Il y à de celà quelques mois, j'ai abordé pas mal d'albums présents dans le livre Collector de Philippe Manoeuvre, dans lequel l'ancien rédac'-chef de Rock'n'Folk recensait une centaine d'albums qu'il adore mais qu'il trouve méconnus, oubliés, pour diverses raisons (insuccès à leur sortie, trop en avance sur leur temps, faits par des groupes ou artistes de seconde zone, etc). Certains de ces albums sont connus mais souffrent d'une sale réputation, d'autres sont moyennement connus et un peu négligés, et d'autres, vraiment obscurs et n'ayant pas eu de succès. J'ai décidé de vous proposer ma version de l'affaire (certains albums dans ma liste se trouvent dans le bouquin de Manoeuvre ; soit je les connaissais déjà avant, soit, souvent, le livre me les a fait découvrir), par ordre chronologique (nom du groupe ou de l'artiste entre parenthèses), c'est parti !

R-4884727-1378440946-8705Their Satanic Majesties' Request (The Rolling Stones), 1967 : 1967 : année psychédélique par excellence. Tout le monde s'y met, Beatles, Love, Jefferson Airplane, Traffic, Pink Floyd, Pretty Things... Il semblait inévitable que les Rolling Stones n'essaient pas, eux aussi, les champignons, perdant ainsi leur producteur Andrew Loog Oldham dans l'affaire. Un Between The Buttons gentiment beatlesien inaugure leur discographie soixante-septarde. Puis en fin d'année, ce disque dont la pochette (en hologramme 3D à la base) s'inspire à la fois de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (la photo chamarrée centrée, le titre de l'album dans un sens) et de Magical Mystery Tour (le cadre, inspiré par celui de la version américaine de l'album des Beatles). Un disque totalement psychédélique, qui part dans tous les sens (même le bassiste Bill Wyman chante sur un morceau qu'il a lui-même signé, cas unique dans la discographie du groupe : In Another Land), parfois dans le bon (Citadel, 2000 Light Years From Home, She's A Rainbow), parfois dans le mauvais (Gomper, Sing This All Together (See What Happens), On With The Show). Cas unique dans leur discographie, Their Satanic Majesties' Request est un disque que le groupe reniera quelque peu, pendant de longues années. Ils auront essayé le psychédélique, c'était pas pour eux. 

4The Notorious Byrd Brothers (The Byrds), 1968 : J'ai l'impression que ce disque, parfait de bout en bout de ses courtes 28 minutes, est un peu oublié. Quand on cite les Byrds, c'est souvent pour parler de leurs reprises de Dylan (aucune sur ce disque, au passage), ou bien de leur album Sweetheart Of The Rodeo (qu'ils feront après ce disque), dans lequel ils s'intéressaient à la country. Mais The Notorious Byrd Brothers, enregistré avec un David Crosby qui n'allait pas tarder à partir (selon la légende, le cheval, sur la pochette, le remplace) et qui n'est pas présent tout du long ici, est indéniablement leur chef d'oeuvre. Un disque assez original, le groupe expérimentant un petit peu (cuivres, synthés), ce qui ne les empêche pas de livrer la marchandise : des classiques à la pelleteuse, Wasn't Born To Follow, Tribal Gathering, Get To You, Draft Morning, Natural Harmony, Goin' Back... Il faudrait, en fait, tout citer ! De la pochette à ses morceaux, cet album est légendaire, mais aussi, je pense, assez scandaleusement oublié de nos jours. Rattrapez ce retard !

sans-titreThe Live Adventures Of Mike Bloomfield And Al Kooper (Mike Bloomfield And Al Kooper), 1969 : En 1968 sort Super Session, un album gigantesque enregistré par Mike Bloomfield (guitariste ayant notamment joué avec Dylan et dans The Electric Flag) et Al Kooper (claviériste et arrangeur pour Dylan, futur producteur de Lynyrd Skynyrd) pour la face A, et Stephen Stills et Al Kooper pour la face B. Un disque de rythm'n'blues/rock/jazz ahurissant de maîtrise. Quelques temps après ce disque, Kooper et Bloomfield décident de réitérer le coup, mais en live. Ils vont jouer trois soirs au Fillmore East de New York (le troisième soir, Bloomfield, souffrant d'insomnies chroniques et ayant dû être hospitalisé en cure de sommeil, sera remplacé par Carlos Santana, Elvin Bishop et Steve Miller, lequel sera absent de l'album), et l'ensemble donnera, en 1969, ce double live anthologique, à la prise de son parfaite et no shit (sur un titre, une reprise du Dear Mr Fantasy de Traffic couplée à des bribes de Hey Jude des Beatles, le micro vocal de Kooper merdera, et ça sera laissé tel quel) : The Live Adventures Of Mike Bloomfield And Al Kooper. Sous une pochette signée du grand Norman Rockwell. Un grand, grand moment de rock, jazz et rythm'n'blues en live, essentiellement constitué de reprises, toutes sublimes (Green Onions, The 59th Street Bridge Song (Feelin' Groovy) sur laquelle Paul Simon, le chanteur initial, chantera en rajout studio, le dernier couplet, une des rarissimes modifications en studio des bandes live des concerts). Parfait, mais quelque peu oublié de nos jours, j'en ai bien peur. 

thGZV2VGOCBryter Layter (Nick Drake), 1970 : Des trois albums de Nick Drake, génie éphémère de la folk anglaise (mort en 1974, il n'avait pas 30 ans), celui-ci est le deuxième. Il ne se vendra ni mieux ni moins bien que les deux autres ;  tous seront des bides commerciaux, faisant à l'époque penser Nick Drake qu'il était peut-être un raté. Ce n'est que bien des années après que le tragiquement timide bonhomme à la voix angélique et reposante deviendra hype. Des trois albums, Five Leaves Left (le premier) est le plus connu, et Pink Moon (le dernier, court et uniquement constitué de la voix et de la guitare sèche de Drake), sans doute le plus culte. Bryter Layter, coincé entre les deux, agrémenté de quelques cuivres et choeurs féminins, constitué de chansons au moins aussi mélancoliques que pour les deux autres albums, mais avec quand même un ou deux titres plus 'entraînants' (si on peut dire), est le mieux produit des trois, mais aussi le moins révéré, celui qui nécessite le plus d'écoutes. Il semble le moins bon des trois, ce n'est pas le cas, il est aussi bon, mais restera probabllement à vie, et malgré la présence ici de At The Chime Of A City Clock, Northern Sky et One Of These Things First, le canard boîteux de la courte mais parfaite discographie de Nick Drake. Aussi essentiel que les deux autres, mais le seul qui nécessite une place dans cette liste. 

0e006ff5fd734d5d97443de47119db5bGinger Baker's Air Force (Ginger Baker's Air Force), 1970 : Après la séparation de Cream, Ginger Baker (batteur) rejoint Eric Clapton (Cream) et Stevie Winwood (Traffic) pour monter le groupe Blind Faith, en 1969, qui tiendra un album et quelques concerts avant de stopper. Baker va alors fonder son propre groupe, qui tiendra le temps de deux albums : le Ginger Baker's Air Force. S'y retrouvent une dizaine de musiciens, dont Winwood, Ric Grech (bassiste et violoniste de Blind Faith), Graham Bond, Denny Laine, Remy Kabaka, Phil Seamen et Chris Wood. Double et enregistré en live, le premier album du collectif est une tuerie qui mélange adroitement, le temps de 8 titres (dont 5 dépassent les 10 minutes), rock, jazz, world music et expérimentations. Le deuxième album, simple et en studio, sorti plus tard au cours de la même année, sera une vraie déception en comparaison. Mais ce premier opus est une réussite totale, et totalement envoûtante, dans laquelle on entend de nouvelles versions de Toad (solo de batterie) et Do What You Like, morceaux issus des répertoires de Cream et Blind Faith, respectivement. Foutraque mais jubilatoire !

thParachute (The Pretty Things), 1970 : Les Pretty Things, on ne va pas se mentir, est un des plus talentueux groupes de rock des années 60. La bande à Phil May et Dick Taylor (qui fit partie des Rolling Stones au tout début de leur existence ; et qui ne faisait plus partie des Pretty Things au moment de la sortie de cet album en 1970), qui a aussi accueilli en son sein le batteur fantasque Twink (futur Stars avec Syd Barrett et futur Pink Fairies), est un groupe génial, mais aussi et surtout de fantastiques losers. Aucun succès, jamais. Commercial, je veux dire. En 1968, ils publient S.F. Sorrow, un des premiers concept albums de l'histoire, et qui aurait très bien pu se trouver ici. Bide commercial. En 1970, ils publient, contre toute attente, ce Parachute qui est un peu leur Abbey Road : enregistré par un groupe en pleine implosion, dans le doute le plus total (pas la peine de douter, les mecs : bien entendu, que votre album n'aura aucun succès commercial, et ce, même si Rolling Stone le titrera album de l'année !), ce disque est un chef d'oeuvre absolu, sur lequel Phil May, le chanteur principal, le chante pas avant le quatrième titre. Les trois premiers titres ne sont pas instrumentaux pour autant. Mélange de rock parfois très dur (Sickle Clowns inspiré par Easy Rider, Miss Fay Regrets), de country-folk apaisante (Grass, What's The Use) et de pure pop (She's A Lover, la triplette In The Square/The Letter/Rain), l'album offre un Cries From The Midnight Circus totalement ahurissant (cette basse...) en final d'une face A tellement monumentale qu'on en craint pour le niveau de la B. Mais rassurez-vous, elle est au moins aussi bonne, cette face B ! Le seul truc pas terrible ici, c'est la pochette, ratée bien comme il faut, et quasiment incompréhensible (hormis le côté campagne Vs mégapole/country Vs rock de l'album)...

delaney%20and%20bonnie%20with%20eric%20claptonOn Tour With Eric Clapton (Delaney & Bonnie + Friends), 1970 : Delaney et Bonnie Bramlett étaient (elle est toujours vivante, lui non) un duo, mais aussi et surtout un couple, qui finira par se séparer en 1972, de folk et de blues, américain. Cet album, live, dont il existe une version de 4 CD proposant l'intégralité des shows, est le résumé, d'époque, court mais remarquable, d'une série de concerts donnés en Angleterre en 1970, avec Eric Clapton (et, le temps de quelques concerts, un certain El Angelo Misterioso, qui n'est autre que George Harrison). Classiques du blues et de la folk, standards et originaux se cotoîent ici, et si la version 4 CD est meilleure parce que largement plus généreuse (d'autant plus que l'album d'époque est simple), ce live de 1970, très bien enregistré, est ultra recommandé. A noter que les musiciens du duo sont tellement bons qu'ils seront 'piqués' à Delaney & Bonnie par Clapton (ils seront les futurs Derek & The Dominoes pour certains) et Leon Russell (ils feront, pour certains, partie de la troupe Mad Dogs & Englishmen de Joe Cocker et Leon Russell, et seront des musiciens pour Russell). Normal, Delaney & Bonnie avaient le chic pour s'entourer des meilleurs ! De ce duo/groupe, l'album studio Motel Shot de 1970 est recommandé aussi. 

TD19Other Voices (The Doors), 1971 : Ca peut sembler ahurissant, et même franchement improbable, mais les Doors ont décidé, juste après la mort de Jim Morrison, de...continuer. Sous le même nom. Sans rien changer, mis à part que Robbie Krieger (guitare) et Ray Manzarek (claviers) décident de se partager le chant (John Densmore, le batteur, ne sachant pas chanter, a préféré, c'est tout à son honneur, passer son tour). Je ne vous dit pas comment ce disque a été reçu à sa sortie, quelques mois à peine après la mort de Morrison. Le titre de l'album ('d'autres voix') semble vouloir tout dire : les Doors n'étaient pas que Jim, il y a d'autres membres, qui peuvent chanter eux aussi. La pochette les montre comme éreintés, amorphes, encore sous le choc de la mort de Jim (mais au verso, ils sont relaxés). Musicalement, c'est un excellent opus qui n'a pas à rougir des précédents (Ships W/ Sails, Hang On To Your Life). Mais alors, vraiment pas. Other Voices est une agréable surprise qui mérite bien mieux que sa réputation. 

0039 2Islands (King Crimson), 1971 : J'aurais très bien pu mettre aussi le précédent opus du groupe, Lizard (1970), que Robert Fripp (guitare, leader du groupe) reniera par la suite, mais je trouve cet Islands de 1971, lui aussi le seul album d'une certaine formation de King Crimson (le groupe connaîtra pas mal de changements entre 1969 et 1973), avec Boz Burrell au chant et à la basse (futur membre de Bad Company), car j'ai vraiment l'impression que cet album est totalement négligé. On le considère souvent comme plat, chiant, lent, il est vrai que le climat global de l'album est assez éthéré et languissant (Formentera Lady, Islands), et que King Crimson n'avait vraiment pas habitué à ça. Si Islands avait été un disque de Pink Floyd, on n'aurait probablement rien dit d'autre que ça, c'est un bon disque bien floydien. On a quand même deux passages plutôt mouvementés (The Sailor's Tale et Ladies Of The Road), et encore, mais dans l'ensemble, cet lbum est contemplatif et calme. Idéal pour de la relaxation, un peu comme le Meddle de Pink Floyd, qui date de la même année. Et comme pour Meddle, c'est un excellentissime album. 

114761929Jamming With Edward ! (Nicky Hopkins, Ry Cooder, Mick Jagger, Bill Wyman & Charlie Watts), 1972 : Selon la légende, c'est en attendant que messire Keith Richards veuille bien revenir de son impromptue ballade (il venait d'y avoir une certaine tension au sein du groupe et Keith partit prendre l'air) que Jagger, Wyman, Watts (trois des Rolling Stones), accompagnés du pianiste Nicky Hopkins et du guitariste invité Ry Cooder (apparemment, c'est sa présence qui créera la tension) enregistrèrent ces jams, en 1969, durant l'enregistrement de Sticky Fingers, album sorti en 1971. Ces jams, bordéliques et jouissives, n'étaient pas prrévues pour sortir sur disque, mais ce fut pourtant le cas, en 1972. Une chapine de disquaires américaine offrait, apparemment, ce disque en cadeau à tout client ayant acheté trois albums chez eux, ce qui fait que Jamming With Edward ! a probablement dû se trouver chez pas mal de monde. Comme Manoeuvre le dit dans son livre que je cite en haut d'article (l'album s'y trouve), si cet album avait été un bootleg, tout le monde le citerait comme son préféré des Stones. Au lieu de ça, il est sorti officiellement, et tout le monde l'a qualifié de gâchis de vinyle à la production un peu moyenne (rappelons que ça n'a pas été enregistré pour être publié, à la base). Au final, c'est vraiment très très bien, et le Edward du titre n'est autre que Nicky Hopkins, principal instigateur du projet. 

8Some Time In New York City (John Lennon & Yoko Ono), 1972 : Alors...oui, je sais, je sais, cet album est généralement détesté. Détesté des Beatlemaniaques, détestés de ceux qui ne sont pas fans des Beatles mais l'ont quand même déjà entendu. Cet album en binôme, fait par le couple Lennon/Ono, est double, et possède plein de problèmes : le second disque, live (qui était offert avec l'album, vendu donc au prix d'un simple, ce qui est toujours sympa), possède 16 minutes insupportables de Don't Worry Kyoko par une Ono qu'on imagine dans un sac, avachie au sol, mais braillant bel et bien quand même. On y trouve aussi une jam en plusieurs parties, faite avec Zappa et ses Mothers, et c'est pour le moins décousu et peu agréable. Quant au disque studio, une partie des chansons y sont chantées par Yoko, qui est quand même bien souvent très écoutable (sauf sur We're All Water). Et les chansons, très produites (Spector) et enregistrées avec le groupe Elephant's Memory (riche en cuivres), sont des chansons sur l'actualité, autrement dit, elles sont datées depuis belle lurette. Mais je ne sais pas pourquoi, j'aime de plus en plus cet album, malgré ses défauts. On y trouve de grands moments. Sous-estimé ?

