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Aujourd'hui, j'aimerais parler d'un petit bonhomme natif du sud-ouest qui, depuis sa mort il y a 15 ans, tombe malheureusement peu à peu dans l'oubli, alors qu'il est un artiste majeur du paysage musical français, au même titre que les Gainsbourg, Bashung, Higelin et j'en passe... Et, ce petit bonhomme, c'est Claude Nougaro, grand amateur de jazz. Et, pour parler de ce grand artiste, je vais aborder un disque qu'il a enregistré et sorti en 1975 : Femmes et Famines. Vous vous en doutez bien, cet album est sorti dans l'indifférence totale. Ce qui est parfaitement dégueulasse étant donné que c'est une incontestable réussite. Cet album a tout bon. A commencer par sa pochette. Magnifique et montrant le petit taureau (surnom de Nougaro) dessiné et prenant diverses postures sur scène. Oui, il ne faut pas non plus oublier que ce petit gars était une bête de scène. Moi perso, Nougaro, je n'en suis pas fan. Mais je reconnais le talent du bonhomme. Il faut rendre à César ce qui appartient à César comme dirait l'autre. Bien, assez causé maintenant. Et si on s'attaquait au contenu ? 

L'album s'ouvre avec Île de Ré. C'est une chanson d'amour qui sent bon l'Atlantique, forcément. Et, pour ne rien gâcher, c'est une sublime chanson. Le piano y joue un rôle important bien sûr, mais ne pas parler de cette partition d'accordéon relèvreait du sacrilège. Car c'est bien elle qui donne tout son lustre à la chanson. Ouverture parfaite donc. Arrive ensuite une nouvelle chanson d'amour : Ma Femme. Vous l'aurez compris, Nougaro s'adresse à sa femme de l'époque. Il lui fait là une vraie déclaration avec des mots forts. Rien à dire de plus, il suffit d'écouter. Pour la troisième chanson, par contre, on baisse très légèrement en terme de niveau. Ce Mademoiselle Je N'En Crois Pas Mes Yeux est incontestablement le titre le moins fort de l'album. Cela ne signifie pas qu'elle soit mauvaise, pas du tout. Mais, c'est juste qui se retient le moins. Et ce, peu importe le nombre d'écoutes du disque. La quatrième chanson, qui est aussi la plus longue de l'album (5'53) est une nouvelle chanson d'amour, elle se nomme Odette. Je ne vous ferai pas l'affront de vous dire à qui elle est adressée. Là, j'ai simplement envie de vous dire que c'est un sacré gros coup de chaud. Que ce soit le texte, puissant, la musique qui l'est tout autant et le chant de Nougaro qui vient des tripes, c'est un très grand moment et ça renvoie Ma Femme à ses études. Le morceau qui suit n'est pas une chanson. C'est un texte parlé. Et, il n'est pas écrit de la main de Nougaro. Il a pour nom : Lettre Ouverte De Julos Beaucarne. Le dit Julos Beaucarne est un chanteur belge ayant connu ses heures de gloire dans les années 70. Mais, il a eu le malheur de perdre sa femme de l'époque. Laquelle fut assassinée de neuf coups de couteau. Le texte le dit clairement. Beaucarne n'est pas un médiatique pour un sou. Son support pour s'exprimer, quoi qu'il ait à dire, c'était le vinyle. Le texte n'est en aucun un apitoiement. Mais Beaucarne en appelle à changer les choses, au respect. Nougaro, tout aussi peu médiatique et très certainement touché par ce drame, couchera donc lui aussi ce texte sur vinyle. Ainsi s'achève la Face A. On passe à la face B. On le sait bien, la musique de Nougaro est fortement teintée de Jazz. Mais, il lui est arrivé également de jeter son dévolu sur la musique sud-américaine, tout comme Gainsbourg ou bien plus fréquemment, Lavilliers. Avec Brésilien (composée par Gilberto Gil), on est en plein dans le style. Ça sent l'Amérique du Sud et le Brésil. La couleur de la chanson est donnée par de supers parties de guitare. C'est rythmé et efficace comme pas deux. Le seul reproche que l'on pourrait faire à la chanson, c'est d'être trop courte (2'19). Mais, c'est excellent. Un titre fort de plus pour l'album. On en vient maintenant à une splendeur absolue : Gloria. Le piano y est top bien sûr, mais ce qui frappe ici, c'est le saxo, incontestablement. Et ce saxo il est tenu par... Ornette Coleman... rien que ça ! Oui, Nougaro savait très bien s'entourer. Je ne dirai rien de plus si ce n'est que c'est la deuxième meilleure chanson de l'album et une des pépites oubliées de son auteur. Perle Brune est la neuvième chanson du disque. Et c'est une réussite de plus. Bien plus que le texte, c'est la musique qui reste en tête. Distillée par un piano laissant échapper des notes fortes, limites obsédantes. Une chanson à écouter impérativement. L'album s'achève avec un grand bol de légèreté. J'ai même envie de vous dire que, sur ce coup là, Nougaro craque complètement son slip. Yapad Papa est un bon gros délire, résultante d'une équipe qui a visiblement bien kiffé le travail en commun. Tout le long, Nougaro chante : yapad papa, yapad papa, papa yapad, yapad pap. Avant de terminer par : y a pas de paroles dans cette chanson. Et l'album ce conclue sur ça. Ça n'est en aucun cas un sommet, malgré une musique très jazzy et trépidante, mais ça fait du bien par où ça passe...

