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Pour ce 355ème track-by-track, je vais vous parler d'un groupe qui, pour moi, est le plus grand groupe de rock de tous les temps : les Beatles. Le disque en question a déjà été abordé dans une chronique. Mais alors, pourquoi en faire un track-by-track ? Tout simplement parce que s'il existe un album qui mérite qu'on lui en consacre un, c'est bien celui-là. Et, pour tout vous dire, je me sens même sacrément emmerdaillé à l'idée de parler de ce disque. Tout simplement parce que c'est un tel monument que je redoute de ne pas trouver les mots qu'il faut. Revolver, c'est une pierre angulaire. Et pas que dans l'histoire des Beatles. Ici, la collaboration Lennon/McCartney est à son point culminant. Jamais le duo n'a semblé aussi complémentaire. Georgie Boy, quant à lui, n'est pas en reste. Puisque sur les 14 chansons de l'album, il en écrit et compose 3. Et, je peux vous garantir qu'elles sont mortelles toutes les trois. Ringo la bonne pâte, quant à lui, y va aussi de sa chanson, mais seulement en tant qu'interprète. La composition, pour lui, ce sera pour plus tard avec le double blanc et Abbey Road. Ce chef d'oeuvre musical qu'est Revolver, je vais tenter de le décortiquer en prenant soin de faire ressortir tout son lustre. Un lustre toujours aussi vivace 53 ans après.


Taxman : L'album s'ouvre sur la première des trois compositions de Georgie Boy. C'est une chanson bien cinglante dans laquelle son auteur s'en prend aux impôts qu'il juge gourmands. Harrison, sur le double blanc, tout en prenant une autre cible, signera une autre chanson bien féroce : Piggies, baignée par de sublimes partitions de clavecin. Pour en revenir à Taxman, que dire si ce n'est qu'il s'agit d'une ouverture excellente ? Ligne de basse mortelle de Macca, solo de guitare tout aussi mortel et apparemment joué par ce dernier, batterie au poil et chant parfait. Un classique Beatlesien. Première chanson pour Revolver et premier chef d'oeuvre. Le premier d'une longue série.

Eleanor Rigby : Après une chanson bien rock, bien cinglante et bien rapide, on passe à de la pop baroque. Ici, aucun instrument rock. Pas de guitare, pas de basse et pas de batterie. Que des cordes. La chanson parle d'une vieille femme qui, dans les églises, ramasse le riz jeté pendant la célébration des mariages. Pour la petite anecdote, les Beatles ont choisi ce titre juste parce qu'ils sonnait bien. Mais, après des recherches, il s'est avéré qu'une Eleanor Rigby avait bel et bien existé. Sublime chanson. Autre classique des Fab Four. A écouter sans modération. Deuxième chanson et deuxième chef d'oeuvre.

I'm Only Sleeping : On y est les mecs ! Au moment où ils composent cette chanson, les Beatles expérimentent déjà depuis un an. Mais, cette avec cette chanson qu'ils vont réellement partir dans des expérimentations et innovations en tous genres. Ici, ils testent le principe de la bande inversée. I'm Only Sleeping a été écrite par un Lennon qui, à l'époque, aimait glander plus que tout. Il se bougeait quand même un peu le cul : pour aller en studio, manger etc... Mais, le reste du temps, c'était en peignoir et au pieu. Cette chanson là, c'est une ode à la paresse. Et pourtant, musicalement, elle n'est pas endormante pour un sou. Je parlais de bande inversée car le solo de la chanson y est soumis. Laquelle se termine dans un véritable déluge de solos de guitares inversés. On retrouvera pareil procédé un peu plus tard. Immense chanson.

Love You To : Deuxième des trois compositions de Georgie Boy sur cet album. Vous vous souvenez ? Sur Rubber Soul, Norwegian Wood était la première chanson pop de l'histoire à inclure des sonorités indiennes. Tout en restant très folk et sous l'influence du Barde. Et bien, pour ce Love You To, il n'en n'est pas question. A part deux ou trois coups de guitare électrique, on est dans le son indien à fond les ballons. Harrison ira encore plus loin dans le style un peu plus tard avec Within' You, Without You ou The Inner Light. A noter qu'ici, le titre n'a absolument rien à voir avec les paroles. Mais bon, visiblement, à l'époque, Harrison pinaillait grave pour donner un titre à ses chansons. Bref. Bien que Love You To ait été négligée en Occident et demeure encore aujourd'hui un morceau peu connu du groupe, elle n'en reste pas moins une grande chanson.