14 - ARTHUR LEE - VindicatorVindicator (Arthur Lee), 1972 : Sous sa pochette montrant un Arthur Lee semblant totalement à côté de ses pompes (il lui en manque d'ailleurs une !) en train de serrer la main d'un balayeur, Vindicator est un album aussi grandiose que méconnu. Premier album solo du chanteur de Love, il est aussi éloigné de Love (dont les membres de la formation du Love de l'époque jouent, crédités sous le nom de Band Aid) qu'il soit possible de l'être. C'est un immense disque hendrixien (Arthur Lee et Hendrix se connaissaient bien), rock et funky, dont Lee enregistrera rapidement une suite qui ne sortira que dans les années 2000 (Black Beauty), et sous le nom de Love (et après la mort de Lee, je crois). Insuccès monumental à sa sortie, cet album apparemment enregistré à l'arrache (les musiciens ont enregistré des démos, Lee les a sorties quasiment tel quel, sans vraiment les remodeler) contient tout de même un gros classique, qui servira de musique de publicité en France, il y à une dizaine (ou plus ?) d'années, pour Sofinco : Everybody's Gotta Live. Le reste de l'album, entre Sad Song, Busted Feet et Hamburger Breath Stinkfinger, est assez ahurissant. Ce disque, difficile à trouver (j'ai chopé un vinyle, mais ce n'est pas un original, mais un pressage non-officiel), est un joyau oublié et méconnu. 

sonofschmillsonSon Of Schmilsson (Harry Nilsson), 1972 : Pote avec les Beatles (en tout cas, avec Lennon et Ringo, il fut leur compagnon de beuverie, il produira Ringo et sera produit par Lennon), Harry Nilsson, blondinet à la voix d'or, s'est fait connaître avec sa reprise du Everybody's Talkin' de Fred Neil, que l'on entend dans le film Macadam Cowboy. Ses albums sont remarquables. En 1971, il sort Nilsson Schmilsson, dans lequel on entend une reprise à tomber le cul dans la braise du Without You de Badfinger, meilleure et plus connue que l'originale. On y trouve aussi Coconut et Jump Into The Fire. L'année suivante, il sort le successeur, qu'il baptise logiquement, avec son sens de l'humour ravagé (qui transpire à mort tout du long des chansons), Son Of Schmilsson. Un chef d'oeuvre de pop dingue, une collection de chansons totalement loufoques (I'd rather be dead than wet my bed, chanté avec un choeur de petits vieux qui semblent avoir été enregistrés live from the hospice !), comme You're Breaking My Heart (so fuck you !) et Take 54. D'autres chansons sont plus 'distinguées' comme Spaceman, Turn On Your Radio et Remember (Christmas), ceci dit. La pochette, elle, représente Nilsson en vampire, et semble avoir été prise durant le tournage du film Son Of Dracula, produit par Apple, sorti en 1974, et interprété par Nilsson et Ringo Starr, un immense navet aujourd'hui introuvable dont Nilsson a évidemment fait la bande-son. L'album de la bande-son sortira en 1974 sous une pochette quasi identique et contient en partie des chansons des albums Nilsson Schmilsson et Son Of Schmilsson

TD22Full Circle (The Doors), 1972 : Les Doors auront essayé. A deux reprises, ils ont sorti un album studio (et feront des concerts) alors que tout le monde s'accordait à dire que les Doors, sans Morrison, c'est pas les Doors. Other Voices était excellent, ce Full Circle, dernière tentative à trois, est lui un peu moins réussi, mais tout de même franchement bon, super bon (Verdilac, The Mosquito que Joe Dassin adaptera en français) même. On notera que dans le vinyle d'époque (ainsi que pour sa réédition vinyle récente), le groupe avait inséré, dans la pochette, un zootrope montable en carton prédécoupé, représentant l'évolution d'un homme, du stade de bébé à celui de vieillard. Le zootrope se positionnait sur la platine et, en tournant, on avait ainsi les images qui défilaient. Un gadget, mais qui en rajoute au côté culte de ce petit album de rock, bien foutu, pas génial, mais franchement agréable ! Mais ça sera un bide tel que le groupe cessera ses tentatives de 'survivre' à Morrison. 

52247151_1Roadwork (Edgar Winter's White Trash), 1972 : Petit frère du regretté Johnny Winter, et tout aussi albinos que lui, et tout aussi talentueux que lui, voici Edgar. Le mec n'a pas eu une carrière aussi cartonneuse que celle de son frangin, mais se taillera tout de même un peu de succès en 1ç73 avec son album They Only Come Out At Night et son hit Frankenstein (un instrumental). L'année précédente, il sortit, avec son groupe de l'époque le White Trash, un double live (très court : 66 minutes seulement) anthologique, Roadwork, deuxième album du White Trash après un album studio éponyme en 1971. Le White Trash était constitué du chanteur Jerry LaCroix, qui hurle comme un damné ; je ne citerai pas les autres musiciens, pas connus, mais sachez qu'ils sont bons. Et on a deux invités, ici : Johnny Winter sur un titre, et le guitariste Rock Derringer, que l'on retrouvera plus bas dans la liste, et qui joue sur l'ensemble de l'album (et chante sur un titre ou deux). De Save The Planet (ces hurlements...) à Turn On Your Love Light en passant par les 17 minutes de Tobacco Road permettant à Edgar de livrer une prestation à tomber par terre, Roadwork est parfait. Et si vous voulez savoir ce que c'est exactement comme style, c'est du rock teinté de blues, de soul et de rhythm'n'blues, totalement en accord avec les lieux de l'enregistrement des concerts ayant donné ce live (Whiskey-A-Go-Go de Los Angeles et Apollo Theatre de New York). Monumental !!

randy-california-kapt-kopter-and-t-435404Kapt. Kopter & The (Fabulous) Twirly Birds (Randy California), 1972 : Randy California a quitté son groupe, Spirit, en 1971 après le chef d'oeuvre Twelve Dreams Of Dr Sardonicus (1970) que j'aurais pu placer dans la liste, mais j'ai préféré d'autres albums du groupe, plus bas. Le guitariste, qui reviendra dans Spirit en 1974, a lancé sa carrière solo en 1972 avec ce disque dont la pochette et le titre ne laissent pas vraiment présager de sa réussite. Mais Kapt. Kopter & The (Fabulous) Twirly Birds est un sommet de rock hendrixien (California a un temps, dans sa jeunesse, joué sur scène avec Hendrix), un disque constitué à la fois de reprises et de morceaux originaux, tous les morceaux (8 en tout) sont remarquables. Notamment, dans les reprises, deux morceaux des Beatles, bien transformés (Rain et Day Tripper) et, dans les originaux, Downer et Rainbow. Enregistré avec notamment Noel Redding (bassiste du Jimi Hendrix Experience, crédité ici sous le très subtil nom de Clit McTorius) et du batteur de Spirit (et beau-père de Randy) Ed Cassidy (lui aussi crédité sous un autre nom), cet album est magistral. Peu après, California et Cassidy, inséparables, enregistreront The Adventures Of Kaptain Kopter & Commander Cassidy In Potatoland, qui ne sortira qu'en 1981, en tant qu'album de Spirit. Et juste après, Randy retourne dans Spirit...

114659013Bare Trees (Fleetwood Mac), 1972 : Quand Peter Green quitte Fleetwood Mac en 1970, le groupe est sonné, mais continue un peu, avec Jeremy Spencer et Danny Kirwan (qui vient de mourir il y à quelques semaines). En 1970, Spencer se barre aussi. Le groupe recrute un nouveau guitariste et chanteur (Kirwan assure aussi à ces deux postes, et au chant, il y à aussi la claviériste Christine McVie), Bob Welch. Le groupe sort Future Games (remarquable) en 1971, mis c'est Bare Trees, en 1972, qu'il convient d'écouter en priorité (après, il y aura encore trois albums dans l'ensemble très bons, en 1973/1974, avec Welch, avant qu'il ne parte et que n'arrivent Stevie Nicks et Lindsey Buckingham, et le groupe de recommencer sur de nouvelles bases). Bare Trees, avec sa pochette signée du bassiste John McVie (mari de Christine), est un chef d'oeuvre de pop mélancolique (Sentimental Lady, The Ghost, deux chansons de Welch ; Spare Me A Little Of Your Love de Christine), parfois très rock (Kirwan, qui partira peu après ce disque en grande partie pour des raisons de santé mentale déclinante, livre des prestations remarquables à la guitare sur Child Of Mine, Sunny Side Of Heaven et Danny's Chant). Le tout s'achève sur une déclamation (Thoughts On A Grey Day), par une vieille dame distinguée, d'un poème signé de la vieille dame, manière étonnante de finir un disque !

MI0000367016Dixie Fried (James Luther Dickinson), 1972 : Originaire du Sud des USA, James Luther Dickinson, qui pose fièrement en fin de race déglingué sur un piédestal sur la pochette, était plus connu sous le nom de Jim Dickinson. Pianiste légendaire ayant notamment joué avec les Rolling Stones, il était aussi producteur (il a produit le premier album solo d'Alex Chilton, Like Flies On Sherbert, ainsi qu'aidé à la production du troisième Big Star, Third/Sister Lovers, notamment). C'était aussi un chanteur, il a fait quelques albums franchement peu connus, et sans doute difficiles à trouver. Sorti en 1972, réédité récemment en vinyle, Dixie Fried en est un, je ne sais pas si c'est son pire ou son meilleur, sans doute pas son pire, car, franchement, c'est un immense album de rhythm'n'blues et de soul blanche, made in Dixie, bien poisseux et vaudou comme on aime (la reprise du John Brown de Dylan est ahurissante, hors de ce monde). On sent fortement l'influence d'un certain Dr John ici, ce qui n'est pas étonnant, d'autant plus qu'il joue rapidement sur l'album. Wine, Casey Jones (On The Road Again), O How She Dances et le morceau-titre sont d'autres morceaux de choix sur ce disque court (dans les 37 minutes) mais intense, aussi méconnu que franchement remarquable. Mais John Brown, qui me hantera à jamais, en est le sommet définitif. Sur ce morceau de 6 minutes, on sent bien l'atmosphère prenante, oppressante et poisseuse d'une cérémonie vaudoue, même si le morceau ne parle pas de ça. 

Jukin-Bone-1971-Whiskey_WomanWhiskey Woman (Jukin' Bone), 1972 : Encore un album découvert via le Collector de Phil Man. Et comment j'aurais pu le découvrir en dehors de ça, je ne sais pas (dans un de ses textes, situé dans un des deux recueils anthologiques posthumes sur lui, le rock-critic américain Lester Bangs cite ce groupe, mais comme ça, en passant, au milieu d'autres, et je ne m'en suis rendu compte qu'une fois l'album découvert, pas avant). Jukin' Bone est un groupe de hard-rock américain, qui sortira quelques albums (deux ou trois), celui-ci est leur premier, il s'appelle Whiskey Woman, et sa pochette fait plus album de jazz ou de soul qu'autre chose. Sonnant comme de vraies furies, les musiciens et le chanteur de ce groupe originaire de Syracuse, Etat de New York, sont ahurissants. Si vous voulez cherchez à savoir à quoi ça ressemble, imaginez du Led Zeppelin de l'époque 1969/1970, en plus violent (le groupe reprend d'ailleurs The Hunter, un classique du blues que Led Zeppelin incluera dans How Many More Times, dans le final). Ca sonne monstrueusement, c'est du lourd, du très lourd ici, je vous aurai prévenu. Signés sur RCA à l'époque, le groupe n'aura hélas aucun succès, et le disque a été réédité, presque officieusement, sur un petit label indépendant, en CD. Trouver un vinyle d'époque de cet album est une gageure, et le prix s'en ressentira forcément. Culte à mort. Un des plus grands disques de hard-rock qui soient. 

0b70507d32aea03527c693a2425cc8f5Ooh La La (Faces), 1973 : Le dernier album des Faces (anciennement Small Faces quand Steve Marriott en faisait partie, le groupe se renommera Faces en 1970 quand il accueillera Rod Stewart et Ron Wood) est un disque très court, 30 minutes, sorti sous une pochette amusante en gadget : pressez le haut de la pochette, en faisant doucement pour ne pas la niquer (et ne le faites pas trop souvent, aussi !) et par un miracle de pop-up, la bouche du Gastone de la pochette s'ouvre, laissant montrer des dents et une langue ! Ooh La La est un disque au bord de la rupture, comme le groupe à l'époque. Rod Stewart avait déjà lancé sa carrière solo depuis 1970, et il la privilégiait au détriment de celle du groupe (quand Ron Wood sortira son premier opus solo en 1974, il l'appellera I've Got My Own Album To Do en allusion à ça). Rod est présent ici, mais pas sur tout, Ron Wood et Ronnie Lane chantent aussi. On trouve sur ce disque quelques chansons absolument géniales, comme Cindy Accidentally, le morceau-titre (signé Wood, il me semble) et Borstal Boys. L'ambiance est assez frénétique, on ne s'emmerde pas un instant, le disque sonne très urgent, sa courte durée et celle de ses morceaux (il y en à 10) y est pour quelque chose. On ose dire que ce n'est pas le meilleur album des Faces, que Long Player et A Nod's As Good As A Wink...To A Blind Horse ! (ce titre...) sont meilleurs. Peut-être. Sûrement même. Mais Ooh La La mérite amplement la (re)découverte !

R-468749-1364637615-1484Leon Live (Leon Russell), 1973 : Sincèrement, cette pochette ne donne pas spécialement envie de découvrir l'album qui se cache dedans. Triple live (double CD depuis), Leon Live est un live de Leon Russell, regretté musicien et chanteur de blues américain mort l'an dernier. Sous son sempiternel chapeau et sa non moins sempiternelle barbe fleurie (sans parler de sa crinière), ce mec, musicalement génial, mais qui avait apparemment un sacré caractère, livre ici une prestation remarquable, ses classiques et des standards dans des versions à tomber : Delta Lady, Shoot Out On The Plantation, un Jumpin' Jack Flash/Youngblood Medley qui occupe une face entière et dure 16 ou 17 minutes... On prend énormément de plaisir à écouter ce live du bluesman white trash à voix de canard, ancien compère de Joe Cocker le temps d'une tournée américaine épuisante au bout de laquelle il (Russell) lui piquera ses musiciens (sympa, le mec). Vers la fin de sa vie, il a collaboré, à une ou deux reprises, et ce fut excellent, avec Elton John. Mais l'ensemble de sa carrière, et le mec fut aussi dénicheur de talents via son propre label Shelter (sur lequel fut signé J.J. Cale), est incroyable. 

1Holland (The Beach Boys), 1973 : Un album miraculeux par un groupe à l'époque dans une assez mauvaise passe (Brian Wilson, de plus en plus dingue, cède le pas, gentiment, à deux musiciens d'appoint sud-africains, Blondie Chaplin et Ricky Fataar, qui apportent un peu de sang neuf, mais dénaturent quand même la musique du groupe). Enregistré en Hollande comme son nom l'indique, cet album, vendu à l'époque avec un 45-tours bonus offert (veillez bien à ce qu'il soit dans la pochette, si vous voulez vous procurer un vinyle d'époque ; en plus, la mention du 45-tours bonus est imprimée au verso de pochette) proposant une sorte de mini-symphonie radiomicale, est un des meilleurs opus du groupe. On y trouve Sail On Sailor, la suite California (trois morceaux), Steamboat... On y trouve des mélodies sublimes signées par un groupe au bord du précipice (l'album suivant, si je ne m'abuse, sera le terrifiant de nullité 15 Big Ones), qui parvient totalement à contrer les coups du sort ici, avec cet album enregistré, cependant, dans des conditions pas optimales. Méconnu et sublime. 

thT1KRJXUTSqueeze (The Velvet Underground), 1973 : Ouh, qu'il est mal aimé, ce disque ! Détesté, en fait ! Pire, même : considéré comme un des pires albums jamais enregistrés et publiés, par la majorité des gens. Et vous savez quoi ? La majorité de ceux qui défoncent ce disque ne l'ont probablement jamais entendu. Squeeze, qui fut pendant longtemps difficile à trouver (il existe en CD, pas vraiment officiellement, et le CD n'est pas aussi facile à trouver que, disons, le dernier Maître Gims), et dont il circule beaucoup de contrefaçons en vinyle (je le sais bien, j'en possède une), est le dernier album du Velvet Underground et il date de 1973. Mais ce n'est pas du tout un disque du Velvet, malgré le nom. Le Velvet n'existe alors plus du tout, il ne reste plus que Doug Yule (chant, basse, quasiment de tout en fait, présent depuis 1969 en remplacement de John Cale) et la batteuse Maureen Tucker. Yule et Tucker (qui est enceinte) arrêtent donc le groupe. Mais Steve Sesnick, leur vénal manager, force Yule à sortir, sous le nom du Velvet, les quelques 11 chansons qu'il vient d'enregistrer, à Londres, avec le batteur de Deep Purple, Ian Paice, en accompagnateur (Yule joue de tout le reste). Yule veut sortir ces chansons, mais sous son propre nom. Sesnick sent bon le pognon arriver et le force à prendre le nom du groupe défunt (Lou Reed ne reconnaîtra jamais ce disque comme étant un du VU). Sesnick tient bon et obtient 'gain de cause'. Le disque sort, se fait allumer un peu partout, on s'en prend à Yule (Sesnick, entre temps, cocasse mais vrai, lâche le 'groupe') qui n'y est pour rien. Bien entendu, c'est un bide commercial. Mais musicalement, c'est du très très bon niveau (Dopey Joe, Caroline), du niveau de Loaded, 33 minutes bien agréables qu'à peu près personne n'a vraiment pris le temps d'écouter en raison d'une réputation merdique qui lui traîne autour depuis plus de 40 ans. Sans parler de la pochette qui n'aide pas. 

thL7N27YLBAll American Boy (Rick Derringer), 1973 : Selon la légende, cet album solo de Rick Derringer (un des plus fameux guitaristes de rock des années 70, qui a bossé avec Edgar Winter, Johnny Winter, Todd Rundgren, qui a signé le solo de guitare central du Under My Wheels d'Alice Cooper, bref...un pilier) sera un bide en grande partie à cause de sa pochette super over the top, qui lui aurait nui. Je n'y crois pas trop, c'est un peu mince comme argument pour justifier un échec commercial, mais en tout cas, malgré sa qualité totale, All American Boy, mélange détonnant entre glam et hard, sera en effet un bide. C'est d'autant plus dommage qu'il offre du lourd : Hold (écrit par Patti Smith), Rock'n'Roll, Hoochie Koo (déjà interprété au sein du White Trash d'Edgar Winter, et avant ça en solo, par Johnny Winter, dans les deux cas), Jump, Jump, Jump, The Airport Giveth (The Airport Taketh Away)... Sur ce disque, Derringer prouve qu'il est, malgré son look de minet (et en effet, la pochette est singulièrement foirée), un chanteur de talent, a voix étant très bonne, et un putain de guitariste qui sait bien s'entourer. Pas de grosses stars ici, mais des musiciens de haut talent (Joe Lala, David Bromberg, Kenny Passarelli, Joe Vitale, Edgar Winter quand même), ce qui ne gâche vraiment rien.