Au fait... il y a un morceau dont j'ai oublié de parler dans le paragraphe précédent. Vous savez quoi ? C'est volontaire. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'un morceau carrément très à part. Il ouvre la face B et s'appelle : Le Chant Du Désert. Que dire à son sujet ? D'abord qu'il est un exemple même du dépouillement musical quasi total. On y entend de l'orgue. De la batterie aussi, mais de manière bien plus discrète. Je peux dire aussi que c'est très très peu chanté. Nougaro y déclame 95% du texte. Et, je peux dire aussi qu'il s'agit du sommet absolu de l'album et d'une des meilleures créations de son auteur. Ce qui vous attend en écoutant ce Chant Du Désert, c'est 3'55 de tétanie. 3'55 qui vous marquent au fer rouge dès la première écoute. Le texte est surpuissant et vécu avec une intensité folle et l'orgue distille une ambiance oppressante, étouffante. C'est tout simplement MON-STRU-EUX ! 

Voilà pour ce Femmes et Famines qui est donc une réussite véritable malgré la présence d'une chanson un peu mineure. J'espère que ce que j'ai écrit vous donnera envie de le découvrir si vous ne le connaissez pas, car franchement, ce disque mérite de trouver son public. En attendant, Nougaro reviendra par ici. J'aborderai une autre de ses réussites prochainement. 

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Chronique complémentaire de ClashDoherty

Regardez la date : 13 janvier. Hé bien, sachez que la première fois que cet article a été publié sur le blog, quand MaxRSS a fait sa chronique ci-dessus, on était le 13 octobre 2019. Bref, trois mois, jour pour jour, après la publication de l'article, voilà que celui-ci est republié afin que je vous donne mon petit avis personnel sur ce disque que la chro' de Max m'avait fortement, très fortement, donné envie de découvrir. Je n'ai, au passage, vraiment pas fait exprès, concernant cette concordance de dates. Sinon, vous l'avez compris, on continue le cycle Claude Nougaro, et on arrive, avec cet album, en 1975, et à un évênement important dans la carrière du Toulousain : après un début de carrière discographique chez Philips, Nougaro change de maison de disques, et arrive chez Barclay, maison de disques, notamment, d'Eddy Mitchell, de Jacques Brel, j'en passe... Il faut dire que les précédents albums de Nougaro n'avaient pas forcément obtenu un succès retentissant malgré leur incontestable réussite. Soeur Âme en 1971, qui était assez lyrique, contemplatif, Locomotive D'Or (immense album !) en 1973, qui était très ancré dans les musiques africaines, et Récréation en 1974, que je ne connais pas (encore), vu qu'il n'a pas été mis dans le coffret 12 CD que je me suis payé récemment et que j'aborde au fur et à mesure, disque de reprises qui sera donc son dernier chez Philips.

