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Bordel de Dieu, comment ais-je fait pour ne pas avoir déjà abordé ce disque (et le suivant - et ultime - du groupe) sur le blog depuis que ce dernier existe, soit depuis plus de 10 ans ? Alors que ça fait des années, facile 20 ans, que j'adore ce disque (et le suivant, que j'aborderai ici prochainement) ? Il y à des mystères, comme ça, dans la vie. Mais à ce niveau, c'est limite cosmique, comme mystère. Alors bon, voilà, je répare cette erreur, cet oubli, et voici enfin Frankie Goes To Hollywood qui déboule sur le blog (des articles concernant des chansons du groupe avaient déjà été faits il y à loooooongtemps, mais rien d'autre). Les plus jeunes auront sans doute envie qu'on leur dise de qui il s'agissait, mais les plus anciens (si vous êtes nés dans les années 70, 80 et, bien entendu, avant ces deux décennies, vous connaissez ce groupe, au moins de nom) n'en ont pas besoin, enfin je l'espère. Frankie Goes To Hollywood (le Frankie du nom est Sinatra, il me semble, mais s'il y à bien un groupe qui n'a aucun point de comparaison musical avec Sinatra, c'est bien FGTH) est un groupe britannique de pop new-wave fondé au tout début des années 80. Un groupe produit par Trevor Horn (des Buggles, de Yes aussi, même si ce ne fut que le temps d'un album) via son label ZTT Records. A ce sujet, précisons que la production de Horn, sur le premier album de FGTH, que j'aborde maintenant, est si hornienne que le groupe ne joue quasiment pas dessus : pas assez professionnels et compétents (à l'époque), ils sont remplacés, essentiellement, par des musiciens de studio (notamment Horn lui-même), ce qui explique le tag 'faux groupe' que j'ai mis en bas d'article. C'est pas un faux groupe à la Milli Vanilli, mais on n'en est pas loin, sur cet album : ils ne jouent tout simplement pas, ou si peu.

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Sorti en 1984, sous deux visuels différents (tout en haut : le vinyle et les rééditions CD ; juste au-dessus : la première édition CD, d'époque), cet album dure 64 minutes et il est, en vinyle, double (ce qui, pour un premier album, est assez courageux, bien peu nombreux sont les groupes dont le premier album est double : Redbone, Zappa, Chicago, Manassas...il y en à d'autres, ceci dit). Il s'appelle Welcome To The Pleasuredome. Autant le dire tout de go, cet album est un authentique délire gay-friendly (deux des membres du groupe, le chanteur Holly Johnson et le danseur et choriste Paul Rutherford, sont homosexuels et le revendiquent), voilà pour la précision du tag 'gay' en bas d'article au passage surproduit, totalement abracadabrantesque et décalé, au tracklisting effarant (entre le vinyle et les différentes versions CD, plus la pochette et les labels du vinyle, je ne compte plus les nombreuses variations) et à l'originalité monstrueuse. La première fois qu'on écoute ce disque, on a limite l'impression d'avoir affaire à une version pop new-wave de Trout Mask Replica tant ça semble bordélique. C'est sans doute trop produit, ça a pris un coup dans le pare-buffles par ailleurs, inutile de le nier. Et c'est tellement chelou, tellement over the top, que tout le monde n'appréciera pas forcément l'expérience. FGTH, ici, nous livre 18 (ou 16 sur le CD, mais sans qu'aucun morceau ne manque : les trois premiers titres de la face A vinylique n'en forment qu'un seul sur le CD) morceaux dont, dans le lot, pas moins de 3 hits monumentaux de l'époque, et deux d'entre eux (les deux premiers que je cite) passent encore régulièrement sur les ondes FM du mon dentier : Relax (Come Fighting), The Power Of Love et Two Tribes

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Une des sous-pochettes du vinyle (qui sont REMPLIES d'informations diverses et variées, et bien souvent d'une inutilité qui confine au sublime)