38666-approximately-infinite-universeApproximately Infinite Universe (Yoko Ono), 1973 : Hé oui, encore Yoko. La meuf à John a commencé a carrière solo en même temps que son mari (je ne compte pas les trois albums avant-gardistes du duo, de 1968 à 1969), en 1970. Elle continuera régulièrement jusqu'en 1973 (pas avec ce disque, elle en sortira encore un après) avant de relancer sa carrière en 1981, après la mort de Lennon. Ce disque de 1973 est double (le précédent l'était aussi), et est en quelque sorte le Mind Games de Yoko. Approximately Infinite Universe est un disque long, 90 minutes environ, mais remarquable, assez éloigné des précédentes livraisons de Yoko. Elle ne braille pas, ici, comme un chat qu'on encule, mais elle chante. Elle chante vraiment, et quand elle s'y met, sa voix est, franchement, jolie, agréable. On peut dire ce qu'on veut d'elle, et elle est incontestablement une des personnalités les plus détestées du rock pour les raisons que l'on sait (elle a bien foutu la merde au sein des Beatles, mais en même temps, ils commençaient déjà à se fritter entre eux à son arrivée...elle n'a, c'est vrai, rien arrangé entre eux), mais passer à côté de ce disque parce que c'est un disque de Yoko, serait dommage. C'est pourtant, en gros, ce qui s'est passé, et continue de se passer, depuis qu'elle a sorti ses albums solo.

105426601Aquashow (Elliott Murphy), 1973 : Premier album d'un artiste new-yorkais (résidant en France depuis une trentaine d'années) à la fois influencé par Bob Dylan et le rock, et ami de Bruce Springsteen, Elliott Murphy. Puisant son titre dans la biographie de Murphy (son père dirigeait une troupe de spectacle aquatique, ou une piscine, un truc dans ce genre), Aquashow est un régal précieux, un disque rare, n'ayant hélas jamais été édité en CD (mais il y à quelques années, Murphy réenregistrera l'album en totalité : Aquashow Deconstructed), et dont il est tout aussi hélas difficile de trouver un vinyle. Enfin, ce n'est pas mission impossible non plus. L'album est si beau qu'il en est irréel : la voix frèle et aigüe, nasillarde de Murphy, ses textes sublimes, ses arrangements et mélodies imparables...  Morceaux de choix : j'ai envie de dire, tout l'album, les 10 titres. Mais Last Of The Rock Stars, Marilyn, Like A Great Gatsby (renommé Like A Crystal Microphone sur la pochette pour des raisons de droits sur le nom de 'Gatsby'), Hangin' Out sont inoubliables. La suite de la carrière (toujours en activité) de Murphy sera exemplaire (Just A Story From America, Night Lights, Party Girls/Broken Poets), mais ce premier album en est peut-être le sommet. Enfin, il y à match avec Night Lights, ceci dit, car cet album de 1976, son troisième, offre la plus grande chanson de Murphy. Et si vous voulez savoir laquelle, attendez de lire ce que je dis de Night Lights, plus bas dans l'article, car l'album, forcément, est là.

th6EW6P8AWPlanet Waves (Bob Dylan & The Band), 1974 : Le Band s'est fait connaître en accompagnant Bob Dylan sur scène en 1966, et en enregistrant, avec lui, en 1967, dans le sous-sol d'une maison située non loin de Woodstock, un paquet de chansons, reprises ou originaux, qui sortiront en bootlegs (puis en officiel) sous le nom de Basement Tapes. Le groupe, canadien (sauf le batteur Levon Helm, américain), sort son premier album en 1968, Music From Big Pink. En 1973, Dylan, qui a quitté son label Columbia pour aller sur Asylum, organise avec le Band une grosse tournée américaine, qui donnera lieu en 1974 au double live Before The Flood. Juste avant, et le disque sortira aussi en 1974, Dylan enregistre son nouvel album studio, le seul album studio qui paraîtra sur Asylum (le live sortira aussi sur ce label ; courant 1974, Dylan revient sur Columbia), Planet Waves. Ce disque a été fait avec le Band, qui se restreint ici à l'accompagnement musical, aucun membre du Band ne chante. Pochette immonde et curieuse (à ce jour, personne ou presque ne sait ce que la mention Moonglow, en bas à gauche et en vertical, vient foutre ici), mais contenu aussi peu connu que génial. Enfin, peu connu, si on met de côté une chanson, Forever Young, considérée à raison comme une des plus belles du Bard. Il y à, à la suite, deux versions de la chanson sur le disque, la meilleure est la première (l'autre, plus courte, est une version rapide, sans intérêt). Le reste de l'album, Wedding Song, Dirge, Hazel, Something There Is About You ou Going, Going, Gone, est intouchable. 

thJOO9EFPZAss (Badfinger), 1974 : Dernier album du groupe à paraître sur Apple Records (et dernier album d'un autre groupe que les Beatles et ex-Beatles à paraître sur ce label avant qu'il ne ferme en 1975), Ass ('âne', mais aussi 'cul') est le quatrième de Badfinger, sorte de Big Star anglais. Tassé (35 minutes), produit en petite partie (deux chansons !) par Todd Rundgren, c'est leur meilleur. Le groupe quittera Apple juste après, échaudés par la manière dont ils ont été traités (comme de la merde) et sortira, dans la foulée, sur leur nouveau label Warner, l'album suivant, Badfinger, qui se trouve plus bas dans la liste car il le mérite aussi. Ass possède une pochette à la fois rigolote (et qui résume bien ce que le groupe pensait de comment on les traitait sur Apple) et moche (ces couleurs...). Musicalement, c'est splendide de A à Z, notamment un Timeless final de plus de 7 minutes, propice à de vrais déluges de guitare dans le final. Ou un Apple Of My Eye (là aussi, ce titre...) exemplaire, un Icicles superbe, un The Winner génial, un Constitution très heavy... Le groupe de Pete Ham et Tommy 'Badfinger' Evans livre un album à la fois pop et féroce, super bien produit (comme je l'ai dit, Todd Rundgren a produit deux titres, dont The Winner ; Badfinger et Chris Thomas ont produit le reste), que je conseille fortement !

17094I've Got My Own Album To Do (Ron Wood), 1974 : On en parle comme d'un des meilleurs albums des Rolling Stones. Qui ne jouent pas tous dessus, loin de là. On entend Jagger au contrechant sur un titre (qu'il a signé), Keith chante et joue sur un autre. Ron Wood, dont c'est le premier album solo, fera partie du groupe un an plus tard, mais ce n'était pas encore fait en 1974. Ce disque, sur lequel jouent aussi Andy Newmark, Willie Weeks, Rod Stewart, j'en passe, est un classique assez méconnu de rock 70's bien comme il faut, avec tout ce qu'il faut là où il le faut. On sent bien que les drogues ont fait partie de l'enregistrement, ça se sent jusque dans la pochette montrant un Woody un peu crevé, dans son salon, entouré d'amis musiciens (Keith au fond). Tout du long des 47 minutes de I've Got My Own Album To Do, qui reste à ce jour le meilleur album solo d'un Rolling Stones même si Woody n'en était pas encore un à l'époque, on a du grandiose : Far East Man, co-écrit avec George Harrison, qui incluera une autre version de la chanson, la même année, sur Dark Horse ; Shirley ; l'instrumental Crotch Music ; Mystifies Me ; et ce I Can Feel The Fire offert à Woody par Jagger, en échange de It's Only Rock'n'Roll (But I Like It) que les Stones mettront sur leur album de 1974. Un disque majeur et oublié en même temps, c'est possible ? La preuve. 

homepage_largeZinc Alloy And The Hidden Riders Of Tomorrow, Or A Creamed Cage In August (Marc Bolan & T-Rex), 1974 : Marc Bolan n'a sans doute jamais nié le fait que, rien que dans son titre, cet album de 1974 est une sorte de réponse au The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars de son ami/rival amical David Bowie. Sorti à l'époque sous une pochette à triple volet (compte tenu que c'est un album simple et que T-Rex était déjà sur la pente descendante en 1974, c'est un luxe assez inouï, presque grotesque), cet album au titre interminable ne sera pas très bien accueilli, déjà que le précédent (Tanx, 1973) avait essuyé des scuds, mais là, tout le monde criera sur les toits que ça y est, Bolan est foutu. Sincèrement, ce disque, très funky/soul (la présence de la compagne de Bolan, Gloria Jones, beauté afro-américaine ayant chanté la version originale de Tainted Love, n'y est pas pour rien), le seul crédité à Marc Bolan & T-Rex et non pas à T-Rex seul (mais ça revient au même, franchement), mérite des écoutes attentives. Dans le fatras de morceaux aux titres parfois imbitables (Painless Persuasion Vs The Meathawk Immaculate... The Leopards Featuring Gardenia & The Mighty Slug... il carburait à quoi, Bolan, à l'époque ?), il y en à 14 pour environ 47 minutes, on trouve de vraies merveilles : Teenage Dream, Venus Loon, Liquid Mouth, The Avengers (Superbad), Changes (rien à voir avec Bowie, évidemment)... Sorte de glam/soul plus ou moins conceptuel (sincèrement, j'ai pas essayé de trouver le concept), sorti sous une pochette qui marque (le regard, trafiqué, de Bolan, qui semble défier l'auditeur) mais qui fait très nanar quand même (ce bandeau rouge, qui fait compilation de troisième zone), cet album marque le début de l'effondrement pour T-Rex, c'est vrai, mais à côté de l'album suivant (Bolan's Zip Gun) et même de Futuristic Dragon, c'est franchement très bon. Et puis putain, j'y peux rien, moi, si j'adore ce disque !

L00000769Sally Can't Dance (Lou Reed), 1974 : Le pire je suis, le mieux je me classe dans les charts, c'est merveilleux. C'est en gros ce que dira Lou Reed, peu après la sortie de ce disque, qui sera son unique album à se classer dans le Top 10 aux USA. Il ne sera jamais très tendre avec ce disque court (32 minutes !) et dont la pochette fait vraiment sourire. Sorte de tentative white soul à la Young Americans (Bowie) mais avec un an d'avance, Sally Can't Dance n'est pas le meilleur de Lou, c'est clair, et il succède difficilement à un Berlin certes mal reçu à sa sortie, mais par la suite considéré comme un monument. Mais ce disque de 1974 ne bénéficie pas de cette réhabilitation. C'est un disque facile, vulgaire (cheap and nasty, comme le dira Lou), mais qui exerce un certain charme un peu pervers. Musicalement, malgré un Animal Language embarrassant (entendre Lou et ses choristes miauler et aboyer, ça fait rire une fois, et trembler de honte les autres fois), c'est du bon : Kill Your Sons (sur l'expérience d'électrochocs de Lou Reed, ado, imposée pour soit-disant le 'guérir' de son homosexualité), le morceau-titre, Ride Sally Ride, Ennui, N.Y. Stars, autant de morceaux faciles, certes, à la fois glam, funky/soul et parfois même un peu hard et/ou cabaret (à la Alice Cooper), mais que l'on prend beaucoup de plaisir à écouter. Bref, un très agréable petit album qui mérite amplement mieux que sa réputation merdeuse. 

01 FrontNo Other (Gene Clark), 1974 : S'il y à bien un disque dont la place, dans la liste, est polémique, je pense que c'est celui-ci. Attention, c'est un grand album, un chef d'oeuvre, et il fait partie de mes, disons, 15 préférés au monde. Mais il est unanimement considéré comme un chef d'oeuvre, ce qui n'est pas le cas des autres de la liste. Mais si j'ai placé No Other de Gene Clark (ancien membre fondateur des Byrds, dont il fut viré vers 1966) dans la liste, c'est parce que ce disque, à sa sortie, n'a eu aucun succès, et fut considéré comme un gâchis, un disque ayant coûté trop cher (il a en effet coûté très cher : le label Asylum, géré par David Geffen, signera Clark pour un contrat d'un album unique, et lui donnera, et à son producteur Thomas Jefferson Kaye, un budget illimité), et vu qu'il n'a pas marché, ça a forcément mis le label dans la merde. Il faudra attendre 2003 pour que le disque, au moment de sa sortie CD (oui, il faudra attendre aussi longtemps ! Et pendant le laps de temps entre 1974 et 2003, il sera vraiment difficile de se procurer un vinyle de l'album), pour que ce disque, le Berlin de Gene Clark, soit totalement réhabilité. Mort en 1991, il n'aura pas connu la renaissance de ce disque auquel il croyait fort. Musicalement, c'est de la country-rock à la Eagles (groupe géré par Asylum au passage), surproduit mais magnifiquement produit, et surtout, aussi sombre que la nuit. Solitude, dépression, détresse, drogue, tout y passe dans les 8 chansons (dont 8 chef d'oeuvres) de cet album. Seule faute de goût, mais de taille : la pochette, un vrai bordel sans queue ni tête. 

ray-manzarek-the-golden-scarabThe Golden Scarab (Ray Manzarek), 1974 : Après la mort de Jim Morrison, on l'a vu plus haut, les Doors restants ont essayé, à deux reprises, en 1971 et 1972, de continuer. Malgré la belle réussite des albums (surtout le premier), le succès commercial fut aussi important que celle d'une parution, en Israël, de Mein Kampf (ne gueulez pas, ça n'est pas arrivé, et heureusement). Ray Manzarek, le claviériste du groupe (et un des deux chanteurs, avec le guitariste Robbie Krieger, sur les deux albums dont je viens de parler), a lancé sa carrière solo en 1974 avec un disque étrange, totalement inclassable et totalement grandiose : The Golden Scarab. La suite de sa carrière, très courte, ne sera pas aussi imposante. Ce disque est incroyable. Une sorte d'album conceptuel autour des mystères de l'Egypte antique. On y trouve du rock (une reprise manzarekienne du Downbound Train de Chuck Berry), du jazz-rock (Solar Boat, le morceau-titre), des ambiances latino/samba (He Can't Come Today), un instrumental totalement dingue (The Moorish Idol dont le titre fait penser à Morrison), le tout ayant été enregistré avec des musiciens fantasbuleux : Larry Carlton, Tony Williams, Ernie Watts, Jerry Scheff (qui collaborera avec les Doors en 1971/72), mais personne des Doors. Ce disque incroyable n'a eu aucun succès à sa sortie. Pire : il a même obtenu, graduellement, une réputation de pensum imbitable, ce qu'il n'est pas du tout. Après, ce n'est pas à la première écoute qu'on accrochera à son ambiance à la fois camp et intello, et à son alternance de genres. Mais il se révèle au fil des écoutes. 

badfinger-badfinger-FrontalBadfinger (Badfinger), 1974 : Après leur départ d'Apple Records en 1974 (Beatles exceptés, ils seront les derniers à être publiés, à l'époque, sur ce label, avec leur album Ass), Badfinger est signé, sans gloire, sur Warner. Leur premier album sur ce label d'envergure, et leur cinquième en tout, sortira très peu de temps après Ass, quasiment en même temps. Le groupe voulait l'appeler For Love Or Money, mais la maison de disques dira non (pourquoi, je ne sais pas) et le groupe le sortira sans nom, un simple Badfinger peu vendeur. La pochette, sublime, représente une jeune femme en tenue d'homme de la Belle Epoque, à la Una Troubridge ou Radclyffe Hall. Je ne vais pas citer les hits de l'album, car il n'y en à pas. Le disque, bien que franchement réussi et renfermant de très très belles chansons (Island, Lonely You), sera un échec commercial absolu et retentissant, le groupe de Pete Ham et Tommy 'Badfinger' Evans ne s'en remettra pas. Le groupe sortira encore un disque, en 1975 (Wish You Were Here ; hasard malencontreux d'avoir appelé ce disque du même nom que le très vendu album de Pink Floyd, sorti aussi en 1975), avant que Pete Ham ne se suicide, la même année. Et Tommy Evans fera de même, lui en 1983...

cover_132171152016_rThe Silent Corner And The Empty Stage (Peter Hammill), 1974 : C'est le troisième album solo de Peter Hammill (chanteur, leader, guitariste de Van Der Graaf Generator, groupe de rock progressif dont l'ensemble des membres jouent sur ce disque, ainsi que sur pas mal des albums solo de Hammill, d'où, parfois, des confusions), et bien que je sache que pas mal de fans sont défenseurs, à mort, de Nadir's Big Chance (1975), je pense vraiment que The Silent Corner And The Empty Stage est son sommet. C'est un disque d'art-rock progressif très sombre (il faut voir les thèmes, les paroles : solitude, mensonge, folie...), offrant 7 grandes chansons la plupart du temps assez longues, l'album approchant de la cinquantaine de minutes. La pochette est étrange, je n'ai limite pas trop envie de savoir ce que ça représente (je préfère ne pas essayer de décrire l'intérieur de pochette). Ce disque me hante et m'a marqué au fer rouge dès la première écoute, c'est un sommet ahurissant qui, de Modern à A Louse Is No A Home en passant par The Lie (Bernini's St. Teresa) et Red Shift (avec la participation de Randy California à la guitare), me semble être absolument parfait, aucune faute à aucun niveau. Ultra essentiel pour fan de rock exigeant. Sinon, oui, le plus direct (du protopunk) Nadir's Big Chance est également absolument recommandé. Ainsi que le très hermétique mais remarquable In Camera, fait entre les deux.

stevie_wonder_-_fulfillingness_first_finale__front_Fulfillingness' First Finale (Stevie Wonder), 1974 : Quand Paul Simon recevra un Grammy Award pour son Still Crazy After All These Years en 1975, il remerciera Stevie Wonder pour ne pas avoir sorti de disque cette année-là. Il faut dire que Stevie les a accumulés (les disques et les Grammy). Pour ce disque-là aussi, qui date de 1974 et est indéniablement, malgré cette reconnaissance à l'époque, le petit frangin méconnu dans la liste d'albums cultes que Wonder a sorti dans les années 70 (Music Of My Mind, Talking Book, Innervisions avant lui ; Songs In The Key Of Life en 1976). De tous ces albums, c'est le seul que le magazine Rolling Stone n'a pas classé dans sa fameuse liste des 500 plus grands albums de tous les temps. Mais Fulfillingness' First Finale, ou FFF pour faire plus vite, n'en est pas moins un chef d'oeuvre. On y trouve un des morceaux les plus forts de la carrière de Stevie : They Won't Go When I Go, transe gospel a capella qui file des frissons. On y trouve aussi Smile Please, Bird Of Beauty, Heaven Is 10 Zillion Light Years Away, que du bon, du très bon, de l'exceptionnel. Que ce disque soit aussi peu connu de nos jours est une vraie insulte au talent de Wonder la Merveille. 