Here, There And Everywhere : Là les gars, ça va être du rapide. Avec cette chanson signée McCartney, on est en plein dans le sublime. En plein dans le légendaire. C'est d'une splendeur totale. Batterie discrète, guitare électrique tout aussi discrète et des choeurs sublimes. C'est somptueux, tout simplement. Une des plus belle chansons des Beatles, si ce n'est la plus belle. Même Lennon, qui avait pourtant pris l'habitude très souvent salope de gerber sur les chansons de Macca, s'inclinera devant cette pure merveille.

Yellow Submarine : Alors, cette chanson là, elle me pose problème. Non pas parce qu'elle est à chier. Aucune chanson de Revolver ne l'est. Mais parce qu'aujourd'hui, à cause de l'avoir trop entendue par le passée, elle a tendance à me sortir par les yeux, les oreilles et le trou de balle. Quand j'écoute Revolver, c'est-à-dire très souvent, je la zappe. Mais seulement parce que je l'ai trop entendue. Mais bon, à part ça, un classique du répertoire des Beatles. Et chanté par Ringo les bon tuyaux. Ça, c'était juste pour la rime.

She Said, She Said : Vous savez quoi ? Cette chanson là, bien qu'elle soit de la main de Lennon, on la doit en partie à Peter Fonda, récemment décédé d'ailleurs. Le contexte est le suivant : les Beatles se trouvaient à une fête très sympa. C'était le soir, il faisait beau, y avait de la drogue et des gonzesses, le pied pour eux quoi. Et, parmi les nombreux invités se trouvait donc ce bon vieux Peter qui, apparemment, faisait chier tout le monde avec ses pensées philosophiques. Lennon a écrit cette chanson suite à ça. Et même si le texte parle d'une fille, Fonda s'est immédiatement reconnu lorsqu'il l'a entendu. Sinon, à part la genèse ? Sans être le sommet de l'album, faut pas déconner quand même, c'est une très bonne chanson. Efficace comme un coup de trique. Les parties de guitares y sont notamment excellentes.

Good Day Sunnshine : A cette époque, le Daydream des Lovin' Spoonfull tournait en boucle sur les radios britanniques. Alors qu'il était en train de se faire bronzer la couenne au bord de la piscine de Lennon, Macca eu envie d'écrire quelque chose y ressemblant. Ainsi naquit ce Good Day Sunshine, très bonne chanson menée par une excellente partition de piano. On a même droit à un solo tout à fait réjouissant. Pas la meilleure de l'album non plus, mais très rafraîchissante et qui se boit comme une bonne bière, pour peu que l'on aime la bière, bien entendu.

And Your Bird Can Sing : Aie... voilà la chanson que, à titre personnel, je ne supporte pas sur le disque. Est-elle mauvaise ? Non, bien sûr que non. Mais, je ne l'ai jamais aimée. Je la zappe à chaque fois. Je ne supporte ni la guitare, ni la batterie, ni la basse, ni les choeurs. Rien. Sinon, elle nous parle d'un oiseau vert qui swingue et autres joyeusetés. Pour écrire un truc pareil, le pot d'herbe quotidien ne suffit pas. Faut consommer quelque chose de bien plus balèze. A posteriori, Lennon gerbera bien comme il faut sur cette chanson. Chacun se fera son avis.

For No One : Comme Here, There And Everywhere précédemment, on touche au sublime. Et, tout comme Eleanor Rigby, on est dans de la pop baroque. Donc, pas de guitare, pas de basse, pas de batterie. La chanson se joue au rythme d'un clavicorde, tenu par Macca himself. Pour ceux qui ne connaissent pas encore l'instrument et la chanson (je les envie), le clavicorde, niveau sonore, ça sonne comme un clavecin. On notera aussi l'utilisation d'un cor d'harmonie et d'un piano à chaque fois que le titre de la chanson est prononcé. Une des plus belles compositions du groupe.

Doctor Robert : Attention aux oreilles les gars. Pour cette onzième chanson, écrite par Lennon, c'est une vraie tuerie qui s'offre à nous. La chanson parle d'un docteur, Robert de son prénom (forcément) et Fryman de son nom qui fournissait des trucs pas possibles au milieu artistique New-yorkais. Pas impossible du tout que, plus tard, Lennon ait aussi bouffé dans la gamelle. La chanson commence par un riff de guitare mémorable que l'on retrouvera sur toute la durée et qui ne fera qu'aller crescendo. Le petit refrain (well well, you feelin' fine) chanté en choeur et baigné par une mélodie d'harmonium est sublime. Bref. En deux mots : chanson parfaite.