Nougaro, pas un chanteur de variétoche à la Sardou/Cloclo, ne cherche pas le succès commercial à tout prix, pour lui, c'est la qualité qui prime sur le nombre d'exemplaires vendus (en même temps, c'est clair que si ses albums avaient été des succès commerciaux, il n'aurait pas craché dessus, hein) ou la recherche du méga hit qui squattera les radios. Femmes Et Famines, sorti en 1975 sous une sublime pochette qui reprend en partie Les Demoiselles D'Avignon de Picasso (au verso), et avec son titre en jeu de mots, est un parfait exemple. Court (34 minutes), l'album ne sera pas un succès, comme MaxRSS l'a dit (il a tellement dit tout ce qu'il fallait sur l'album que ma chronique sera moins centrée sur les chansons que la sienne, pour ne pas faire double emploi), et il est, malgré cela, une incontestable réussite, un des meilleurs du Toulousain, sans doute son meilleur même (match avec Locomotive D'Or, et maintenant, je place Plume D'Ange, pourtant exceptionnellement époustouflant, en troisième, hé oui ; ou alors en deuxième, mais dans ce cas, première place ex-aequo pour les deux autres). Les chansons se suivent, souvent baignées d'un piano parfait et éminemment jazzy. Île De Ré donne envie de visiter cet endroit paradisiaque (sauf en été, à moins d'adorer les endroits noyés de monde), Odette est une ode à son ancienne femme, décédée, tandis que Ma Femme et Mademoiselle Je-N'En-Crois-Pas-Mes-Yeux parlent, elles, de sa femme d'alors, Marcia. 

Yapad Papa est un petit délire jazzy sans queue ni tête (les paroles, en allitérations, ne volent pas haut) mais très amusant, Le Chant Du Désert est inoubliable et Max a tout dit dessus, Lettre Ouverte De Julos Beaucarne est l'OVNI musical de l'album, un intermède poignant, Brésilien, adaptation de Gilberto Gil, est génial, Gloria aussi... Tout est, en fait, génial sur cet album, j'aime tous les morceaux, même l'intermède poignant parlant de la mort de la femme de Julos Beaucarne, chanteur aujourd'hui un peu oublié, acteur à ses heures (Le Mystère De La Chambre Jaune de Podalydès). Un album que j'ai tout de suite, illico, right now, eu envie de découvrir en lisant, le 13 octobre dernier, la chronique, ci-dessus, de MaxRSS. C'est un assemblage de choses qui m'a donné envie, en fait, et c'est difficilement descriptif. C'est un 'tout' : la période (j'adore les années 70, 1975 est une année que j'affectionne particulièrement, donc ça partait bien, l'album datant de 1975) ; le chanteur (Nougaro, je respectais déjà beaucoup avant de commencer à le découvrir via Plume D'Ange, Nougayork et son double live de 1969, vrai best-of scénique pour sa première époque) ; la pochette (rien qu'à voir la pochette, j'ai eu envie d'avoir ce disque en vinyle, c'est quasiment chose faite car je vais l'acheter sous peu, et Locomotive D'Or aussi) ; le titre, qui claque bien ; et bien entendu, la description des morceaux, et le simple fait qu'il y ait, sur le disque, un morceau du nom d'Île De Ré faisait, c'est con mais c'est ainsi, que je voulais l'album. Je ne saurais suffisamment remercier Max pour ça, pour avoir mis ce disque en lumière, et s'il me répond que j'aurais de toute façon, tôt ou tard, découvert autrement Femmes Et Famines, je lui répondrai certes, mais tout de même. GRAND album ! Le suivant, j'en parle ici bientôt, est exceptionnel aussi. 

FACE A

Île De Ré

Ma Femme

Mademoiselle Je N'en Crois Pas Mes Yeux

Odette

Lettre Ouverte De Julos Beaucarne

 FACE B

Le Chant Du Désert

Brésilien

Gloria

Perle Brune

Yapad Papa