MI0003701237The Who By Numbers (The Who), 1975 : Je voulais à tout prix trouver un vinyle d'époque de cet album, mais j'ai rapidement lâché l'affaire : impossible (à moins de mettre le prix pour un exemplaire de collection, et je ne voulais pas non plus dépenser 50 € ou plus pour ce disque, j'avais d'autres priorités) de trouver un exemplaire n'ayant pas été outrageusement vandalisé par le reliement des points de la pochette (dessin signé du bassiste John Entwisle, qui ne s'est pas loupé au passage) ! J'ai donc acheté une réédition, neuf, en magasin, de The Who By Numbers, disque excellent des Who, sorti en 1975. Le groupe allait mal, très mal, et ce disque en est, comme pour le Presence de Led Zeppelin, un témoignage. Pete Townshend (guitare, chant sur certains titres) picolait plus que de raison et souffrait d'un blocage d'écriture ; selon la légende, tout ce qu'il a écrit pour l'album, leur premier en deux ans (depuis le double Quadrophenia, conceptuel) s'est retrouvé sur le disque. Il y à 10 titres, dont un (Success Story) est écrit par Entwisle, le reste est signé Townshend ! Soyons clairs, tout n'est pas parfait : They Are All In Love est un peu bof, Red Blue And Grey (chanté par Townshend qui s'accompagne d'un ukulélé) est amusante au début, saoûlante au bout de quelques écoutes, enfin, selon son humeur. D'une manière générale, la face B est moins bonne que la A. Mais la première face ! Slip Kid, However Much I Booze ('à quel point je picole'), Squeeze Box, Dreaming From The Waist, Imagine A Man, cinq chansons remarquables. Au bord du gouffre (les relations entre les membres, qui n'ont jamais été au beau fixe, s'empirent, les problèmes d'alcool et de drogue font des ravages, la concurrence est rude, le punk ne va pas tarder à débarquer), les Qui livrent un disque efficace, un peu inégal certes, mais quand même un milliard de fois supérieur à tout ce que le groupe sortira par la suite. J'ai bien dit 'tout'. Bref, voici leur dernier album valant le coup. 

rypdal-terje-odyssey-1975Odyssey (Terje Rypdal), 1975 : Attention : chef d'oeuvre. Attention aussi : la version CD de cet album ne propose pas le dernier titre (Rollin' Stone, long de 23 minutes) afin que tout tienne sur un seul CD, car sinon, c'est un double album. Odyssey est entièrement instrumental, et est un disque tout simplement tuant. Sorti sur le label de musique classique et jazz ECM, c'est un album du guitariste Terje Rypdal (me demandez pas comment ça se prononce ; Teryé Roupdal ? Terjé Ripdalle ?), de nationalité norvégienne. Non, les musiciens Norvégiens ne sont pas que des blackmétalleux nationalistes survivalistes crameurs d'églises en bois et tueurs de rivaux. Rypdal, passionné par Hendrix (et qui jouait dans un petit groupe qu'Hendrix, avant sa mort, écoutait apparemment beaucoup, The Dream), livre ici un vrai miracle : le disque qui fait voyager sans bouger son petit (ou gros) cul de son fauteuil. On écoute les 8 titres d'Odyssey, baignés d'orgue, de saxophone (joué par Rypdal ; le saxo, pas l'orgue) et de trombone (en plus de la guitare, basse et batterie) et on est embarqués illico dans un voyage vers un ailleurs absolu, nocturne (Midnight, 16 minutes hallucinantes, minimalistes, enchanteresses) la plupart du temps. 88 minutes à tomber par terre, il faut ABSOLUMENT que vous écoutiez ça. 

Deep Purple - Come Taste The Band (1975)

Come Taste The Band (Deep Purple), 1975 : Comment un groupe peut-il survivre après que son charismatique et génal chanteur se soit barré ? En en recrutant un autre. C'est comme ça que Deep Purple a fait venir David Coverdale en 1973 en remplacement de Ian Gillan (en même temps, il y à aussi eu un changement de bassiste, Glenn Hughes remplaçant Roger Glover). La formule marchera deux ans, et puis, en 1975, après la tournée du fadasse Stormbringer, le guitariste Ritchie Blackmore, excédé de la tournure funky que prend la musique du groupe, se barre, pour fonder Rainbow. Là, c'est la merde, qu'on se dit. Le Pourpre sans Blackmore, c'est logiquement comme les Stones sans Keith : impossible. Mais le groupe se resserre, et engage Tommy Bolin à sa place. Un mec super bon, qui décèdera hélas d'overdose en 1976. Le groupe aura quand même le temps de faire ce Come Taste The Band (et une tournée) juste exceptionnel, qui sera leur dernier album studio en 9 ans. Pour moi, un de leurs meilleurs (You Keep On Moving, Comin' Home, Lady Luck, le Gettin' Tighter de Hughes, car Hughes chante aussi). Sous une pochette qui donne soif. Un excellent cru sous-estimé, bien meilleur que Stormbringer et que plusieurs des albums qui viendront ensuite !

RICHARD_&_LINDA_THOMPSON_POUR+DOWN+LIKE+SILVER-495400Pour Down Like Silver (Richard & Linda Thompson), 1975 : La pochette a de quoi étonner : Richard (recto) et Linda (verso) affublés de turbans ou de voile. Pourquoi ? Parce qu'au moment de l'enregistrement (et de la sortie) de ce disque, le couple folk s'était converti à l'Islam et avait rejoint une communauté soufie. Mais s'ils affichent clairement leur nouvelle orientation religieuse sur la pochette, ça ne transpire absolument pas dans la musique de cet album (contrairement à Cat Stevens qui, à sa conversion, deviendra Yusuf Islam et sortira des albums très imprégnés de musique et de spiritualité orientale/arabe), qui est incontestablement leur meilleur (mais l'album I Want To See The Bright Lights Tonight, de 1974, est plus connu, et quasiment aussi grandiose). Pour Down Like Silver (le titre vient des paroles de la chanson Night Comes In) est un régal de folk-rock, avec des chansons à tomber : Streets Of Paradise, For The Shame Of Doing Wrong, Dimming Of The Day/Dargaï (seul morceau qui, à la rigueur, a des influences un peu orientales). Un album aussi sublime que méconnu. 

ExtratextureExtra Texture (Read All About It) (George Harrison), 1975 : George Harrison lui-même en parlait comme de son nadir, de son pire album. Je ne sais pas quand il a dit ça, mais si c'est vers la fin de sa vie, il avait sans doute oublié l'existence de Gone Troppo (1982). Et si c'est avant, OK, je peux comprendre, mais je n'approuve pas. Extra Texture (Read All About It), dont la pochette est, en revanche, sa pire, n'est vraiment pas mauvais du tout. Je l'adore, pour tout dire. Et je suis normal, je le précise. Enregistré à Los Angeles (c'est quasiment le seul album qu'Hari n'a pas fait chez lui, en tout cas en Angleterre) par un Harrison dans un état moyen (il avait replongé dans l'alcool et la came suite à des déconvenues conjugales), ce disque est sombre, imprégné de mélancolie, de tristesse...de piano, aussi. Quelque part, c'est son Imagine. Peu de tubes (You, c'est tout, et ce morceau date de 1971 à la base), aucun succès commercial, et une réception critique totalement abominable (tout comme Dark Horse en 1974, ce disque se fera allumer). Ce dernier album de Harrison sur Apple est à écouter plusieurs fois, on ne l'apprécie pas vraiment au début, on pourra le trouver morne, chiant, pesant, anodin. Au bout de quelques écoutes, la beauté fragile de Tired Of Midnight Blues, Grey Cloudy Lies, The Answer's At The End vous sautera au paf. En revanche, le dernier morceau, His Name His Legs (Ladies And Gentlemen), avec Legs 'Larry' Smith du groupe parodique Bonzo Dog Doo-Dah Band, est assez moyenne, c'est vrai... Mais elle ne flingue pas l'album, sous-estimé en puissance.

luckyleifLucky Leif And The Longships (Robert Calvert), 1975 : Robert Calvert, mort en 1988, était un poète, musicien et chanteur sud-africain, totalement dingue. Je plaisante pas. Mlaheureusement pour lui, il était bipolaire, sujet à de grosses sautes d'humeur qui rendait ses relations personnelles et professionnelles avec les autres représentants de la Race Humaine quelque peu compliquées. Il fera même de fréquents passages en asile. Il a fait partie de Hawkwind en 1973 (Space Ritual), à partir de 1976 aussi, le groupe sera même un temps, sous son égide, renommé Hawklords. En 1974, il se lance en solo (l'ensemble de Hawkwind, ainsi que Brian Eno, notamment, joue sur le disque) avec un projet aussi fou que lui, Captain Lockheed And The Starfighters, un disque conceptuel sur une histoire vraie : l'acquisition, dans les années 60, par l'Allemagne de l'Ouest (RFA), d'avions qui s'avèreront être gravement défectueux et entraîneront des crashes à répétition. J'aurais pu mettre ce disque dans la liste, mais j'ai préféré son successeur, produit par Eno, sorti en 1975, et lui aussi bien dingue (mais plus accessible que le mélange rock/comedy de l'autre album, dont la moitié des 17 titres sont des spoken-words), Lucky Leif And The Longships, dans lequel on imagine une invasion des futurs USA par les Vikings. Et forcément, ce qui en découle pour l'Histoire du pays. La touche Eno est bien présente (on reconnaît sa si atone voix dans les choeurs, sur Ragna Rock et Ship Of Fools, notamment), l'ambiance est très drôle (The Lay Of The Surfers est une parodie éhontée des Beach Boys, difficile de l'écouter sans sourire) mais ça a été fait sérieusement. Dingue et totalement maîtrisé. Plus que le précédent album, je trouve. 

1000x1000Young Americans (David Bowie), 1975 : Après des débuts mod, puis folk, puis carrément heavy en 1970 avant de virer au glam le plus débridé, Bowie, totalement accro à la coke, plonge à corps perdu dans la soul. Physiquement émacié à faire peur, mais n'ayant rien perdu de sa voix, le David nous offre, en 1975, un disque de ce qu'il qualifiera par la suite de plastic soul, ayant toujours eu, avec cet album, une relation un peu amour/haine. Je n'ai personnellement jamais pigé comment Young Americans ait pu être qualifié de pire album 70's de Bowie, alors que Diamond Dogs, pardon, mais c'est pas toujours très top en comparaison. Ici, on a du subime (Fascination, Fame co-écrit avec un John Lennon que Bowie fréquentera pas mal à l'époque), de l'excellent (Right, Win, Somebody Up There Like Me), du franchement très bon (la reprise bien poudrée du Across The Universe des Beatles sur lequel Lennon collabore aux choeurs, le morceau-titre). En tout, 40 minutes sublimes, super bien produites, et qui marquent la première collaboration entre Bowie et le guitariste Carlos Alomar. Le meilleur du Bowie 70's ne peut, après ce disque, que suivre : Station To Station et la fameuse trilogie Eno. 

Dylan DesireDesire (Bob Dylan), 1975 : Cette pochette me fera toujours penser à cette blague de Coluche sur le chanteur français Danyel Gérard : il aurait eu le choix entre le talent de Bob Dylan et le chapeau de Bob Dylan, et il a choisi le chapeau ! Trève de plaisanterie, Desire, disque très généreux (56 minutes, 9 titres), est mon préféré du Barde, ça l'a toujours été et le sera toujours. Illustrateur de sa période Rolling Thunder Revue (il arpentera les routes américaines, de concerts en concerts, avec une horde de musiciens et d'intellectuels - le poète/acteur Sam Shepard et Allen Ginsberg feront partie de l'aventure - parmi lesquels Joan Baez, Mick Ronson et T-Bone Burnett, dans une sorte de gigantesque caravane de gitans), cet album offre du grand Dylan : Isis (et son piano entêtant), Sara (dédié à sa femme, future ex), One More Cup Of Coffee (Valley Below), l'engagé Hurricane dans lequel il clame que le boxeur noir Rubin 'Hurricane' Carter, emprisonné pour meurtre, est innocent (à la vérité, rien ne le dit, en fait...et Dylan ne chantera plus cette chanson à partir de 1977). Bon, on y trouve aussi les 11 minutes un peu trop longues de Joey, chanson sur un mafioso new-yorkais italo-américain abattu en 1972 dans un règlement de comptes, et que Dylan transforme un peu trop facilement en 'héros' de son temps. Le rock-critic américain Lester Bangs, insistant bien sur cette chanson, démontera l'album dans un article remarquable, à l'époque. Mais si cette chanson trompeuse est trop longue et inégale, le reste de l'album est sublime. 

R-1783800-1243082166Maximum Darkness (Man), 1975 : Selon pas mal de monde (dont Philippe Manoeuvre, grâce à qui, via son bouquin cité plus haut, j'ai découvert cet album), la présence, pourtant vantée sur le verso de pochette, du guitariste John Cipollina en invité tout du long de ce live, n'est pas du tout prouvée. L'ancien guitariste de Quicksilver Messenger Service, puis de Copperhead et de Terry & The Pirates, n'aurait pas été dans une forme exemplaire et sa prestation aurait été considérablement sous-mixée, voire virée au cours du mixage de Maximum Darkness. Manoeuvre indique dans son bouquin qu'à l'époque, jeune rock-critic en formation, il avait publié dans Rock'n'Folk une critique violente sur ce qu'il estimait être une escroquerie...avant de découvrir, une vingtaine d'années plus tard, que finalement, peu importe que Cipollina soit là ou pas, car le contenu de ce live est monstrueux (Codine, sur lequel Cipollina semble être bel et bien là, Bananas), 50 minutes (et 5 titres seulement !) de tuerie rock, avec des guitares en fusion. Man était un groupe de rock (tendance hard-rock progressif) gallois. Ce live n'est pas très connu, tout comme le groupe (dont le batteur, Terry Williams, rejoindra Dire Straits en 1983 ou 1984 !), et c'est grandement dommage, car sous sa pochette représentant la guitare de Cipollina (quelque part, en effet, c'est un petit peu une escroquerie, mais on s'en fout), c'est un des meilleurs lives que je connaisse. Le son est à tomber. Dommage, en revanche, qu'il ne soit pas double, c'est toujours dommage qu'un live ne soit constitué que d'un seul disque, surtout en vinyle, format qui implique des restrictions en durée. 

MI0001837959Spirit Of '76 (Spirit), 1975 : Conçu comme une sorte d'album anniversaire pour le bicentenaire de l'indépendance américaine (1776/1976, voyez), ce disque a été enregistré en 1975, est sorti en 1975, mais s'appelle Spirit Of '76 (aussi le titre d'un fameux tableau). Double, cet album de Spirit, le premier avec Randy California depuis sont départ du groupe en 1971 et son retour en 1974, est un vrai petit chef d'oeuvre, mais ça ne transpire pas au cours des premières écoutes, il faut bien l'avouer. Spirit Of '76, dont la pochette est assez moche, est un disque très généreux, trop généreux, plus de 80 minutes, pour un total de 25 morceaux, you-hou. Autrement dit, ça va dans l'ensemble assez vite (quand je pense que l'album Future Games (A Magical-Kahauna Dream) que Spirit fera en 1977, pour deux fois moins de temps, contient quasiment autant de morceaux, je me dis que Spirit était tout de même un sacré groupe à part), les morceaux étant souvent courts, certains sont des morceaux en plusieurs parties (on a trois Tampa Jam, deux Jack Bond), certains sont des reprises (Walkin' The Dog, The Times They Are A Changin', Hey, Joe, Happy - des Stones, oui oui - , The Star-Spangled Banner, Like A Rolling Stone), et on dénote une certaine influence hawaïenne tout du long, comme pour l'album de 1977 que j'ai cité plus haut, sans doute parce que California vivait (et mourra, en 1997, de noyade en sauvant la vie de son fils) à Hawaïï. Disque complexe, mais musicalement des plus enrichissants, quand on prend le temps de bien l'écouter.

ufo_no_heavy_petting_remaster_2008No Heavy Petting (UFO), 1976 : Sous sa pochette signée Hipgnosis (on reconnaît leur patte réalistico/surréaliste), cet album du groupe de hard-rock anglais UFO (dont le guitariste principal, à l'époque, n'était autre que l'Allemand Michael Schenker, frangin du Rudolf des Scorpions), leur sixième en comptant un live, est un de leurs meilleurs. C'est incontestablement mon préféré du groupe de Phil Mogg (chanteur, présent du début à la fin du groupe, qui est toujours actif), aussi. C'est enfin un album qui, il me semble, est assez sous-estimé. Je me souviens, il y à longtemps, d'avoir acheté une réédition CD de leur live Strangers In The Night (monumental) de 1979, dans lequel on entend 2 des 9 titres de No Heavy Petting. Mais dans le livret CD, le texte résumant la carrière (jusqu'en 1979) de UFO, et sur la petite page proposant les vignettes des pochettes d'albums du groupe, No Heavy Petting était royalement absent. Pas une petite citation, rien, ce qui peut sembler dégueulasse. A ce niveau, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un oubli, mais d'un oubli volontaire, en tout cas. Pourtant, ce disque (réédité en CD, aussi facile à trouver que les autres) est une tuerie de hard-rock mélodique. Unique album du groupe avec le claviériste argentin Danny Peyonel des Heavy Metal Kids (la grandiose chanson Martian Landscape, qui achève le disque, et qui est de lui, parle de son pays), c'est un album quasiment parfait. La ballade Belladonna, On With The Action qui aborde un sujet délicat (l'homosexualité), Can You Roll Her, Natural Thing, Reasons Love, I'm A Loser, autant de chansons sensationnelles. 

i-want-you-marvin-gayeI Want You (Marvin Gaye), 1976 : Je ne vais pas revenir sur le niveau, le génie, de Marvin Gaye, dont la vie s'est brutalement interrompue en 1985, le jour de son anniversaire, dans un fait divers des plus sordides (une engueulade avec son père tourne mal : ce dernier le tue dans le feu de l'action. Olé.). Marvin Gaye a sorti des albums remarquables à partir de la fin des années 60 (avant ça, ses albums étaient remplis de belles chansons mais aucun ne tient vraiment la route comme album structuré). What's Going On en 1971, Let's Get It On en 1973, le double Here, My Dear en 1978 (basé sur son pénible divorce d'avec Anna Gordy, soeur de Berry Gordy, patron de la Motown, maison de disques qui avait signé Gaye), autant de disques majeurs. En 1976, Gaye enregistre et sort I Want You, un disque qui, sous sa pochette très Sugar Shack offre de sublimes chansons (After The Dance, le morceau-titre), mais me semble pourtant, aujourd'hui, quelque peu oublié. Il faut dire qu'il succède à deux albums majeurs, et qu'il sera suivi d'un autre album majeur, aussi il peut sembler un peu anodin (tu parles !). C'est un disque incroyable, produit bien comme il faut, suave et sensuel, qu'un amateur de soul ne peut laisser de côté. 

