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Ce n'est jamais aisé de parler d'un album posthume. Il y à toujours cette espèce de pudeur qui empêche d'être (un peu trop) méchant vis-à-vis du disque si jamais on ne le trouve pas assez bon, et quand on en dit du bien, difficile de rester objectif et de dire que c'est un bon album uniquement parce que c'est un bon album, rien que pour des raisons strictement musicales. Difficile, impossible même, de mettre de côté le fait que c'est le dernier disque d'un artiste décédé qui, forcément, n'en fera plus, de disques. Difficile de le chroniquer, que l'on soit journaliste professionnel ou un simple amateur. A la rigueur, mieux vaut ne pas être un fanatique de l'artiste en question, on a un peu plus de recul. Moi, par exemple, j'ai beau avoir dit du bien de lui, ici (et avant sa mort), via quelques uns de ses albums - j'ai aussi défoncé cet artiste, avant sa mort là aussi, via d'autres de ses albums -, je n'ai jamais été fan de Johnny Hallyday. Ce qui ne m'a pas empêché de faire un article lui rendant hommage, le jour de sa mort en décembre dernier. Et c'était sincère. Dès qu'on a parlé (assez rapidement...) d'un futur album posthume, les chansons que Johnny enregistrait au moment de sa mort, je me suis dit que je l'achèterai probablement. Ce que j'ai fait, précommandant l'album une petite semaine avant sa très récente sortie (il est apparemment quasiment en rupture de stock à l'heure actuelle), pas assez tôt, cependant, pour me choper le désormais recherché vinyle blanc, mais bon, il y à plus grave dans la vie. Mon Pays C'Est L'Amour (titre que je trouve un peu bof, c'est aussi celui d'une des chansons, et je précise que Johnny n'avait pas finalisé de titre, l'album ne se serait très certainement pas appelé ainsi s'il était sorti du vivant de Johnny), comme le pastis, est 51. Dans la discographie studio de l'artiste. Si on y rajoute les lives et compilations, je ne m'en sors plus, alors restons dans la discographie studio.

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Un titre moyen qui est aussi une allusion à la ferveur et l'émotion populaire francaouise de décembre dernier, au moment de la mort de Johnny (selon sa Laeticia d'amûûûr dans sa récente interview TV), et une photo noir & blanc d'un Johnny en t-shirt, l'air plus que vaguement éreinté (on dirait un garagiste en fin d'une dure journée), avec le lettrage de L'Attente (un de ses précédents opus), voilà ce qu'est ce disque, court car il ne dure que 37 minutes et presque autant de secondes, pour 11 titres dont un Interlude de quasiment 2 minutes, instrumental, entièrement signé Yodélice et qui, on s'en doute, ne date pas des sessions de septembre/novembre 2017. Johnny n'a jamais mis de morceau de ce genre (sauf éventuellement sur Hamlet, et encore pas sûr, mais ce disque de 1976 a d'autres problèmes), et le côté hommage/minute de recueillement est, avec Interlude, un peu trop évident. Pourquoi ne pas l'avoir mis en sixième position plutôt qu'en cinquième ? Passons. Enregistré entre Los Angeles et Paris, par un Johnny entouré de ses musikos habituels (Yarol Poupaud, Yodélice notamment) et dont l'état de santé était, on le sait, catastrophique, l'album à la base aurait contenu 12 titres, mais seulement 10 (représentant 35 minutes de musique) sont sur le disque. Quid des 2 restants ? Soit ils n'ont pas été finalisés par Johnny et sont restés, par la force des choses à l'état de démo inachevée, soit ils ont été finis, mais on les estimera mauvais. Peu probable, il y avait relativement peu de matos, alors autant tout mettre sur le disque, peu importe que certains titres ne soient pas du niveau habituel car, comme je l'ai dit plus haut, quand il s'agit d'un album posthume, tout le monde, surtout les fans, mettent des oeillères pour éviter de voir les défauts. Il se peut qu'un jour ou l'autre, un coffret intégrale sorte (attendez-vous à pareille opération commerciale, les gars) et que, oh comme c'est étonnant, on trouve, dans le coffret (un coffret ausi onéreux qu'une maison à Marne-La-Coquette), un petit CD de deux titres inédits, introuvable séparément du coffret. Je n'en serais pas autrement surpris.  

