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Un potlatch, c'est une cérémonie indienne, un terme chinook qui signifie le partage, une cérémonie au cours de laquelle on va offrir à quelqu'un un objet ayant de l'importance pour soi (et pas nécessairement un objet de valeur pécunière) et recevoir, en échange, de cette personne, un objet ayant, pour lui, la même valeur. Le genre de cérémonie plus ou moins informelle que l'on voit beaucoup dans les westerns, aussi bien au cinéma que dans les BD du genre Blueberry, Lucky Luke ou Buddy Longway. En appelant ainsi leur deuxième album, le groupe de rock Redbone, symboliquement, donc, fait offrande de cet objet de valeur à leurs fans qui, en échange, leur offrent leur coeur. Redbone ? Vous vous souvenez, j'en avais parlé ici, via leur premier album, un double, sorti en 1970 et baptisé Redbone, justement. Redbone, un de mes groupes préférés du moment, a été fondé en 1969 et existe toujours, même si plusieurs membres fondateurs sont, hélas, morts depuis. Le groupe est entièrement constitué de membres de communautés native americans, des Indiens d'Amérique quoi, et notamment des frangins Lolly et Pat Vegas, auteurs de chansons et musiciens réputés, ayant notamment écrit Nikki Hoeky, présente sur le premier opus du groupe, mais qu'ils offrirent, deux ans plus tôt (1968 donc) à Aretha Franklin, qui la chante sur son magnifique Lady Soul. Lolly (mort en 2010) est au chant et à la guitare, Pat (toujours dans le groupe, et le seul membre fondateur à y être encore) à la basse et au chant ; les deux autres membres fondateurs sont le guitariste et chanteur Tony Bellamy (mort en 2009) et le batteur Pete DePoe (toujours vivant, mais qui a quitté le groupe en 1972). 

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Sorti en 1970, en fin d'année, Potlatch est donc le deuxième album de Redbone. Si leur premier opus était double, celui-ci, comme les suivants, n'est que simple, et il est d'ailleurs assez court, 34 minutes pour seulement 10 titres. Mais on se console en se disant que tout, ici, est d'un niveau remarquable. Comment qualifier la musique de Redbone ? Du rock bluesy et un peu funky, qui mélange ambiances native et louisianaises, un peu swamp, un peu rhythm'n'blues, avec une évidente efficacité. Si le premier album ne contenait, au final, aucun hit (mais des grandes chansons, en revanche, si, et un paquet !), ce deuxième album offre le géniallissime Maggie en ouverture. Une des plus connues du groupe, peut-être pas un hit aussi majeur, dans les charts, que Come And Get Your Love, leur tube de 1973, et ce n'est pas vraiment le même genre de musique non plus, mais une grande chanson, ça, c'est clair. On peut même dire que 'est un instant classic : à peine entendue, cette chanson reste longuement en tête, vous l'aurez dans votre lecteur MP3 interne (celui situé tout en haut, derrière et au-dessus des yeux) pour le reste de la journée à moins de l'écouter à 23h55. Comme de bien entendu, Maggie est sur la plupart des best-ofs du groupe. C'est aussi le cas de chansons telles que Alcatraz, Light As A Feather ou de Judgement Day, toutes remarquables.

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Notons que si le style musical de Redbone est essentiellement du bon gros blues-rock swampy, les origines native du groupe sont encore plus affirmées que sur le premier opus : le titre de l'album, je l'ai dit dès l'intro, est une référence. La pochette aussi, avec ces motifs tribaux et les quatre membres du groupe (les frangins Vegas sont à droite, Lolly en haut et Pat en bas ; Bellamy est en haut à gauche, et DePoe, en bas à gauche) et leurs regards affirmés. Et certains morceaux, comme Chant : 13th Hour qui ouvre la seconde face sur des chants tribaux, sont aussi sans équivoque. Le groupe ira encore plus loin par la suite : en 1973, la chanson We Were All Wounded At Wounded Knee, qui sera censurée aux USA, parlera sans langue de bois du massacre des Indiens par les Blancs, et du mauvais traitement qui, depuis des décennies, leur fut infligé en règle générale. Chanson qui reste une de leurs plus célèbres. Pour en revenir à Potlatch, ce petit disque (les suivants font la même durée de 34 minutes, grosso modo) est une incontestable réussite, un album remarquable, solide, bien charpenté, des plus agréables à écouter, même si je suis encore plus fan de l'album suivant, que j'aborderai prochainement, et sur lequel il y à un peu plus de choses à dire, notamment grâce à une petite particularité bien européenne de l'album (par rapport à l'album sorti aux  USA), mais pour en savoir plus, faudra patienter (à moins de le savoir déjà) !

FACE A

Maggie

Light As A Feather

Who Can Say

Judgement Day

Without Resevation

FACE B

Chant : 13th Hour

Alcatraz

Drinkin' And Blo'

Bad News Ain't No News At All

New Blue Sermonette