514tyg8kKILNight Lights (Elliott Murphy), 1976 : Troisième album d'Elliott Murphy, après un Aquashow grandiose et un Lost Generation (1975) excellentissime, voici Night Lights, sorti en 1976. Pour moi, ce disque est, en concurrence avec Aquashow, le sommet du chanteur, il y à vraiment match entre les deux. Night Lights est, lui, relativement facile à trouver en CD. On y trouve une chanson en hommage à Patti Smith (Lady Stiletto), un morceau sur une des plus fameuses danseuses qui aient existé (Isadora's Dancers, sur Isadora Duncan), une chanson qui semble totalement imprégnée de glam décadent (Deco Dance), une ode aux paumés (You Never Know What You're Here For), un final grandiose (Never Be As Old As You) et, surtout, surtout, en ouverture, les quasi 7 minutes de la plus grande chanson d'Elliott Murphy : Diamonds By The Yard. Montée en puissance à la Thunder Road de son pote Bruce Springsteen, cette chanson est tellement immense que la placer en ouverture d'album est un peu dommage, car l'album s'ouvre sur son sommet. Mais si la chanson est le sommet de l'album, tout Night Lights est, du début à la fin, absolument quintessentiel. Le Murph' à son sommet, même si la suite de sa carrière est vraiment loin d'être négligeable. 

led-zeppelin-presencePresence (Led Zeppelin), 1976 : Enregistré dans des conditions difficiles (Robert Plant, le chanteur, venait d'avoir un accident de la route lui ayant pété les jambes et sa femme était hospitalisée) en Allemagne, alors que la moitié des membres de Led Zeppelin (Jimmy Page, John Bonham) étaient accros à la drogue, Presence tire son nom de la présence invisible qui planait autour du groupe, une sorte d'énergie. Premier album du groupe sur lequel ne se trouve aucun morceau acoustique, c'est un disque sombre, noir, bluesy, abrasif, qu'il est difficile d'aimer au premier abord. Malgré la présence de deux morceaux immenses, légendaires : Nobody's Fault But Mine et Achilles Last Stand. On y trouve aussi le sombre Tea For One qui s'inspire plus qu'à moitié de Since I've Been Loving You, le très efficace For Your Life sur la drogue. Le reste est moins bon (Candy Store Rock, au secours ! Royal Orleans, au secours ! Et dire que le seul 45-tours promotionnel de l'album proposait ces deux chansons !), mais sous sa pochette hypnotique signée Hipgnosis, Presence est un cru plus qu'intéressant de Led Zeppelin, alors en phase de descente. La tournée américaine 1977 sera achevée dans le chaos (incident regrettable et violent entre le groupe et l'organisateur de concerts Bill Graham) et la tragédie (le fils de Plant, 7 ans, mourra d'une infection, entraînant la fin de la tournée, et une pause de plus d'un an). Presence est l'album de la bande-son de cette période troublée dans l'histoire du groupe. 

thEB843M8YWipe The Windows, Check The Oil, Dollar Gas (The Allman Brothers Band), 1976 : Pour les Allman Brothers Band, le pinacle reste At Fillmore East, double live anthologique de 1971, sorti quelques semaines avant la mort, dans un accident de moto, d'un des frangins Allman, le guitariste Duane (l'autre frangin, le chanteur et organiste Gregg, est mort il y à quelques mois), et un an avant celle, dans des circonstances exactement similaires, de leur bassiste Berry Oakley. Après, je ne dirai pas que ça se gâte, mais c'est pas pareil. De très bons albums (Brothers And Sisters), mais rien de comparable. En 1976, le groupe va même se séparer pour quelques années. A ce moment, sort ce double live, proposant des extraits de concerts allant de 1972 à 1975. Wipe The Windows, Check The Oil, Dollar Gas (titre à rallonge qui va bien avec la pochette représentant une station-service) n'est évidemment pas aussi grandiose que le live de 1971 (et sa suite à moitié studio, Eat A Peach de 1972). Sincèrement, mis à part le Made In Japan de Deep Purple, aucun album live n'est aussi grandiose que At Fillmore East selon moi. Mais on y trouve de très très bons moments (Melissa, It's Not My Cross To Bear, Ain't Wastin' Time No More, 17 minutes de In Memory Of Elizabeth Reed) et on prend beaucoup de plaisir à écouter ce live aujourd'hui assez oublié, mais ayant été heureusement réédité en vinyle. Ce qui le rend plus facile à se procurer en vinyle qu'en CD, et sans doute à un meilleur prix aussi !

th04UAY24HBlack And Blue (The Rolling Stones), 1976 : En 1974, après It's Only Rock'n'Roll, le guitariste Mick Taylor se barre. Les Stones vont passer un an et plus à chercher un remplaçant, et feront un disque pendant ce temps, ce Black And Blue sorti en 1976 et qui, selon Keith, a servi à faire répéter les nouveaux guitaristes afin de voir lesquels feraient l'affaire. Si Ron Wood pose sur la pochette (au verso), il ne joue pas sur tout le disque, loin de là, n'étant arrivé qu'en 1975. Harvey Mandel et Wayne Perkins, qui ne feront que très temporairement partie du groupe (le temps de faire leurs parties de guitare...), jouent sur une bonne partie de l'album. Un album qui, en 40 minutes, offre 8 titres, qui alternent entre rock pur et dur (Hand Of Fate, Hey Negrita sur une idée de Ron Wood, Crazy Mama), reggae (Cherry Oh Baby, seul morceau vraiment regrettable de l'album), jazz (Melody, imaginé par Billy Preston, un peu longuet), ballade (Fool To Cry) et funk (Hot Stuff). Avec, au milieu du fatras, les 7 minutes inoubliables de Memory Motel, sur lequel Jagger et Keith se partagent le chant, sur lequel le premier est au piano électrique et le second au piano classique, sur lequel Perkins et Mandel sont aux guitares. Une chanson sublime et mélodique, mélancolique, un joyau brut à faire frémir d'émotion. Le sommet d'un album mal-aimé, on considère souvent que c'est à partir de ce disque (dont la pochette symbolise les canaux audio de la musique : Jagger au centre, la rythmique au fond, les guitaristes de chaque côté) que les Stones n'auront plus rien à dire. Mais plus de 40 ans après, Black And Blue reste monstrueux, à une ou deux chansons près. 

Long may you runLong May You Run (The Stills-Young Band), 1976 : Quand Neil Young et Stephen Stills, anciens collègues au sein de Buffalo Springfield, décident de refaire un truc ensemble à peine deux ans après que la dernière tournée de Crosby, Stills, Nash & Young se soit achevée dans des engueulades monumentales des quatre zigotos, on peut s'attendre à tout, surtout que Stills est du genre colérique, et Young du genre ténébreux. Enregistré dans le fief de Stills (Criteria Sound Studios de Miami) avec des musiciens ayant surtout bossé avec Stills (Joe Lala, Joe Vitale) mais pas avec Young, Long May You Run, crédité à The Stills-Young Band (un jeu de mots) et dont la pochette représente des bisons dans un champ (traduction du nom de leur ancien groupe), est un disque ausi sous-estimé que purement magique. Il est presque démocratique : Stills signe et chante 4 titres, et le Loner en signe et chante 5. Les chansons sont en alternance, le Loner puis Stills. On y trouve la chanson-titre (du Loner), inoubliable ode à une vieille bagnole que Neil possédait autrefois et qui lui a rendu bien des services. Le Loner signe aussi Let It Shine et le délicat et sublime Fontainebleau. Stills, lui, est parfois très influencé par la musique latino/caribéenne (Guardian Angel, Black Coral, deux immenses chansons) et livre notamment un anthologique mais peu connu Make Love To You, très soul. Aucune mauvaise chanson sur ce disque court (39 minutes) et pour moi parfait, tragiquement sous-estimé, qui sera la seule collaboration des deux musiciens, amis mais du genre à s'engueuler pour la plus petite raison qui soit : rien. 

51Ih-TMXRgLDon Juan's Reckless Daughter (Joni Mitchell), 1977 : La Canadienne blondinette a commencé sa carrière dans le folk le plus traditionnel, offrant des albums sublimes (Blue, Ladies Of The Canyon) avant de passer la vitesse supérieure en 1974 avec Court And Spark, un peu jazzy. La suite des années 70 sera pour Joni Mitchell prétexte à une succession d'albums aventureux, The Hissing Of Summer Lawns (probablement son meilleur), Hejira (probablement son meilleur aussi !) en respectivement 1975 et 1976. Elle y collabore notamment (sur ce disque de 1977 aussi) avec le bassiste de jazz Jaco Pastorius (Weather Report). Elle sort, en 1977, Don Juan's Reckless Daughter, double album (très court : 60 minutes) qui va encore plus loin dans l'aventure jazz que les précédents. On y trouve aussi des touches de world music, par ailleurs. N'ayant pas obtenu un succès monumental à sa sortie, jugé trop aventureux (le titre signifie 'la fille intrépide de Don Juan'), cet album est un régal absolu qui va marquer la fin de la phase la plus ardue de la carrière de Joni (par la suite, elle sort Mingus, disque enregistré avec Charles Mingus, juste avant sa mort, sorti après la mort du jazzman, et qui est en fait un hommage, très beau disque). Morceaux de choix : le long Paprika Plains de 16 minutes occupant toute la face B ; Jericho ; Otis And Marlena ; Dreamland (avec Shaka Khan), l'étonnant The Third World (Baila mi rumba !), Talk To Me, le morceau-titre. Tout est bon ici. La pochette est cependant cheloue (à noter que c'est Joni qui est grimée en Black à moustaches !), mais va assez bien avec l'ambiance du disque. 

kinks_sleepwalkerSleepwalker (The Kinks), 1977 : Entre 1968 et 1975 (1976 même), les Kinks, groupe de Ray Davies (et de son frangin Dave) n'ont sorti que des albums conceptuels. Les premiers sont remarquables, jusqu'à Muswell Hillbillies de 1971, mais ensuite, ça se gâte franchement. Le groupe remonte un peu la pente avec Schoolboys In Disgrace en 1976, mais ce n'est tout de même pas un grand disque. Puis, en 1977, le groupe change de maison de disques (pour la deuxième fois : ils étaient chez Pye, puis RCA, de 1971 à 1976), passant chez Arista. Et sortent ce disque qui n'est pas un concept-album, juste un disque de rock, et un bon, un putain de bon même. Sleepwalker est le premier album de la période arena rock du groupe, qui va devenir, malgré l'époque difficile pour les dinosaures du rock, presque plus populaire qu'au cours du début des 70's. J'ai dit 'presque', hein, on se calme. Sleepwalker renferme de grands moments : Mr Big Man, le morceau-titre, Sleepless Nights, Juke-Box Music, Life Goes On... Ray Davies, remis de ses délires conceptuels chabraques et nuls (Soap Opera, les deux Preservation...abominables albums...), est en grande forme. La suite de la carrière des Kinks ne sera pas aussi grandiose que ce Sleepwalker quasiment miraculeux (Misfits est bon, ceci dit), un des albums de 1977, pourtant année du punk-rock, genre radicalement éloigné de ce disque classe. 

5Future Games (A Magical-Kahauna Dream) (Spirit), 1977 : Comment définir ce disque ? Randy California (chant, guitare, leader de Spirit) l'a enregistré quasiment seul, jouant de tout, entremêlant les bandes, faisant ainsi un disque tout simplement injouable en live, mais, dans son genre, aussi farfelu et bordélique que génial. Très influencé par moments par Hawaïï (California y vivait, il y mourra par noyade en 1997 en sauvant la vie de son fils qui se noyait), Future Games (A Magical-Kahauna Dream) offre 22 titres, pour un total de moins de 45 minutes. Oui, vous avez bien lu ! Beaucoup de morceaux, je ne cherche même pas à savoir où j'en suis dans le tracklisting quand j'écoute ce disque, sont ultra courts. Comme je ne l'ai qu'en vinyle, ce n'est pas évident de s'y retrouver dans le tracklisting, mais en même temps, ce n'est pas important. Disséquer cet album méconnu (il ne marchera pas à sa sortie, on s'en doute ; je l'ai découvert via le bouquin de Manoeuvre, mais tôt ou tard, vu que je connaissais Spirit, j'aurais découvert ce disque autrement) ne servirait à rien. C'est un magma de morceaux courts qui forment une suite en deux faces, aussi incroyable que passionnant, avec notamment une belle reprise, spatiarde, du All Along The Watchtower de Dylan, plus high encore que celle de Hendrix, avec qui California jouera un peu vers 1966, dans des clubs. C'est difficile à décrire, comme album, mais magistral ! La pochette, en revanche...pour ce détail, mieux vaut passer, en revanche !

51OE63oZTsLLondon Town (Wings), 1978 : Enregistré en partie sur un bateau au large des îles Moustique par un groupe qui sera rapidement réduit à sa portion congrue de trio (comme en 1973 pour Band On The Run), ralenti par la grossesse de Linda (enceinte de James), London Town est le dernier chef d'oeuvre des Wings de Paul McCartney. C'est un disque généreux (50 minutes, pour 14 titres), propulsé par deux hits dont un qui n'est pas sur l'album (Mull Of Kintyre, enregistré durant les sessions, sorti en 1977, un single qui se vendra très très, mais alors très bien), et un autre qui y est (With A Little Luck, sublime). Tout l'album est un programme de pop/rock enchanteresse, avec notamment Girlfriend, que Macca offrira à Michael Jackson (qui en fera une belle version sur Off The Wall en 1979), mais aussi le morceau-titre, inoubliable joyau. Ou les très folkeux Children Children et Deliver Your Children, tous deux écrits et interprétés par Denny Laine. Ou bien Don't Let It Bring You Down (pas une reprise de Neil Young malgré le titre). La face rock de Macca n'est pas oubliée avec un très abrasif I've Had Enough. Rien à jeter (même si je ne suis pas fan du tout de Name And Address, pastiche rockabilly à la Carl Perkins qui ne s'imposait pas trop) sur ce disque qui se vendra très bien, même si les critiques seront toujours là pour dire que Macca fait de la mélasse pop ; s'il te plaît, Lennon, reviens, ce genre ce choses. Ce disque est probablement un des préférés des fans, qui n'attendent qu'une chose : sa réédition, pas encore annoncée, mais qui viendra forcément tôt ou tard, dans la belle Archive Collection de McCartney, lancée en 2010 ou 2011, et qui avance à un rythme de tortue sénatrice. En attendant, on réécoute le vinyle (ou l'ancienne édition CD).

