute le plus, mais je me souviens que ma première écoute était enthousiasmée, mais pas non plus délirante. Si j'avais du, après chaque première écoute des album de Cat, établir une liste par préférence, sur 10 albums, il aurait sans doute été quatrième. Après trois/quatre écoutes, il est clairement devenu premier, sans se forcer. Il y à une magie discrète dans les chansons de cet album, une atmosphère quasi impalpable. C'est vraiment un joyau méconnu qui mérite toute votre attention !

FACE A

Sitting

The Boy With A Moon  & Star On His Head

Angelsea

Silent Sunlight

Can't Keep It In

FACE B

18th Avenue (Kansas City Nightmare)

Freezing Steel

O' Caritas

Sweet Scarlet

Ruins