I Want To Tell You : Troisième et dernière composition de Georgie Boy sur l'album. Et je peux vous dire que c'est pas de la pisse de chat. C'est même grandiose. La chanson parle de ces choses que l'on aimerait dire en face (notamment les sentiments amoureux), mais qui sont plus faciles à coucher sur papier. Harrison était en quelque sorte le philosophe du groupe. Il pondra bien d'autres chansons du même style. I Want To Tell You commence par des arpèges de guitare électrique rapidement rejointes par la batterie de Ringo. Et, après cette introduction, c'est le piano qui prend le relais et qui rythme toute la chanson. Laquelle se termine à nouveau par des arpèges de guitare, les mêmes que celles entendues au début et par-dessus lesquelles le groupe répète en chœur : I've got time. Grande chanson. Une de plus.

Got To Get You Into My Life : Changement radical de style ! Bien sûr, il y a de la guitare électrique, bien sûr, il y a de la basse, bien sûr, il y a de la batterie, mais cette chanson au ton résolument rythm n'blues est dominée par les cuivres. Que dire de plus si ce n'est qu'il s'agit là de l'une des meilleures chansons du groupe ? Même John Lennon, qui pourtant ne manquait jamais une occasion de lapider les chansons de Macca le reconnaîtra. Les paroles font d'incessantes allusions à la Marie-Jeanne. C'est parfait de bout en bout. C'est immense et c'est un classique indémodable. A noter que Johnny en fera une reprise pas franchement réussie sur La génération perdue, album que j'aborderai prochainement d'ailleurs.

Tomorrow Never Knows : Là, j'ai envie de crier : la putain de sa grand-mère qui mange des twix ! Pourquoi ? Parce que là, on est en présence non seulement du sommet absolu de l'album, mais aussi du sommet absolu des Beatles et aussi en présence d'une des plus grandes chansons ayant été composées. Franchement, les mots manquent tellement ce Tomorow Never Knows est monumental. Le groupe en a chié des ronds de serviette pour l'enregistrer, mais on ne pourra jamais assez les remercier de l'avoir fait. Que dire ? La chanson s'ouvre sur un bourdon indien émanant de la tampura de Georgie Boy. Suivent ensuite la batterie de Ringo jouant le même motif tout le long et la basse résonnante de Macca. Suivent ensuite le chant de Lennon avec des petits passages de flûte, les rires accélérés de Macca et qui sonnent comme des cris de mouettes et les violons à l'envers. Arrive ensuite le passage qui collerait une gaule d'enfer à un mort : le solo de sitar accéléré et saturé à mort suivi d'un solo de guitare inversé qui serait celui de Taxman. Ensuite, revient le chant de Lennon, mais cette fois, beaucoup plus éthéré. Comme s'il chantait au loin. La chanson se termine par quelques notes de piano ainsi qu'un petit bout du solo de sitar entendu au milieu de la chanson. C'est stratosphérique. Venu d'une autre planète. Et c'est un putain d'orgasme à chaque écoute. Je n'exagère pas.


Voilà pour ce Revolver qui pour moi est incontestablement le meilleur album des Beatles. Et ce, malgré la présence d'une chanson dont je me suis lassé et d'une autre qui m'a toujours insupporté. Tout amateur de musique, quels que soient ses goûts a son album dit de l'île déserte. Le mien, c'est Revolver. Et, pour terminer cette chronique je m'adresse à ceux qui n'ont pas encore ce disque dans leur discothèque ou qui ne le connaissent pas (putain, je les envie) : bougez-vous le cul et aller vite vous le procurer afin de le découvrir ou de le redécouvrir et surtout, ne le prêtez jamais, ne le perdez jamais. J'ai limite envie de vous dire qu'il ne doit jamais quitter votre platine ou votre chaîne hi-fi.

 

Face A

Taxman

Eleanor Rigby

I'm Only Sleeping

Love You To

Here, There And Everywhere

Yellow Submarine

She Said, She Said

 

Face B

Good Day Sunshine

And Your Bird Can Sing

For No One

Doctor Robert

I Want To Tell You

Got To Get You Into My Life

Tomorrow Never Knows