October-CoverOctober (U2), 1981 : Le toujours difficile à faire deuxième album. U2 n'en a pas forcément chié des bulles vertes de forme triangulaire pour faire October, mais l'album n'en possède pas moins sa petite réputation détestable de deuxième album pas aussi réussi que le premier et que le troisième et que l'on écoute pas souvent parce que, franchement, hein, il paraît qu'il n'est pas bon alors pourquoi se casser le Q à perdre 41 minutes de son temps à l'écouter, c'est déjà bien beau que je l'ai acheté, mais je vous laisse, mon feuilleton démarre dans cinq minutes et il va pas tarder à pleuvoir. Moi, j'aime pas les feuilletons. Mais j'adore ce disque. Un disque assez mystique dans l'âme (le groupe le reconnaît sans problème), très big music aussi, très chargé niveau production (de Steve Lillywhite), avec un hit (Gloria, pas une reprise des Them, et dont le refrain est en latin) et plein de grandes chansons aujourd'hui assez oubliées : October, Rejoice, I Threw A Brick Through A Window, Is That All ?, With A Shout (Jerusalem), Tomorrow... Personnellement, je trouve ce disque plus attachant que War (j'ai pas dit 'plus réussi'), plus réussi que Boy, aussi (là, je l'ai dit, OK), et en tout cas, sauvagement sous-estimé. 

coverThe Final Cut (Pink Floyd), 1983 : Ouh, qu'il est mal aimé, ce disque ! Chez les fans de Pink Floyd, on le cite souvent comme le pemier album solo de Roger Waters, ce qui n'est pas vrai (déjà parce que Waters fera un disque solo, en collaboration avec Ron Geesin, en 1970; et ensuite, parce qu'il est crédité au Floyd, ce disque de 1983, ah mais !). The Final Cut est le seul album du groupe sur lequel Rick Wright ne joue pas, ayant été viré par Waters en 1980. Nick Mason, le batteur, joue sur tous les titres sauf le dernier (Andy Newmark). Gilmour joue partout, mais on n'entend pas sa voix, de même qu'on ne lit pas son nom dans les crédits de composition. Il est indiqué sur la pochette, en anglais, conçu par Waters, joué par Pink Floyd, ambiance. A la base, ce disque était prévu pour être la bande-son du film Pink Floyd, The Wall d'Alan Parker, mais au final, c'est un disque engagé et lyrique (mais pas vraiment floydien, c'est vrai) sur la guerre des Malouines et le gouvernement de Margaret Thatcher. Qui en prend plein la gueule. Waters signe des chansons inoubliables, chante comme jamais (quand il braille, c'est calculé, et apporte de profonds frissons), les arrangements sont sublimes. Hélas, le disque se taillera rapidement une réputation de merde et ne se vendra pas. Il suffit de l'écouter une paire de fois pour comprendre que c'est un des meilleurs albums des années 80. Mais c'est vrai qu'il aurait mieux valu que Waters le sorte en solo. Il se fera d'ailleurs virer du groupe peu après...

bobdylan-infidels(7)Infidels (Bob Dylan), 1983 : Bob Dylan, de confession juive à sa naissance, fait un coming-out assez étonnant en 1979 : il devient chrétien born again, trouve la foi en Jééééééééésus, et n'aura dès lors qu'une seule envie : le raboter, à longueur de chansons et d'albums, à la face de ceux qui n'auraient pas encore été, comme lui, sauvés par la grâce. Pardon, la Grâce, avec une majuscule. Va débouler dans les bacs (mais pas vraiment dans les charts) une trilogie d'albums chrétiens : Slow Train Coming en 1979, Saved en 1980, Shot Of Love en 1981. Si le premier est correct, le second est très moyen, et le dernier, on n'en parle pas, OK ? Devenant, pour ses fans et la presse rock, assez rapidement chiant dans son délire religieux j'ai-trouvé-la-Lumière-et-toi-veux-tu-être-sauvé ?-Alors-écoute-mes-disques-espèce-de-païen, Dylan se re-reconvertira au judaïsme en 1983, et Infidels marque, quelque part, la fin de sa période chrétienne. Enregistré avec Mark Knopfler (qui produit), Mick Taylor, Sly Dunbar et Robbie Shakespeare (deux des piliers du reggae), ce disque de 1983 est aussi réussi que Shot Of Love et Saved étaient ratés, imaginez donc le résultat. Bon, tout n'est pas parfait : Union Sundown est un peu lourd. Mais dans l'ensemble, ce disque engagé (Dylan y parle notamment de quel putain d'enculé est l'Homme quand il s'y met, via des chansons comme Licence To Kill et Neighborhood Bully, et du Diable, dans Man Of Peace) est une belle, très belle réussite, malgré une production (le son de la batterie...trop de basse...) datée. Jokerman sera un hit (et c'est du reggae !), Don't Fall Apart On Me Tonight est sublime, I And I (une expression rasta qui sigifie 'nous' dans le sens vraiment collectif) fera tomber Leonard Cohen de sa chaise quand il apprendra que Dylan l'a écrite en un quart d'heure (lui qui affirmait avoir accouché de Hallelujah en plusieurs mois), Sweetheart Like You est vraiment belle... J'ai cependant l'impression que cet album ne bénéficie pas de toute la reconnaissance et le respect qu'il mérite. On dit que les années 80 furent difficiles pour Dylan. Oui, sauf pour Oh Mercy (1989), produit par Daniel Lanois, et pour cet Infidels de 1983. Qui est probablement le meilleur album que Dylan a fait dans les années 80, à mon avis.

0Born Again (Black Sabbath), 1983 : Selon la légende, Ian Gillan, chanteur du groupe le temps de cet album et de la tournée, aurait gerbé en découvrant la pochette, et aurait jeté par la fenêtre un carton entier d'exemplaires de l'album. Histoire de bien donner son avis. Comme en plus le disque a été assez mal enregistré et mixé (le son est presque catastrophique) et que la présence même de Gillan n'était pas unanimement appréciée des fans, inutile de dire que Born Again est le disque sous-estimé, négligé, de Black Sabbath. Enfin, un des. C'est vrai que sa pochette est hideuse, mais, allez savoir pourquoi, je l'aime bien quand même. Musicalement, il faut se faire à la production, mais les morceaux sont, dans l'ensemble, si grandioses (vraiment pas fan du tout de Hot Line et Digital Bitch, mais mis à part ça...), à l'image du sinistre morceau-titre (cette intro...) et de Disturbing The Priest (cette intro...), sans oublier Thrashed (cette intro...) qu'on pardonne tout. Même cette spinaltappesque tournée, avec ces décors en carton, ce nain rouge trimbalé au-dessus de la scène, et un Ian Gillan qui n'arrivait pas à se rappeler des paroles des chansons. Il faut, à se sujet, et pour les anglophones car c'est pas sous-titré, voir la vidéo, sur YouTube, où Gillan se remémore ses souvenirs de la tournée. C'est absolument hilarant !

flickofFlick Of The Switch (AC/DC), 1983 : Les fans et les spécialistes sont d'accord : AC/DC va commencer sa longue descente à partir de cet album qu'ils produisent eux-mêmes (les frangins Young précisément ; le son est excellentissime). Mais, sincèrement, Flick Of The Switch est nettement supérieur aux trois albums suivants (l'inclus l'album de bande originale Who Made Who dedans) et, aussi, que le précédent, For Those About To Rock (We Salute You). Bien qu'autoproduit, cet album court (37 minutes), qui manquent il est vrai de tube et ne sera pas un succès commercial, est franchement excellent, ça m'a sauté aux oreilles dès la première écoute, il y à longtemps, et je n'ai depuis jamais cessé d'aimer, non pardon : d'adorer ce disque. Les chansons se suivent, se ressemblent parfois un peu, mais on y trouve de vraies réussites : Rising Power, Badlands, Guns For Hire, Nervous Shakedown, l'amusant Bedlam In Belgium... La moitié des chansons, peut-être même un peu plus, est de qualité. Pour l'album suivant, Fly On The Wall (1985, lui aussi autoproduit, et le son ne sera vraiment pas le même), si on s'amuse à citer les meilleures chansons, on n'arrivera même pas à la moitié de l'album, qui contient autant de titres que Flick Of The Switch, soit 10. Pour moi, cet album de 1983 est le plus sous-estimé des Australiens. 

waterboys-pagan-place-1243576A Pagan Place (The Waterboys), 1984 : Cet album des Waterboys, leur deuxième, marchera bien à sa sortie. Bon, ça n'a pas été le succès de Nevermind ou de Back In Black non plus, on parle des Waterboys, mais tout de même. Un chef d'oeuvre absolu de la big music et de la pop, un album très produit (cuivres, violon, bouzouki, claviers) qui offre 8 titres, et parmi ces 8 titres, environ 8 sont des merveilles intégrales : le déchirant (suivez les paroles, présentes dans le livret) Red Army Blues, le vibrant Rags, le popisant All The Thing She Gave Me, le sensationnel A Pagan Place, l'énorme The Big Music, le frénétique Church Not Made With Hands, le délicat The Thrill Is Gone qui file des frissons, l'excellent Somebody Might Wave Back... Du début à la fin, cet album est rigoureusement immense, un des plus grands albums conçus depuis les années 80 (il date de 1984). Pas durant les années 80, non, carrément depuis cette période. On notera une pochette qui fait assez tromperie sur la marchandise : non, ce n'est pas du rock gothique à la The Cure !

11Technique (New Order), 1989 : Le suicide de Ian Curtis a plombé Joy Division, qui a relancé la machine très rapidement après, en changeant de nom et en recrutant la claviériste Gillian Gilbert, devenant New Order. C'est le guitariste (et un peu claviériste), Bernard 'Barney' Albrecht, qui passe au chant. Les premiers albums sont encore imprégnés de Joy Division, avant que Low-Life, en 1985, ne les fasse changer de plateau. Un chef d'oeuvre. Les albums suivants ne se vendront pas forcément aussi bien, et parmi eux, Technique, sorti en 1989 sous une abominable pochette représentant une statue de putti aux couleurs contrastées, sur fond mauve, est un cas d'école. Enregistré en grande partie à Ibiza, ce disque mélange ultra adroitement électro, new-wave et dance music. Presque de la techno-house par moments. Court (39 minutes), il est parfait de bout en bout, mais il faut quelques écoutes patientes pour s'en rendre compte. Je ne dirai pas que la suite de la carrière du groupe n'est pas bonne, mais je pense clairement qu'avec Technique, New Order a atteint son zénith. Mais qui, mis à part les fans et les connaisseurs en bonne musique, connaît vraiment ce chef d'oeuvre méconnu ?

tin-machine-tin-machine1Tin Machine (Tin Machine), 1989 : Avec Tin Machine, Bowie a essayé quelque chose de nouveau pour lui : un groupe. Un vrai groupe, dans lequel il est le chanteur (et musicien : guitare rythmique, saxophone), et pas seulement un chanteur accompagné de musiciens qui joue sa musique. Tin Machine est le premier vrai groupe dans lequel David Bowie vient se glisser, presque anonymement (aucune chanson de Bowie solo ne sera jouée durant les concerts de Tin Machine ; l'inverse sera ausi vrai, Bowie ne jouera plus jamais une seule chanson du répertoire de Tin Machine une fois le groupe séparé en 1992). Il est entouré du guitariste Reeves Gabrels (qui restera avec Bowie jusqu'en 1999) et des frangins Sales (Tony à la basse, Hunt à la batterie), qui avaient tous deux joué sur le Lust For Life d'Iggy Pop (1977), que Bowie avait produit. Ce premier opus, le seul à être réédité (dans la collection officielle Bowie, ce qui est un non-sens, car ce n'est pas un album solo de Bowie), n'est pas le meilleur des deux albums solo du groupe, mais il offre de grands moments de rock bruitiste influencé par les Pixies et Dinosaur Jr (Sonic Youth était aussi une influence, moins évidente) : Under The God, I Can't Read, Prisoner Of Love, Heaven's In Here, Baby Can Dance, une très rock reprise du Working Class Hero de Lennon... Sous-estimé !

117633599Behind The Mask (Fleetwood Mac), 1990 : Après Tango In The Night (1987), Lindsey Buckingham, chanteur et guitariste de Fleetwood Mac depuis 1975, s'en va, il n'en peut plus. Il est remplacé, pour la tournée, par deux chanteurs/guitaristes : Billy Burnette (neveu du fameux Johnny) et Rick Vito. Après la tournée, plutôt convaincante, le groupe enregistre Behind The Mask, qui sort en 1990. En partie chanté par Stevie Nicks, en partie par la claviériste Christine McVie, et en partie par les deux zigotos engagés en 1987, l'album est une belle petite surprise de pop/rock FM sans grosse surprise, mais bien formaté, avec des morceaux de choix : When It Comes To Love, Love Is Dangerous, Skies The Limit, le morceau-titre, le plus sombre In The Back Of My Mind. Stevie Nicks quittera le groupe après ce disque, qui ne sera pas un succès retentissant, mais pas un bide retentissant non plus. Disons que le groupe, qui a connu mieux, est en train de vivre une descente. Mais attendez de voir l'album suivant ! Qui est un peu plus bas dans la liste, parce qu'il mérite mieux que tout ce qu'on dit à son sujet...

tin_machine_iiTin Machine II (Tin Machine), 1991 : Deuxième album de Tin Machine (et dernier opus studio, le groupe sortira un live l'année suivante), et il est aujourd'hui, comme pour le live, très difficile à trouver, surtout à bon prix, et toujours en 'occasion' : ce disque et le live n'ont pas été réédités depuis leur sortie, ce qui, pour des albums de Bowie, est quand même assez bizarre ! Mais Tin Machine est à part dans la discographie de Bowie, je l'ai dit plus haut, c'est un vrai groupe, un collectif (le batteur, Hunt Sales, chante sur deux titres ici, et parmi les 12 titres, Sorry, chanté par Sales justement, ne possède aucun crédit de composition pour Bowie). Plus mélodique que le précédent opus, Tin Machine II, dont la pochette sera source de censure aux USA (les sexes des kouroi seront floutés), est aussi plus réussi, déjà que le premier opus était bon, mais celui-ci est un régal de rock pur et dur, avec certes une chanson un peu moyenne (You Can't Talk, pas mauvaise pour autant), mais mis à part ça, de vraies réussites hélas trop méconnues (le fait que cet album soit si difficile à trouver, et évidemment absent de plateformes de streaming ou de téléchargement légal, y est pour beaucoup) : You Belong In Rock'n'Roll, Baby Universal, Betty Wrong, Amlapura, et une très très bonne reprise du If There Is Something de Roxy Music (qui suscitera pas grand chose de la part de Bryan Ferry, chanteur de Roxy Music, quand on lui posera la question, au demeurant...). J'adore cet album, c'est un de mes grands préférés de Bowie, voilà, c'est dit !

20018957zOne Believer (John Campbell), 1991 : Question simple : combien d'entre vous, qui lisez ceci, n'ont jamais entendu parler de John Campbell ? Pas  tous à la fois, on ne va plus s'entendre sinon. Je sais, ce mec (mort un an ou deux après ce disque, au passage) n'est pas connu. Mais c'est un musicien remarquable, un bluesman de génie qui renvoie Stevie Ray Vaughan (mort lui aussi) cueillir des fleurs. Et pourtant, SRV, hein, c'était pas un manche niveau manche de guitare, et il a fait des albums remarquables. Mais ce One Believer est quelque chose de totalement prodigieux (je préfère ne pas dire ce que je pense du morceau-titre, qui achève le disque, le morceau est si beau qu'il défie la critique) dans le genre blues poisseux et vaudou (sur la pochette, Campbell pose fièrement avec un colifichet en collier ; sur une photo du livret, il tient un crâne dans la main). Ce disque, qui n'a pas dû être un triomphe commercial, regorge de chansons hantées, interprétées il chante et joue de la guitare) par un mec qui semble revenu de tout et a pris des notes sur son trajet et pendant son séjour. Tiny Coffin, One Believer, Take You Down, autant de chansons, parfois lentes, parfois plus énervées (le timbre vocal de Campbell oscille entre une voix profonde et grave et une voix plus éraillée, cynique), qui ne respirent pas la joie de vivre mais un bon gros blouuuuze bien plombant et totalement envoûtant. Un des disques majeurs du genre, et Dieu sait qu'il y en à...

ceremony-4ec8c79c7b0d3Ceremony (The Cult), 1991 : Après des débuts dans du rock gothique proche du hard-rock (Love), The Cult plonge direct dans le hard-rock en 1987 avec Electric, un des meilleurs albums du genre. Puis Sonic Temple en 1989, qui confirme non seulement la direction prise, mais la qualité du groupe de Ian Atsbury (chant) et Brian Duffy (guitare). Encore deux ans plus tard, le groupe, dont le chanteur est assez obsédé par les Indiens d'Amérique (et ce sont des Anglais), sort Ceremony. Sous sa pochette représentant une photo d'un jeune Indien (sa famille intentera un procès pour utilisation abusive de la photo, il me semble), cet album est probablement mon préféré du groupe. Une bonne heure de hard-rock super bien produit (l'album sonne toujours aussi bien en 2018 qu'en 1991, année de sa sortie), rempli de chansons efficaces, aucun tube, mais de vraies réussites comme Earth Mofo, Ceremony, White, Wild Hearted Son, Wonderland... Tout simplement essentiel à tout fan de hard-rock !

fear_of_the_darkFear Of The Dark (Iron Maiden), 1992 : Sorti en 1992, cet album sera, pendant 8 ans, le dernier d'Iron Maiden avec leur plus fameux chanteur, Bruce Dickinson (qui ne reviendra qu'en 1999, en même temps que le guitariste Adrian Smith, les faisaint ainsi passer à 3 guitares). Fear Of The Dark est aussi le deuxième album avec le guitariste (toujours dans le groupe à l'heure actuelle, tout comme Dickinson...et l'ensemble des musiciens jouant sur l'album) Jannick Gers, dont le style boogie va radicalement changer le style musical du groupe (ça reste toujours aussi heavy, hein). Cet album, le premier calibré pour le format CD (il dure quasiment une heure) pour le groupe, est un de mes grands préférés d'eux, depuis toujours. On y trouve certes des trucs pas terribles (sincèrement, The Apparition est moyenne, de même que Chains Of Misery) mais surtout une enculade de classiques : le morceau-titre, Afraid To Shoot Strangers, From Here To Eternity, Be Quick Or Be Dead, Wasting Love, les moins connus mais tout de même remarquables Weekend Warrior, Childhood's End et Fear Is The Key, au climat très Kashmir-ien et au sujet délicat (le Sida)... Succès correct à sa sortie, l'album sera cependant source d'une polémique chez les fans, la moitié d'entre eux, c'était en tout cas le cas il y à une quinzaine d'années, n'étant pas vraiment défenseurs de cet album, estimant qu'il s'agirait d'un des pires du groupe avec le précédent (qui, lui, n'est pas terrible, il est vrai), et d'autres, au contraire, l'adorent. Vous savez dans quelle catégorie je me place. 

