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Dans la catégorie des pochettes d'albums minimalistes, celle-ci n'est pas la plus minimaliste (le White Album des Beatles et les Black Album de Prince, Metallica et des Damned sont encore plus sobres), mais c'est en tout cas une des plus radicales. Cet album est le cinquième de Public Image Limited, ou PiL, groupe de rock (à tendance punk/post-punk au début, puis new-wave expérimentale, et ici, franchement, hard-rock) fondé en 1978 par John Lydon, alias Johnny Rotten, chanteur des Sex Pistols qu'il venait alors de quitter  dans la rage et la haine. Parmi les membres fondateurs du groupe, il y avait Jah Wooble (basse, un spécialiste du dub) et Keith Levene (guitare), qui fit partie des Clash avant que le groupe ne sorte son premier album. Au moment de la sortie de cet album, enregistré en 1985 (dans divers studios de New York) et sorti en janvier 1986, plus aucun des membres fondateurs de PiL, Lydon excepté, ne fait partie de PiL. Et les possesseurs des diverses versions (je vais y revenir) de ce disque savent très bien qu'il n'y à quasiment aucune indication sur la pochette hormis le titre, le nom du groupe et des titres des 7 morceaux (crédités comme étant des 'ingrédients') de l'album, album qui dure 41 minutes au passage. Ce qui ne veut pas dire que Lydon a enregistré tout tout seul, car, sincèrement, ce mec ne joue de rien (sur certains albums, comme Metal Box ou The Flowers Of Romance, il joue des percussions ou du saxophone...et c'est loin d'être un virtuose !). Non, il y à des musiciens, mais une brouille avec la maison de disques (Virgin/Elektra) et surtout avec Elektra, fera que Lydon ne créditera rien des musiciens. Apparemment, la maison de disques ne croyait plus du tout en lui et ne lui attribuera pas beaucoup de budget. Lydon s'est vengé en faisant venir de vraies pointures, qui ont accepté de ne pas être créditées (désormais, et notamment depuis la parution de l'excellente autobiographie de Lydon, on sait qui joue sur le disque), histoire de narguer, dans son dos, Elektra, l'air de dire vous ne le savez pas, mais il y à de grands musiciens sur ce disque auquel vous semblez ne pas croire. 

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C'est ainsi que sur ce disque, on trouve Steve Vai (guitare), Tony Williams, Ginger Baker (batterie), Bernard Fowler (choeurs), Bernie Worrell (claviers) Ryuichi Sakamoto (Fairlight CMI, un gros synthé séquenceur assisté par ordinateur), Jonas Hellborg (basse). Fowler était choriste pour les Stones, Worrell a joué avec Parliament/Funkadelic et les Talking Heads, Williams est un batteur de jazz/fusion légendaire (Miles Davis, son propre Lifetime), Baker fit partie de Cream, Blind Faith, Vai et Sakamoto, on ne les présente plus... Et tout ce beau linge, apporté par le producteur de l'album Bill Laswell, n'est pas crédité ! En même temps, C'est minimaliste : l'album s'appelle... Album. En vinyle (et réédition CD). En CD, il s'appelle Compact Disc. En K7, il s'appelle Cassette. Le single sorti s'appelait Single. Le tout avec le même désign très générique, blanc avec lettrage bleu et bandes bleues en bas, plus le logo du groupe en petit (et en gros au verso). L'album, malgré son design des plus sobres et le fait que Public Image Limited n'a jamais été très commercial (et à la suite de cet album, le groupe de Lydon tombera même franchement dans le creux de la vague : aucun de leurs albums suivants ne marchera, très peu sont, en fait, bons, pour tout dire), marchera plutôt bien. Son single promotionnel, Rise, dont le gimmick vocal servira à Lydon pour titrer son autobiographie (Anger is an energy : La Rage Est Mon Energie est le titre français), chanson violemment anti-Appartheid, sera un très gros succès, un des plus gros du groupe, si ce n'est le plus gros. Une chanson mémorable, très accessible malgré la si particulière voix de Lydon (ce n'est pas qu'il n'a jamais su chanter, mais il sait très bien utiliser une voix agressive, aigüe, un peu hystérique ; il chante mieux qu'à l'époque des Pistols, mais n'a jamais été Caruso et ne le sera jamais), mais musicalement, c'est une splendeur. Les paroles sont engagées (They put a hardwire in my head, for all the things I did and said est une allusion à la torture) et le refrain, May the road rise with you, est une traduction en anglais d'une bénédiction irlandaise en gaëlique, go n-éirí an bothar leat

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Cette chanson très pop/new-wave, au clip excellent (l'allure de Lydon, son regard, toujours aussi allumé ; ses cheveux rouges), est une des meilleures d'un album assez avare en morceaux, il n'y en à que 7, mais qui est remarquable de bout en bout. L'album s'ouvre sur une furie assez hard-rock qui s'appelle FFF, ce morceau ne parle évidemment pas de notre fédération de baballe, encore moins d'un groupe de funk-rock qui n'existait pas encore, mais les trois lettres sont un acronyme pour Farewell, my Fairweather Friend. La majeure partie des morceaux, tel que FFF ou Fishing, sont assez violents, musicalement parlant, Album est un disque de hard-rock quasiment. Home est une splendeur, Ease est un final dantesque (long de 8 minutes, c'est le plus étendu de l'album ; les morceaux font tous dans les 5 minutes, Round étant, avec 4,25 minutes, le plus court et le seul à ne pas atteindre 5 minutes au minimum), tous les morceaux sont titrés d'un mot unique (enfin, sauf FFF, pour lequel Lydon triche un peu). C'est tout aussi minimaliste dans le tracklisting que dans le design. La musique, très bien produite, est à la fois accessible, bien plus que les précédents opus du groupe, et assez radicale. C'est un des meilleurs albums du groupe, qui n'en est en fait plus un en 1986 (c'est quasiment un album solo de Lydon), et c'est un des meilleurs albums d'une année 1986 ne comptant pas parmi les meilleures (malgré de bons trucs de Peter Gabriel, Talk Talk, Metallica et Prince, pour ne citer qu'eux). 

FACE A

FFF

Rise

Fishing

Round

FACE B

Bags

Home

Ease