Si The Power Of Love (rien à voir avec la chanson du même nom de Huey Lewis & The News, issue de la bande-son de Retour Vers Le Futur) est indéniablement une des plus belles chansons des années 80 (I'll protect you from the hooded claw, keep the vampires off your door, difficile de ne pas frissonner à ce passage du second couplet), et un des sommets de l'album, les deux autres tubes sont bien limités. Two Tribes, avec son intro soviétique, parle, un peu comme le Russians de Sting, de l'hypothèse dde plus en plus probable d'une guerre nucléaire entre les USA et l'URSS, mais autant la chanson de Sting est prenante, autant celle de FGTH, avec son rythme dansant et outrancier, devient lassante à la longue (et ces effets sonores...), le message ne passe pas très bien quand il est traité de  la sorte. Quant à Relax, on ne la présente plus, avec ses paroles osées (When you gotta suck to it...when you gonna come), ses effets sonores outranciers (on a qualifié Horn de Cecil B. DeMille de la production musicale, et il faut reconnaître qu'ici, il en a foutu partout), ses breaks interminables, ses râles de jouissance de Holly Johnson... De quoi parle la chanson ? Oh, tout le monde le sait : de Q. De pipe. De relation sans doute un peu cuir. Homo ou straight. Clip osé et censuré, chanson censurée parfois (sacrée prude BBC), mais tube ultramondial que tout le monde a entendu au moins une fois dans sa vie. Brian DePalma l'a utilisée dans son film Body Double, le groupe y apparaît d'ailleurs, en train de jouer la chanson. 

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Le reste de l'album alterne entre reprises (Born To Run de Springsteen est un peu trop criarde, mais bien nerveuse ; San Jose de Burt Bacharach est respectueuse du morceau, mais mollassonne, Ferry est un court intermède reprenant le standard Ferry Cross The Mersey de Gerry & The Peacemakers) et morceaux originaux, parmi lesquels des délires courts et inutiles (The World Is My Oyster, (Tag), Bang), des morceaux un peu secondaires (Krisco Kisses, Wish (The Lads Were Here), The Only Star In Heaven) et quatre vraies merveilles : le délicat Black Night White Light, l'engagé et trippant War (en partie inspiré par le War de Whitfield et Strong, une chanson anti-Vietnam de 1969) qui contient un long monologue de l'acteur Chris Barrie imitant Ronald Reagan (le même Barrie imite le Prince Charles sur Two Tribes), l'instrumental The Ballad Of 32, hypnotique, grandiose et sulfureux (son final...) et au titre incompréhensible ("la ballade de 32" ?), et surtout, Welcome To The Pleasuredome, qui occupe quasiment toute la face A du long de ses 13 minutes. Citant éhontément Coleridge (In Xanadu did Kubla Khan), le morceau est un monstre, une chanson-fleuve jouissive, bordélique et ahurissante, qui représente bien l'album éponyme dans sa globalité. Si vous n'aimez pas ce morceau, difficile d'aimer l'album. Impossible de détester le morceau quand on adore l'album. Bref, tu vois ce que je veux dire. C'est un morceau qui démarre par des chants d'oiseaux, ambiance pastorale, Holly Johnson qui chantonne doucement Life...goes on day after day, after day, after day... et qui se termine par un monumental et terrifiant rire de stentor et une voix qui braille un Welcome ! retentissant et d'anthologie. C'est du cinéma pour les oreilles cecil-b.demillesque à l'état pur. C'est le quart d'heure de gloire (l'album se vendra très très bien) d'un groupe limité, caricatural, très (trop) ancré dans son époque, mais qui, il faut le reconnaître, dans son genre, est aussi majestueux que globalement unique. Ceci dit, bien qu'adorant (malgré ses défauts) ce double album inaugural, je dois admettre être mille fois plus fan de leur album suivant, qui sera leur dernier, Liverpool, qu'ils feront en 1986, mais ça, j'en reparle prochainement...

FACE A

Well...

The World Is My Oyster

Snatch Of Fury (Stay)

Welcome To The Pleasuredome

FACE B

Relax (Come Fighting)

War (...And Hide)

Two Tribes (For The Victims Of Ravishment)

(Tag)

FACE C

Ferry (Go)

Born To Run

San Jose (The Way)

Wish (The Lads Were Here)

The Ballad Of 32

FACE D

Krisco Kisses

Black Night White Light

The Only Star In Heaven

The Power Of Love

...Bang