117201096Live : Oy Vey, Baby (Tin Machine), 1992 : Court (50 minutes, 8 titres), ce live est la version audio d'un concert filmé sorti à l'époque en VHS (et désormais épuisé, hors-commerce, depuis pas mal d'années). Live : Oy Vey, Baby, dont le titre est une allusion humoristique au Achtung Baby de U2, est à l'heure actuelle tout aussi difficile à trouver (et toujours en occasion) que le précédent opus de Tin Machine, dont la moitié des titres du live sont issus. Le son est excellent, les prestations (concerts américains et japonais) aussi, on a peu de morceaux, certes, mais que du bon : I Can't Read, 12 minutes de Heaven's In Here, Amazing, Under The God pour le premier album ; You Belong In Rock'n'Roll, If There Is Something, Goodbye Mr Ed et Stateside (chanté par Hunt Sales, le batteur) pour le second album. Bien sûr, on regrette qu'il n'y ait pas plus de morceaux (j'aurais adoré Prisoner Of Love, Amlapura, Shopping For Girls et Baby Can Dance, personnellement), et 8 minutes, pour Stateside, c'est un peu trop (surtout que Hunt Sales n'est pas un grand chanteur, avec sa voix proche de celle de Fish, chanteur de Marillion, mais en moins bon) , mais bon, tel quel, ce live méconnu, oublié même, est une belle réussite. Tin Machine s'arrête là, par ailleurs, Bowie étant revenu aux affaires solo en 1993 (il avait, en 1990, fait une tournée solo, par ailleurs). 

th44RH6RO3Zooropa (U2), 1993 : U2 vire sa cuti expérimentale en 1991 avec le génial Achtung Baby produit, à Berlin, par Eno, Daniel Lanois et Flood. Deux ans plus tard, le groupe se sépare de Lanois, mais Eno et Flood sont toujours là (Eno, cependant, stoppera sa collaboration avec le groupe pour environ 8 ans), pour ce Zooropa encore plus expérimental, sorte de croisement dingue entre rock, techno et pop. Il fallait oser, ils l'ont fait : ils ont fait terminer ce disque par une chanson électro interprétée par Johnny Cash (The Wanderer) ! Le reste est interprété par le groupe, The Edge chante même sur Numb, morceau étrange, monotone et incroyable. Bono prend une voix de fausset sur la majeure partie du très éthéré et synthétique Lemon. Daddy's Gonna Pay For Your Crashed Car est le morceau le plus expérimental techno de l'album, il pourrait se trouver, quatre ans plus tard, sur le moins bon et plus extrême encore Pop (qui fera prendre conscience à U2 que le rock expérimental, c'est pas vraiment pour leurs pommes). Zooropa, album cyberpunk, est un petit chef d'oeuvre méconnu et sous-estimé, le plus sous-estimé du groupe, plus encore qu'October. On y trouve de vraies réussites (Zooropa, Some Days Are Better Than Others, Lemon), quasiment aucun déchet, et une production jugée 'rapide et sale' par Brian Eno lui-même. A l'heure actuelle, je ne sais toujours pas si c'est un compliment ou un reproche du producteur. Les deux, sans doute...

neilyoungSleeps%20with%20angelsSleeps With Angels (Neil Young & Crazy Horse), 1994 : Dédié à Kurt Cobain (la chanson-titre parle de lui sans le citer, nulle part), cet album abrasif est un régal de noise-rock qui offre le Loner (surnom de Neil Young) en mode électrique, et son Cheval Fou de groupe, à son meilleur niveau pour les années 90, à égalité avec Ragged Glory (1990) et le Mirror Ball (1995) fait avec Pearl Jam. Sleeps With Angels mérite mieux que sa relative discrétion (l'album ne se vendra pas des masses, et me semble aujourd'hui un tantinet oublié). Comme pas mal d'autres albums du Loner, sa pochette, infâme, horrible, criarde, ne donne pas envie de se pencher dessus, ce qui serait un crime. Rien que pour les 15 minutes (oui, 15 !) de Change Your Mind et l'étrange Safety Car baigné par une ligne de basse qui vous hantera à vie, ce disque est à écouter à tout prix. A la fois très rock, grunge même, et parfois très folk et apaisant, ce disque généreux (il dure 64 minutes) fait partie des plus belles livraisons de l'entière et imposante (il continue toujours de sortir des albums, parfois il ferait mieux de ne pas en faire, car c'est des plus inégal, il faut le reconnaître) discographie du Canadien solitaire. 

a4e9c752030b7b74a0ce682a12163e42A La Belle De Mai (Renaud), 1994 : On nous a rebattu les couilles il y à deux ans avec le retour de Renaud, via son album éponyme qui a été une des plus grosses ventes de disques de l'année 2017 (si ce n'est la plus grosse, du moins pour un disque français). Mais l'album est épouvantable, agréable à la rigueur à la première écoute, mais insupportable aux suivantes : Renaud y chante mal, les textes sont d'un consensuel à faire frémir le vieil anar qui sommeille en chaque fan de la chetron sauvage, on sent bien l'usage de l'Autotune sur certains titres, ce qui suscite la méfiance quant à la prétendue 'bonne santé retrouvée' du chanteur (qui, tout en chantant qu'il fuit les médias, n'a eu de cesse d'y apparaître pour sa promo). Pour moi, le dernier grand disque de Renaud reste Boucan D'Enfer (un vrai disque de come back). Mais il y à un disque qui, lui, est assez oublié, il n'a pas eu de bol, et coïncide avec le début de la mauvaise période pour Renaud (sa plongée, pendant 6 ans, dans l'alcool) : A La Belle De Mai, sorti en 1994. Pas parfait quand même, ce disque regorge de belles chansons, beaucoup d'entre elles sont parmi les moins connues du chanteur, cet album ne faisant pas partie des plus achetés dans sa discographie. Une vraie petite merveille douce-amère, à (re)découvrir !

10Give Out But Don't Give Up (Primal Scream), 1994 : Après des débuts compliqués, Primal Scream cartonne en 1991 avec Screamadelica, chef d'oeuvre de rock dubbesque (Loaded) qui va exploser les charts et devenir un des albums les plus importants de son époque. Forcément, l'album suivant du groupe de Bobby Gillespie et Andrew Innes sera attendu comme le Messie. Il faudra attendre 1994 pour ce successeur, sorti sous une pochette représentant le drapeau Dixie (Etats du Sud des USA), et sur lequel collaborent George Clinton (Parliament, Funkadelic), Jim Dickinson, Benmont Tench (Tom Petty) et George Drakoulias (producteur des Black Crowes et Jayhawks). Give Out But Don't Give Up va décevoir tout le monde. Ce disque ne ressemble absolument pas au précédent (ni aux suivants, Riot City Blues excepté). C'est un putain de disque de rock stonien, meilleur que ce que les Rolling Stones nous ont offert depuis 1983. Je ne plaisante pas, c'est stonien, c'est couillu, velu, du rock bien nerveux. Morceaux de choix : Jailbirds, Big Jet Plane (on oublie Angus & Julia Stone, hein ? Ca n'a rien à voir), Struttin', Rocks, Free... Une heure de tuerie rock. Certes, on était en droit d'être un petit peu frustré à l'époque, mais au final, cet album tient magistralement bien la route, et vieillit mieux que le pourtant excellentissime Screamadelica. Mon préféré du Cri Primal, de loin !

Marillion-Afraid_of_Sunlight-FrontalAfraid Of Sunlight (Marillion), 1995 : Quand le chanteur Fish se barre de Marillion en 1988 après la tournée de Clutching At Straws (1987 ; le groupe a quasiment implosé durant l'enregistrement de l'album), il est remplacé par celui qui, à l'heure actuelle, chante toujours au sein du groupe : Steve 'H' Hogarth, dont la voix ne saurait être plus éloigné de celle de Fish. Les débuts du nouveau Marillion seront un peu compliqués, mais Brave, en 1994, met tout le monde d'accord : c'est un chef d'oeuvre. L'année suivante, le groupe enregistre Afraid Of Sunlight, qui sera assez méchamment accueilli, il me semble, et est généralement considéré comme aussi raté que Brave est réussi. Ce qui est absolument dégueulasse, car bien que moins grandiose que son prédecesseur, Afraid Of Sunlight est un excellent album de rock progressif, on y trouve de superbes chansons comme King, Gazpacho (meilleure que son titre), Afraid Of Sunlight et Cannibal Surf Babe. L'alchimie entre le chant de Hogarth et la guitare de Steve Rothery est, comme toujours, parfaite. Un de mes albums préférés du groupe. 

B000002BASRaoul And The Kings Of Spain (Tears For Fears), 1995 : Tears For Fears, ou un des meilleurs groupes de l'époque new-wave, avec Talk Talk, Simple Minds et Depeche Mode. Mais tout comme Talk Talk, Tears For Fears était plus un groupe de pop/rock que de new-wave, en fait. Après trois albums géniaux entre 1983 et 1989, le groupe, un duo, se sépare de la moitié du duo, justement, Curt Smith s'en va. Reste Roland Orzabal, maître à penser principal du groupe, qui continuera, le temps de deux albums, sous le nom du groupe. Elemental en 1993, qui marchera correctement, mais sans plus (excellent album, mais le 'groupe' n'a rien raté). Et, en 1995, Raoul And The Kings Of Spain, peut-être en partie autobiographique (Roland s'appelait Raoul à la naissance, et est en partie d'origine franco-basque), un grand disque oublié, négligé à mort, aucun succès, rien, mais une réussite majeure selon moi, dans la catégorie pop/rock. Une série de chansons sublimes et méconnues, à découvrir absolument, surtout que le disque est souvent vendu à des prix de compète (genre moins de 6 € en état neuf, emballé, sur le Net). 

117526521Good News From The Next World (Simple Minds), 1995 : Les Simple Minds ont connu des débuts difficiles (de la new-wave arty, de qualité, mais qui ne se vendra pas très bien) avant de commencer à avoir du succès en 1981, après avoir popisé leur musique. Ils sont devenus un des plus gros vendeurs des années 80, mais leurs rivaux de U2 les laisseront sur le carreau. Après deux albums remarquables et bien vendus entre 1989 et 1991, le groupe, qui a perdu quasiment tous ses membres (seuls restent, ici, le chanteur Jim Kerr et le guitarise Charlie Burchill, les deux leaders), sort en 1995 ce Good News From The Next World rien moins que remarquable, mais qui ne se vendra pas bien, malgré son incontestable haut niveau. Production digne de la big music des années 80, chansons sublimes (She's A River, Hypnotized, And The Band Played On, This Time), ce disque mérite amplement qu'on s'y attarde, et ce d'autant plus que les albums suivants seront, eux, des plus décevants (jusqu'à un retour en grâce en 2005). Cet album est un de mes coups de coeur perso concernant les Simple Minds, et même les disques de cette liste. 

Fleetwood_Mac_Time_A001Time (Fleetwood Mac), 1995 : Après le départ de la chanteuse Stevie Nicks (après Behind The Mask en 1990), Fleetwood Mac décide de conserver le chanteur/guitariste Billy Burnette (dont la sensibilité country/folk se fera sentir sur le disque) mais de virer l'autre chanteur/guitariste, Rick Vito. A la place, ils engagent Dave Mason (chant, guitare), qui fut membre fondateur de Traffic, et une certaine Bekka Bramlett, chanteuse de country qui n'est autre que la fi-fille du couple/duo Delaney & Bonnie, qui cartonnèrent un peu au début des années 70, j'en ai parlé bien plus haut dans l'article. Cette formation à six membres tiendra tant bien que mal (Mason s'entendra très mal avec Christine McVie, chaque musicien avait son propre agent) le temps de faire un album en 1995, Time, qui, très très mal mis en promotion par Warner, sera un bide tel que le dernier album de Lorie, à côté, c'est le best-seller du siècle. Aucune tournée, le groupe se sépare peu après, et ne se reformera, sous sa formation de l'époque 1975/1987, qu'en 1997, pour un live remarquable (The Dance, existant en CD et DVD). Puis diverses reformations éclair, jamais au complet en revanche. Time est probablement le disque le plus obscur de Fleetwood Mac (avec Penguin de 1973), un disque un peu longuet (une heure) et inégal, les chansons de Mason n'étant pas terribles, mais dans l'ensemble, on y trouve tout de même plus de bonnes choses que de mauvaises, et l'album mérite amplement la découverte. 

one_hot_minute_coverOne Hot Minute (Red Hot Chili Peppers), 1995 : Les fans des Red Hot Chili Peppers détestent ce disque, parce que trop hard-rock, pas assez funkysant, et puis, John Frusciante n'est pas là, viré pour addiction à la came et remplacé par Dave Navarro de Jane's Addiction (qui, ô suprême ironie, était aussi un junkie). Navarro partira après la tournée, et Frusciante reviendra. Mais on dit aussi que les anti-RHCP adorent One Hot Minute, parce que c'est le moins RHCP de leurs albums. C'est sans doute pour ça que cet album est le seul que j'aime du groupe, un groupe que dans l'ensemble je n'aime vraiment pas (et j'ai essayé, hein, j'ai vraiment essayé, mais...non, mis à part quelques chansons éparses comme Give It Away, Scar Tissue, By The Way, Californication et Under The Bridge, je ne peux pas). Mais ce disque est une tuerie de hard-rock 90's décomplexé et funkysant. Que dire face à Transcending, One Big Mob, Warped, Aeroplane, Walkabout ? A ce My Friends plus qu'à moitié influencé par le Something des Beatles ? A ce morceau-titre démentiel ? Une heure de musique géniale. Malgré un morceau un peu trop facilement tire-larmes (il s'appelle d'ailleurs Tearjerker) que je n'aime pas trop, mais c'est le seul ici. L'album se vendra bien, mais moins que le précédent et les suivants. La rançon du succès... Ce disque reste probablement le meilleur du groupe. 

3From A To B (Octopus), 1996 : La britpop dans toute sa splendeur...mais en mode SNCF (avec un train de retard, autrement dit). J'ai découvert ce disque et ce groupe via le livre de Manoeuvre. J'avais 14 ans à la sortie de cet album, je suivais déjà à peu près les actualités rock et pop, mais je n'ai strictement aucun souvenir de From A To B. Ni d'Octopus, ce groupe dont c'est le seul et unique album. Non réédité depuis sa sortie, trouvable difficilement sauf en occasion et sur le Net ou en conventions, ce disque n'a pas eu de bol : la britpop était en phase déclinante au moment de sa sortie. Blur (signé sur le même label qu'Octopus, Food) était passé à autre chose, Suede aussi, Oasis n'allait pas tarder à s'effondrer (malgré un grand disque en 1997). Le bide commercial de ce petit groupe méconnu était prévisible. Mais ce disque, dont le livret contient un plateau de jeu de société avec ses règles et un petit carton de cut-outs de pions, est une totale réussite. Magazine, Jealousy, In This World, Your Smile, autant de petites chansons miraculeuses, à découvrir absolument. 

be-here-now-55d0fbb268e74Be Here Now (Oasis), 1997 : Vous l'avez compris, le grand disque d'Oasis dont je parlais un tout petit peu plus haut, c'est celui-là. Be Here Now, ou la déliquescence du mouvement britpop en un volume, ce disque. Complètement boostés par le succès de leurs deux premiers opus, et par le fait que Blur, leurs rivaux, se sont quelque peu effondrés, en 1995, avec leur The Great Escape, Oasis s'est littéralement lâché, le groupe des frangins Gallagher a ouvert toutes les vannes et nous balance un disque qui, à quelques minutes près, aurait pu être double en CD (en vinyle, il l'est), il dépasse les 70 minutes. C'est un disque excellent mais très long, ça lui sera quelque peu reproché à l'époque, et encore plus par la suite. Caricature, excès en tous genres (la pochette est dans le ton, avec cette voiture dans la piscine, ce jardin bordélique autour d'une belle villa de milliardaire), rien n'est épargné ici. On trouve des morceaux de choix, comme Stand By Me, Magic Pie (chanté par Noel), I Hope, I Think, I Know ou D'You Know What I Mean, mais aussi quelques trucs moins bons, qui n'auraient jamais eu la moindre chance de se trouver sur le disque si Oasis avait fait preuve de sobriété (All Around The World et sa reprise, Fade In-Out). Dans l'ensemble, Be Here Now est en effet trop long et chargé, c'est l'épitomé de la britpop, le genre va s'effondrer sur ses bases peu après. Mais c'est aussi un très bon opus, et autant le dire, le dernier bon disque, le dernier disque intéressant, d'Oasis. La suite est juste pitoyable. 