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Bon, l'album, sinon ? Autant le dire tout de suite, Jauni n'a pas été repissé à l'Autotune (mais si, vous connaissez ce logiciel qui permet d'embellir la voix, de la faire sonner plus juste, et que tous les rappeurs, Black M, Maître Gims, Booba et son camarade de baston Kaaris, etc, usent et abusent ; ce logiciel qui donne un timbre de voix métallique et tout sauf naturel...), c'est sa voix, rien que sa voix (mixée upfront pour la rendre plus efficace) que l'on entend ici. Avec ses musiciens derrière évidemment. Et le non-fan de Johnny (j'aime cependant beaucoup certains de ses albums, je le dis sans honte) que je suis le reconnaît : le bestiau, bien qu'affaibli par un crabe qui finira par gagner le combat qu'il lui avait lancé, chante super bien. Sa voix est parfaite, aussi bien dans les morceaux les plus enlevés (le morceau-titre n'est pas, malgré son titre, une chanson sirupeuse, loin de là) que dans les morceaux calmes. Mon Pays C'Est L'Amour offre du rock'n'roll qui remue du slibard (Made In Rock'n'Roll, qui devait à la base être le titre de l'album, mais Johnny trouvait apparemment que ça faisait cheap), du blues tenace (4m2, sur la vie en prison, remarquable), de la country (le sympa mais mineur L'Amérique De William, sur le photographe William Eggleston, auteur notamment de la photo de pochette du Radio City de Big Star et du Like Flies On Sherbert d'Alex Chilton), et cette sublime complainte qu'est Pardonne-Moi, ce remarquable Je Ne Suis Qu'Un Homme final qui sonne vraiment comme un point d'orgue, et surtout, surtout, une chanson mémorable, la meilleure de l'album et la meilleure de Johnny depuis belle lurette à mes oreilles, Un Enfant Du Siècle, chanson dont le titre aurait fait un chouette titre pour l'album, au passage, je trouve. Il y à aussi, évidemment, difficile de passer à côté, J'En Parlerai Au Diable, sur laquelle la voix de Johnny filerait des frissons à un sorbet cassis-menthe (la rage dans la voix, dans le refrain !). Il y à aussi le sympathique, pas immense mais vraiment agréable Back In L.A. à moitié signé Miossec (Hallyday n'a strictement aucun crédit, nulle part, sur aucun des titres, ce qui n'est pas une rareté), et Tomber Encore, que je trouve éminemment springsteenienne (le piano martelé à la Roy Bittan), et signée, en partie, des mains d'un fan, d'après ce que j'ai pu entendre à la TV. Dans l'ensemble, cet album posthume (les pointilleux diront qu'en fait, comme Johnny a approuvé les morceaux et aurait sorti le disque à peu près tel quel, ce n'est pas vraiment un disque posthume, mais 'posthume' signifie 'fait après la mort', non ? Alors ? Hein ? Alors ?) est une belle réussite, et pourtant, Dieu sait que les albums posthumes sont parfois décevants (un des rares albums posthumes que je trouve réussi de bout en bout est le Brainwashed de George Harrison ; Blackstar de Bowie a failli être posthume, Bowie étant mort deux jours après sa sortie ; c'est aussi une incontestable et totale réussite mais je m'égare Montparnasse). Celui-ci n'est pas un album gigantesque, deux-trois titres étant un peu en-dessous du reste. Mais ça reste un des meilleurs albums d'Hallyday, clairement, et là, vraiment, je n'ai pas l'impression d'exagérer en écrivant ça. RIP, mec. 

J'En Parlerai Au Diable

Mon Pays C'Est L'Amour

Made In Rock'n'Roll

Pardonne-Moi

Interlude

4m2

Back In L.A.

L'Amérique De William

Un Enfant Du Siècle

Tomber Encore

Je Ne Suis Qu'Un Homme