SV1

Une des plus belles voix des années 80 à maintenant, probablement : celle de Suzanne Vega. Née en Californie en 1958, la miss n'a donc pas encore 30 ans quand sort cet album, son deuxième (le premier, sorti en 1985, qui porte son nom, sera un bide), qui date de 1987. Solitude Standing. Sous cette pochette un peu floue et ce titre qui sent bon son égotisme des années 80 se cache un vrai petit bijour de pop/rock folkisante, magnifiquement produite par Lenny Kaye (du Patti Smith Group, et rock-critic à la base) et Steve Addabbo (euh, lui, en revanche, c'est qui ? un mec qui joue de la guitare sur Gypsy, un des morceaux de l'album, entre parenthèses, ce que la parenthèse finale qui va suivre tendrait à prouver, que c'est justement entre parenthèses) (vous voyez, je ne vous mens jamais). Sur ce deuxième album, Suzanne (chant, guitare acoustique) est accompagnée de Marc Shulman (guitare électrique), Anton Sanko (claviers, synthétiseurs), Michael Visceglia (basse, un peu de synthés) et de Stephen Ferrera (batterie et percussions), mais d'autres musiciens (dont un des deux producteurs, donc) participent à telle ou telle chanson : ShawnColvin aux choeurs, Sue Evans aux percussions, Frank Christian à la guitare, Jon Gordon aussi, Mitch Easter aussi. Ces noms ne vous disent rien ? A moi non plus. Sincèrement, en fait, mis à part Suzanne Vega et le producteur Lenny Kaye, aucun nom, ici, ne tilte dans ma tête. Mais ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas connus qu'ils ne sont pas bons, oh que non, car l'accompagnement musical sur l'album est excellent. 

SV2

Solitude Standing, 44 minutes et 11 titres (dont une reprise du premier morceau, en final), est probablement un des meilleurs albums de la fin des années 80. Ce sera un triomphe commercial, grâce à deux morceaux, les deux premiers de l'album. Le premier, Tom's Diner (dont on trouve une version instrumentale, Tom's Diner (Reprise), en final), est un morceau très court, 2 minutes, et entièrement a capella. Pas d'accompagnement musical, d'aucune sorte, juste la si charmante voix de Suzanne Vega qui chantonne ce texte. Utilisé comme musique de pub pour les assurances GMF il y à quelques années (le final en scat, tututudutudududu), ce morceau est sans accompagnement car Suzanne, qui voulait une musique d'accompagnement au piano mais ne savait pas en jouer, a peut-être eu la flemme de faire venir un pianiste et a enregistré le morceau tel quel, avant que l'envie d'enregistrer Tom's Diner lui passe peut-être. On ne va pas s'en plaindre, car tel quel, ce morceau est sublime. On notera une anecdote : ce morceau a été apparemment celui qui a servi de base pour les ajustements des compressions sonores pour le format digital MP3 ! Autre morceau super connu, encore plus connu que Tom's Diner d'ailleurs, et qui passe encore très régulièrement sur les radios du monde entier (allumez la radio sur RTL2 le matin, coupez-la le soir, et logiquement, elle devrait passer au moins une fois dans la journée) : Luka. Oui, vous connaissez cette chanson, tout le monde la connaît. Ah, j'avoue qu'au bout d'un certain nombre d'écoutes hebdomadaires, elle avait sérieusement commencé à me faire chier, cette chanson, mais désormais, je ne peux plus m'en passer, je l'adore. J'ai mis du temps (enfin, je le sais depuis un certain temps quand même, mais enfant et ado, je ne le savais pas) à comprendre de quoi elle parlait, même si le clip, que j'ai vu tardivement (et si je l'ai vu enfant, je ne m'en souviens pas) est sans équivoque : la chanson parle d'un enfant maltraité, c'est lui qui raconte, qui dit, en gros, si vous entendez des bruits bizarres, ne cherchez pas, c'est qu'on me frappe encore, mais je ne veux pas me plaindre, sinon je vais encore y avoir droit. Comment des paroles aussi sombres (They only hit until you cry/After that, you don't ask why, you just don't argue anymore) peuvent-elles aussi bien coller avec une mélodie aussi sublime ? Quelque part, cette chanson, c'est le Berlin de Lou Reed, en version Suzanne Vega. 

SV3

Le reste de l'album est exemplaire (Calypso, Gypsy que la Suzanne aurait écrite vers ses 18 ans, soit une dizaine d'années avant de la mettre sur l'album, Solitude Standing, Wooden Horse (Caspar Hauser's Song), In The Eye), il n'y à vraiment aucune mauvaise chanson ici, tout au plus la version instrumentale de Tom's Diner, en final, est inutile. Ou alors, on mixe les deux versions et on a une chanson en entier, chant et accompagnement musical ! J'aurais d'ailleurs préféré avoir une version chantée avec accompagnement en final plutôt que cet instrumental sympa mais qui ne s'imposait pas. Mais ça ne gâche pas la qualité globale de cet album. Vraiment, les chansons sont toutes remarquables (le fait de commencer le disque par ses deux sommets, même si Solitude Standing, située en sixième position, est du même niveau, est tout de même un peu limite, mais beaucoup d'albums sont conçus de la sorte). Porté par le succès monumental de Luka, clairement une des chansons majeures de ces 40 dernières années, Solitude Standing supporte magnifiquement bien le test suprème, celui du temps qui passe et n'arrange souvent rien. Ce qui sonne génial en 1987 peut parfois, souvent même, sonner un peu daté, voire totalement dépassé. Mais les arrangements et la production au cordeau de ce disque font que l'album sonne aussi bien en 2018 qu'il y à 31 ans. On ne peut pas dire ça de beaucoup d'albums de cette époque. 

FACE A

Tom's Diner

Luka

Ironbound/Fancy Poultry

In The Eye

Night Vision

Solitude Standing

FACE B

Calypso

Language

Gypsy

Wooden Horse (Caspar Hauser's Song)

Tom's Diner (Reprise)