MI0000226690Vertical Man (Ringo Starr), 1998 : Ringo Starr a connu le succès en solo entre 1970 et 1975, avant de gentiment mais sûrement s'effondrer, avec de la mélasse pop sans grand intérêt (mais qu'en fan absolu des Beatles, j'écoute tout de même, souvent, avec plaisir, un plaisir un peu coupable parfois - Bad Boy, 1978 - mais j'assume). Après un Old Wave très bon mais malchanceux (quasiment pas sorti en raison de soucis de distributeur, il est aujourd'hui quasiment une pièce de collection, rare, je le cherche toujours) en 1983, Ringo, alcoolo comme pas deux, s'arrête. Il reviendra vers 1989 avec son All Starr Band et en 1992 avec Time Takes Time, produit en partie par Jeff Lynne, Don Was et Phil Ramone. Peu de succès commercial. En 1998, Mark Hudson, qui a collaboré avec Aerosmith, le prend sous son aile (qui deviendra de plus en plus une emprise de serre, pendant une dizaine d'années, Hudson s'étant servi de Ringo pour ses ambitions personnelles, imposant des choix artistiques douteux, etc...), et Ringo enregistre Vertical Man. Ce disque est un chef d'oeuvre, rempli de stars (McCartney, Harrison, Steven Tyler, Tom Petty, George Martin, Alanis Morrissette, Ozzy Osbourne, Brian Wilson collaborent à ce disque) et de chansons efficaces, aucun tube certes, mais du bon, du super bon (La De Da, What In The...World, One, Vertical Man, Without Understanding). Peu de succès, encore, mais cet album va servir de mètre-étalon pour l'ensemble des albums à venir de Ringo, hélas moins réussis que lui (malgré la réussite de Y Not en 2010), mais en même temps, Vertical Man, c'est probablement le meilleur album du batteur, devant son Ringo de 1973. Oui, c'est bon à ce point !

beautiful-world-53a11ba3b85e7Beautiful World (Big Head Todd & The Monsters), 1998 : Vous ne connaissez pas ? J'ai envie de dire que c'est normal. Big Head Todd & The Monsters, fondé dans les années 80 et apparemment toujours en activité, n'est pas un groupe connu. C'est un groupe de rock à tendance blues, dirigé par le chanteur et guitariste Todd Mark Mohr, Américain d'origine coréenne à la voix rauque et grave. Beautiful World est un exemplaire petit album de rock, un peu americana dans l'âme, sorti en 1998 sous une sympathique pochette. On y trouve une reprise efficace du Boom Boom de John Lee Hooker, enregistrée avec le principal intéressé (Hooker, donc, suivez les mecs, suivez). On y trouve aussi Caroline, Tower, Please Don't Tell Her et le grandiose Resignation Superman. En fait, tout le disque est absolument génial, aussi peu connu que méritant totalement de l'être. J'ai découvert ce disque par le plus grand des hasards, pas en farfouillant sur le Net ou en magasin, ni en brocante, mais grâce à un camarade de lycée m'ayant donné ce disque, il l'avait mais ça ne lui plaisait pas (en même temps, lui, il était plutôt punk et skate-punk, donc forcément...), et comme moi, j'avais déjà des goûts musicaux assez étendus malgré mon jeune âge (c'était en 2000, j'avais donc 18 ans, et l'album, deux ans), j'étais plus susceptible d'aimer. Tu parles que j'ai aimé ! En fait, il m'a fallu un petit peu de temps, j'avais trouvé ça un peu lisse au début (la production est signée de l'ancien Modern Lovers et Talking Heads Jerry Harrison), mais au final, quel putain d'album !

2Head Music (Suede), 1999 : OK, c'est pas leur meilleur album ; les trois premiers albums sont meilleurs. Vraiment. Je le sais, je le reconnais sans souci. Mais j'ai découvert le groupe de Brett Anderson (voix un peu usante parfois, tant elle est maniérée, mais un sacré chanteur tout de même) avec Head Music, à la sortie de l'album. Précisément, je l'ai découvert en matant, à la TV, sur Canal +, un passage live du groupe, à Nulle Part Ailleurs (c'était en mai 1999, le plateau de l'émission était à Cannes pour le Festival), interprétant Electricity. J'ai été scotché par la chanson au point d'acheter le disque dès que j'ai pu le trouver (assez rapidement). Ce fut la bande-son de mon été 1999, de ma rentrée, de ma fin d'année. Un petit régal d'électro-pop-glam, pas parfait (deux chansons ont vraiment mauvaises : Elephant Man, Can't Get Enough, malgré le riff de cette dernière) mais rempli de super chansons (Down, Asbestos). Je l'adore tellement que je me le suis payé, récemment, en vinyle, pour vous dire, et je le défendrai toujours bec et ongles.

9Tulsa (Dwight Twilley), 1999 : Sincèrement, c'est cet album qui m'a donné envie de faire cette liste. Je l'ai découvert via le bouquin cité plus haut, et je l'ai adoré dès la première écoute. Puis encore plus aux (nombreuses depuis ma découverte de l'album en novembre dernier) suivantes. Tulsa est probablement le meilleur album d'un artiste méconnu, toujours actif, originaire de l'Oklahoma (où se trouve Tulsa), un des champions de la power-pop. Twilley, avec son Band, avait sorti, en 1976 et 1977, deux immenses albums (Sincerely, Twilley Don't Mind), puis sa carrière se poursuivra en solo, discrètement (aucun hit à son actif, aucun best-seller parmi ses albums). Très discrètement. Tulsa est un régal de power-pop, avec ses guitares carillonnantes à la Byrds, ses mélodies pop à la Kinks/Beatles, ses vocaux enrobés d'écho et la voix toujours parfaite de Dwight. Un petit album (production sans artifices, pas de gros moyens, pas de stars sur l'album, et il faut voir le livret CD ; l'album n'existe qu'en CD, pas en vinyle) qui, pendant presque une heure, ne lasse absolument jamais, aucune mauvaise chanson, un disque génial. 

831-1313 (Blur), 2001 : Alors qu'Oasis s'effondre dans la merdasse la plus totale (Standing On The Shoulders Of Giants...), Blur, leurs 'rivaux', font autre chose. Après un Blur (1997) très rock, le groupe de Damon Albarn et Graham Coxon sort, en 2001, ce disque qui fera bien parler de lui à l'époque : 13. Baptisé ainsi parce qu'il contient 13 titres (mais aussi parce que c'est le noom du studio londonien où fut fait l'album), ce disque a été assemblé et réassemblé, totalement rebidouillé par ordinateur. Tout transpire l'informatique ici, même la pochette, violemment pixellisée (volontaire), qui donne l'impression qu'on tient dans les mains une copie fait-maison, avec pochette imprimée sur Internet, de l'album. 13 est un disque expérimental à fond, le plus expérimental, le plus difficile d'accès de Blur, de loin. On y trouve des chansons mémorables, comme le single Tender (7 minutes de gospel aux paroles minimalistes, ce morceau aurait pu se trouver sans problème sur le Rattle And Hum de U2), ou bien encore Caramel, B.L.U.R.E.M.I. ou No Distance Left To Run. Mais c'est un disque difficile, il faut l'écouter plusieurs fois, mais avec de l'espace entre les écoutes, pour parvenir à l'apprécier. Pas le meilleur de Blur (ça reste Parklife), mais un disque important.

Des-Visages-Des-FiguresDes Visages Des Figures (Noir Désir), 2001 : OK, le dernier morceau, L'Europe, 23 minutes de déclamation free et engagée avec la participation peu appréciable de Brigitte Fontaine et un accompagnement musical assez bizarre, vient quelque peu gâcher la fête, comme un type bourré qui te colle aux basques pendant un moment et dont tu n'arrives plus à te dépêtrer. Mais dans l'ensemble, hormis ce morceau final qu'il faut plus voir comme un bonus forcé qu'autre chose (et j'avoue que j'apprécie bien mieux ce morceau maintenant qu'en 2001), ce dernier album studio de Noir Désir, sorti le jour des attentats du 9/11 pour l'anecdote (comme le Bob Dylan de cette année, au passage), est un de leurs meilleurs. Plus sobre que de coutume, plus riche aussi, avec tout de même des passages bien rock (Lost, Le Grand Incendie), cet album offre le tube Le Vent Nous Portera, mais aussi les splendeurs absolues que sont L'Enfant Roi, Des Visages Des Figures et la reprise, habitée, du Des Armes de Léo Ferré. Dans l'ensemble, ce dernier album avant la fameuse tragédie lituanienne de 2003 qui va foutre le groupe et son chanteur en l'air, ce dernier album est un des meilleurs albums de rock français. Malgré L'Europe, qui contient quand même un passage ahurissant (le monologue de Cantat) et reste, il faut l'avouer, assez osé dans sa forme.

51F13SATAVLBlack And White 050505 (Simple Minds), 2005 : L'album du total retour en grâce pour les Simple Minds, après une décennie au cours de laquelle ils n'ont certes pas arrêté leur activité, mais ont enchaîné les déceptions. Ce Black And White 050505 (ainsi baptisé parce que son enregistrement a pris fin le 5 mai 2005 !) est un disque très court, 40 minutes, mais parfait de bout en bout, une collection de chansons pop/rock remarquables : Stay Visible, Home, Underneath The Ice, The Jeweller Part 2, Different World (Taormina. Me.) et ce Dolphins final, qui file des frissons tout du long de ses 6 minutes. C'est non seulement un des albums les plus réussis, les plus parfaits du groupe, un de leurs 5 meilleurs, mais aussi, pour moi, un des albums des années 2000 (oui, carrément), et le fait qu'il ne soit pas plus connu que ça est une vraie insulte à la musique de qualité. Car, sincèrement, des disques aussi sublimes que celui-ci, dans la catégorie pop/rock, je n'en connais pas beaucoup, du moins sortis récemment. 

2866854Chinese Democracy (Guns'n'Roses), 2008 : 14 ans d'attente. D'espoirs. De renoncement, puis de flamme ravivée, au fur et à mesure que, sur le Net et dans les magazines, les infos se relayaient. Et puis, finalement, en fin d'année 2008, plus personne n'y croyait vraiment, mais ça y est, le disque est sorti. Chinese Democracy. Et la presse de se répandre, soit en bien (Rock'n'Folk le titre disque du mois, Manoeuvre écrit pour l'occasion un long panégyrique qu'il a du signer sans débander une seconde), soit en mal. Souvent en mal. Les fans, eux, gueulent : c'est pas les Guns'n'Roses, il n'y à plus que le chanteur Axl Rose, et un chanteur n'est pas le groupe à lui tout seul. C'est un peu oublier que Roland Orzabal avait sorti deux albums de Tears For Fears alors que le groupe n'était plus constitué que de lui. OK, musicalement, c'est pas la même catégorie. Chinese Democracy, c'est 74 minutes de hard-rock super bien produit, du lourd en barres, un disque jubilatoire et génial qui procure des frissons pendant toute son écoute, du morceau-titre à Prostitute, de There Was A Time à Sorry, de Better à Scraped. J'ai rencontré au moins trois personnes (qui ne se connaissent pas entre elles) m'ayant dit pis que pendre de cet album avant d'avouer...ne pas l'avoir, en fait, écouté. Pour eux, ce disque était merdique car ils n'y croyaient plus et avaient lu ou entendu qu'il était merdique. Au moins deux d'entre eux ont révisé leur opinion après écoute. Arrêtons de gueuler sans savoir. Ce disque est aussi grandiose que malheureusement sous-estimé. Malgré qu'il se soit vendu par camions, il me semble. 

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The Ghosts Of Pripyat (Steve Rothery), 2014 : Premier album solo du guitariste de Marillion Steve Rothery, The Ghosts Of Pripyat est sorti en 2014. C'est un album entièrement instrumental qui ravira les fans de Marillion, notamment du Marillion de l'ère Steve Hogarth (autrement dit la période la plus longue, et toujours active, allant de 1989 à maintenant), et évidemment, on y retrouve la remarquable guitare de Rothery, à son zénith ici (on notera que des bribes de cet album sont audibles dans des passages du F.E.A.R. que Marillion a sorti en 2016 ; tout du moins, des passages similaires). J'ai découvert cet album peu vendu (et qui, il me semble, est aujourd'hui difficile à se procurer) par le plus grand des hasards, en me promenant dans mon magasin culturel préféré (Le Grand Cercle, dans le centre commercial Art De Vivre d'Eragny, dans le 95) au moment de la sortie de ce disque. Il passait en fond sonore dans le rayon musique. Le vendeur m'indique le nom de l'album qui passe (le morceau qui passait était Old Man Of The Sea, immense, long de 11 minutes), et je le prends, direct. De retour chez moi, l'écoute de ce disque (sur lequel jouent, en invités, Steven Wilson de Porcupine Tree et Steve Hackett, autrefois de Genesis, pas des manches du manche, donc) sera source d'une joie tout du long de ses 50 et quelques minutes (on y trouve que 7 titres). Tour à tour atmosphérique et heavy (Kendris, Morpheus, Yesterday's Hero), cet album à l'artwork utilisant de sinistres photos de la ville désastrée et désertée de Pripyat (en Ukraine, ville mitoyenne de Tchernobyl) est un régal pour fous de guitare et d'ambiances progressives. 

7Turn Blue (The Black Keys), 2014 : Dernier album des Black Keys à ce jour, Turn Blue reprend la recette gagnante (du rock binaire bien nerveux et direct, imprégné de soul/r'n'b, sous production de Danger Mouse) des deux précédents opus, Brothers et El Camino. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat est remarquable, même si, sur la longueur, l'album tient peut-être un petit peu moins bien la route que ces deux précédents opus précités, justement. L'album offre du rock bien efficace, des ballades, des chansons très 'black' dans l'âme, parfois un petit peu trop orientées justement (le groupe est constitué de deux blancs-becs de l'Ohio), mais s'écoute sans problème, sans aucun déplaisir, même si une ou deux chansons peuvent sembler un peu moyennes à force. Mais l'album est une belle réussite et je n'attends qu'une chose : un futur nouvel album des Clés Noires, en espérant qu'ils en fassent un autre, car rien ne filtre sur le Net pour le moment (deux-trois ans plus tard, Dan Auerbach, leader du groupe, sortira un disque très sympa sous le nom de The Arcs). 

pond-man-it-feels-like-space-again-web-versionMan, It Feels Like Space Again (Pond), 2015 : Sous une pochette qui est tellement inspirée par celle du Cheap Thrills de Big Brother & The Holding Company (1968) que personne n'y a fait vraiment allusion à l'époque de sa sortie (genre c'est tellement évident que c'est pas la peine d'en parler), cet album de Pond, groupe australien, est monumental. Je l'ai acheté sur la foi d'une critique dithyambique dans Rock'n'Folk à l'époque (il a été mis disque du mois), mais sa pochette me l'aurait fait acheté si je l'avais croisé en magasin (ce qui ne m'est jamais arrivé : j'ai dû acheter le CD, et le vinyle, sur Internet). Une grosse quarantaine de minutes totalement psychédéliques mais aussi très dreampop par moments. Je ne peux pas vous dire quel est le meilleur morceau (il y en à 9) sur ce disque peu connu mais qui est pour moi l'album de 2015 et un des albums de ces 5 dernières années. Zond ? Waiting Around For Grace ? La ballade Holding Out For You ? Medicine Hat ? Sitting Up On Our Crane ? Le morceau-titre ? Sans doute le morceau-titre, avec ses multiples changements de mélodies et d'ambiance, ces choeurs angéliques, cette guitare féroce, ce final spatiard... Un chef d'oeuvre que cet album. Un monument !

thJMO7PONXEverything Now (Arcade Fire), 2017 : C'est moi, ou j'ai l'impression que ce dernier album en date des Canadiens Arcade Fire n'a pas eu droit au succès et à la reconnaissance qu'il aurait, je pense, sincèrement mérité ? Everything Now est un petit disque dansant, peut-être pas aussi quintessentiel, dans leur discographie, que The Suburbs ou Funeral, mais au moins du niveau du remarquable Reflektor (mais en moins riche, car simple, et Reflektor était double). C'est vrai que si on y réfléchit un peu, cet album est peut-être leur moins bon, honneur qui était avant sa sortie réservé à Neon Bible. Mais le moins bon des albums de ce groupe est, je trouve, meilleur que le meilleur album de plusieurs autres groupes que je ne citerai pas, car on pense sans doute aux mêmes. Dansant mais complexe, avec des sujets sérieux (la religion, le suicide, la société de consommation, l'amour), construit en cycle (l'album s'ouvre sur la fin du dernier morceau, si on écoute le dernier morceau, puis le premier, on se rend compte qu'ils ne forment qu'un seul titre découpé en deux parties), l'album offre des merveilles comme le sombre Creature Comfort, sur le suicide (God, make me famous/If You cant, just make it painless), le génial morceau-titre, le très électro-pop Electric Blue, le sublime We Dont Deserve Love qui file des frissons... Magnifique !

6Amor Fati (Bertrand Cantat), 2017 : Au-delà de toutes les polémiques putrides sur le personnage, concentrons-nous sur l'album, son premier vrai opus solo (l'album studio de Détroit, et leur live, ne comptent donc pas) de Bertrand Cantat, que j'espère sincèrement ne pas être son seul et unique album solo (traduction : j'espère qu'il ne renoncera pas à poursuivre sa carrière). Amor Fati est une vraie réussite, variée, rock et de chanson, super bien produit, pas trop long (une bonne quarantaine de minutes, c'est suffisant), parfois très engagé : L'Angleterre parle du Brexit, Amor Fati parle, pour la première fois, du ressenti de Cantat sur ce qu'il a vécu (haine, mépris, colère). OK, le mec a déconné, mais il a payé, foutons-lui la paix si on ne l'aime pas, et si on aime sa musique (ce qui est mon cas ; et je n'ai pas commencé à écouter Noir Désir après le drame de Vilnius en 2003, comme certains, mais bien avant), sachons faire la séparation entre le musicien et le personnage. Il n'en peut plus de toujours payer, alors que son album, sincèrement, aurait amplement mérité une récompenses aux Victoires, ce qui, pour Cantat, désormais, n'arrivera évidemment jamais. Dommage. Mais reste ce disque, sous-estimé, mal-aimé en raison du contexte de sa sortie et de son auteur, mais qui, vraiment, mérite la découverte.